À MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
M oattientiJi ,
S'U^a qmlque chote ^ingàikux dont la répnhUque éakttres» on peut dire que (fest lanumUredoniÊeepea dAUé tm morale. Il eendt virUtMement à toukaiter que é^ntres maint que les mieitiiet y euitent iiô<^^ ^ ornemetUs de la poMe, puisque le plus $a§e des anciens ■ a jii^ qu'ils n'y étoient pas inutUee. J'ose, Monseigreue , tùus eu prisemter quelques essais. C'est un enfretien con' teuahle à vos premières ann^. Vous êtes enundge* oU tamusemeuî et les jeux sont fiermis aux prinres ; mais en même temps tous devez donner queiques-unes de vos pensées à des féfeadons sérieuses. Tout cela se rencontre aux /«Mes que nous devons à Ésope, V apparence en est pué' nie, je le confesse', mais ces puérilités servent d'enveloppe I à des oérites importenles.
Je ne doute point, Moeseigrede , que vous ne regardiez fataraMement des inventons si nti/es et tout ensemJble si egriahUs : car que peut-on souhaiter davantage que ces deuxpoinlsf Ce sont eux qui ont introduit les sciences parmi les hommes. Ésope a trouvé un art singulier de les joindre f «n etvee Vautre : la lecture de son ouvrage répand insensiblement dans une dme les semences de lavertu, et M apprend à se consuUtre sans qu'elle s'aperçoive de celte étude» et tandis qu'elle croit faire tout autre chose. Cest une adresse dont s'est servi très-heureusement celui i sur lequel Sa Jâetfesté a jeté les yeux pour vous dmmer des instmctions. 1/ fait en sorte que vous apprenez sans peine,
■ Looii, dauphin de Friiioe , fils de Louis XIV et de Uarie- Thérèae d*Adtricbe. naquit à Fontalneblean le !•' nofembre I8M . ccmoaral à Meodon le 44 ayril I7t1.
« Le Dnphfai n'avait qoe six ans etdnq mois lorsque la Fontiine fit paraître le reeiieil de ftbies où se trouve cette épitre
JloaK^pKiir leDanpUn a en deux précepteurs : le premier, ILIepréiideotdePerlOT.etlesecoDdM.Bossuet, éréque de ■eux. La Footdne entend parler id de M. le présldeot de Pe-
ou, ponr mieux parler, avec plaisir ^ tout ce qu^il est nécessaire Qu'un prince sache. Nous espérons beaucoup de cette conduite. Mais, à dire la *vérité, il y a des choses dont nous espérons infiniment davantage : ce sont , Mon* SBiGRBini , les qualités que notre invincible monarque vous a données avec la naissance; c'est Vexen^ que tous les jours il vous donne. Quand vous le voyez former de si grands desseins ; fuand vous le considérez qui regarde sans s*éionner Vagitation de l'Europe \et là machines qu'elle remue pour le détourner de son entreprise ; quand U pénètre dès sa première démarche jusque dans le cceur d'une province* oU l'on trouve à chaque pas des barrières insurmontables, et qu'il en st^jugue une autre * en huit jouff , pendant la saison la plus ennemie de la guerre , lorsque le repos et les plaisirs régnent dans les cours des autres princes ; quand, non content de dompter les hommes, il veut triompher aussi des éléments; et quand, au retour de cette ej^iédition oii ii a vaincu comme un Alexandre , vous le voyez gouverner ses peuples comme un ilu^nsfe .* avouez le vrai , Morseigredb , vous soupirer pour la gloire aussi bien que lui, malgré l'impuissance de vos années; vous attendez avec impatience le temps oh vous pourrez vous déclarer son rival dans Famour de cette divine mah tresse. Vous ne l'attendez pas, Morsiioredb, vous le prévenez. Je n'en veux pour témoignage que ces nobles inquiétudes, cette vivacité, cette ardeur, ces marques d^esprit , de courage , et de grandeur d^dme , que vous faites paraître à tous les moments. Certainement c'est une joie bien sensible à notre monarque: mais c'est un spectacle bien agréable pour l'univers que de voir ainsi croître une Jeune p/ante qui couvrira un jour de son ombre tant de peuples et de nations.
Je devrais m'étendre sur ce sujet ; mais , comme le dessein que j'ai de vous divertir est plus proportionné à mes forces que celui de vous louer, je me hâte de penir aua
> n désifaie la triple alUanoe que TAngieterre, l'Espagne et la Hollande firent ensemble , il 7 a environ vingt. ans , pour arrêter les conquêtes du roi. {Note de Riehetet.)
s II parle de la Flandre, où le roi fit la guerre en 1087. et prH Douai , Tournai . Oudenaide , Ath , Alost et Lille. {Note de Mefte/ef.)
* C'est la Fnindie<€onté , qn*U conquit en f ON.
PRÉFACE DE LA FONTAINE
fables, et n'ajouterai aux vérités que je vous ai dites que cetle-eî : c*est, MotiSEiGntci, qtu je sws, avec tin tèle respectueux,
FUre trés'humbte, três-obéistani , et tréê'fidàle serviteur,
Dl LA FORTAIRB.
PRÉFACE
L^indulgence que Ton a eue pour quelques-unes de mes M)les ' me domie lieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n*est pas qu^un des maîtres de notre éloquence * n'ait désapprouvé le dessein de les mettre en vers : il a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun; que d'ailleurs la contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de notre langue,
. m'embarrasseraient ' en beaucoup d'endroits, et banniraient de la plupart de ces récits la «breveté ^, qo'on peut fort bien appeler Tâme du conte , puisque sans elle il fautnéoessaireroent qu'il languisse. Cette opinion ne saurait partir que d'un homme d^excellent goAt ; je demanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu , et qu'il crût que les grâces lacédémoniennes ne sont pas tellement ennemies des muses françaises , que Ton ne puisse souvent les faire marcher de compagnie.
Après tout , je n'ai entrepris la chose que sur
* rexemple , je ne veux pas dire des anciens , qui ne Ure point à conséquence pour moi, mais sur celui des modernes. C'est de tout temps , et chez tous les peuples qui font profession de poésie , que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate * trouva à propos de les habiller des livrées des Muses. Ce que Platon en rapporte est si agréable , que je ne puis m'empêcher d'en faire un des ornements de cette préface. Il dit que Socrate étant condamné au
* Cfltmoli proatent <iu*aiilérieurement à ruinée I66S, époque de la poUicaUon de ce premier recueU, la Fontaine avait déjà fait paraître quelques-unes de ses foUes, ou qu'elles avaient circulé en manuscrit
* Notre poète désigne Ici Patni , célèbre avt)cat au parlement de Paris, et membre de l'Académie française, son ami et celui deBoileau.
* ViR. BTembar rosserait et bannirait ôasa les éditions modemes. Les quatre éditions du temps de la Fontaine ont le pluriel.
* VàB. Brièveté dam les éditions modernes. Yoyet ci-après la note, p. 3.
■ Ces laUes étaient connues depuis longtemps lorsque Socrate Tint au monde. Bayle (article Ésope, page M 13, édit de 1720) critique, à ce sujet, avec raison notre fabuliste, qui termine son lédt par une phrase qui est en contradiction avec oeUe-cl , puisqu'il nous apprend . d'après Platon , que ce fut seoleme ut dans les derniers moments de sa vie que Socrate s'occupa' de mettre les Cables d'Ésope en vers ; ce qui ne montre pas l'empre«ement que la Fontaine annonce ici.
dernier supplice, Ton remit Texécntion de Tarrêt, à cause de certaines fêtes. Cébès Talla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux l'avaient averti plusieurs fois , pendant son sonmieil , qu'il devait s'appliquer à la musique avant qu'il mourût. Il n'avait pas entendu d'abord ce que ce songe signifiait ; car, comme la musique ne rend pas Thomme meilleur , à quoi bon s*y atucher *? Il fallait qu'il y eût du mystère là-dessous , d'autant plus que les dieux ne se lassaient point de lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore venue une de ces fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses que le del pouvait exiger de lui , il s'était avisé que la musique et la poésie ont tant de rapport , que posâble étaitce de la dernière qu'il s*agissait. Il n'y a point de bonne poésie sans harmonie : mais il n'y en a point non plus sans fietions ;ei Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin tï avait trouvé un tempérament : c'était de choisir des fables qui continssent quelque chose de véritable , telles que sont celles d'Ésope. Il employa donc à les mettre en vers les derniers moments de sa vie .
Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poésie et nos febles. Phèdre a témoigné qu'il '| était de ce sentiment ; et , par l'excellence de son \ ouvrage , nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre, Aviénus a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis : nous en avons des exem|4es non-seulement diez les étrangers, mais chez nous. H eist vrai que , lorsque nos gens y ont travaillé , la langue était si différente de ce qu'elle est , qu'on ne les doit considérer que comme étrangers. Cela ne m'a point détourné de mon entreprise ; au contraire , je me suis flatté de l'espérance que , si je ne courais dans cette carrière avec succès , on me donnerait au moins la gloire de l'avoir ouverte.
Il arrivera possible que mon travail fera naître à d'autres personnes l'envie de porter la chose plus loin. Tant s'en faut que cette matière soit épuisée , qu'il reste encore plus de Ikbles à mettre en vers que je n'en ai mis. J'ai ehoisi véritablement les meil- < leures, c'est-^-dire, celles qui m'ont semblé telles :. mais , outre ^e je puis m'être trompé dans mon choix , il ne sera pas bien difficile de donner un autre tour à celles-là même que j'ai choisies; et si ce
' Bayle ( Dictkmnairst article Ésope, page 1113) accuse avec raison la Fontaine d'avoir dénatuitS le récit de Platon. 11 se trouve dans le Phédon,oaU Dialogue swrVdme, On peut consulter Utraductkm qu'en a donnée M. Tburot dans son Apologie de Socrate d'après Platon et Xénophon, 1806. in-8^ p. 227; etsurtout la note qui est à la page I2S, dans laquelle le savant traducteur prouve que le mot musique en grec, indépendamment de sa signification ordinaire, s'appliquait aussi * tous les genres de doctrine et d'études, et au système général des sciences et des beaux-artu
PREFACE DE LA FONTAINE
tour est luoiiis long, il serasans doute plosapproavé. Quoi qo*il en arriTe , on m^aura toujours obligation, mit que ma témérité ait été heureuse , et que je ne me sois pdnt trop écarté du diemin qui! fallait tenir, nitque j*aieaenlement excité les autres à mieux faire. Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein : quant à l'exécution, le public en sera juge. On ne UvuTora pas ici Téléganoe ni Textréme breveté ' qui rendent' Phèdre recommandable : ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m'était impossible de rimiter en cela , j*ai cru qu'il fallait en récompense éjpTer Touvrage plus qu'il n'a foit. Non que jeleUâme d*enétredemebrédans ces termes : la langue ktine n'en demandait pas davantage ; et , si Ton y veut prendre garde , on reconnaîtra dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térenoe. La simplicité est magnifique chez ces grands hommes : vofÂy qui n*ai pas les perfections du langage comme ils les ont eues , je ne la puis élever à un si haut point. U a donc follu se récompenser d*ailleurs : c'est ce que j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse , que Quintilîen dit qu'on ne saurait trop éigver les narrations *. Il ne s'agit pas ici d'en apporter une raiffm : c*est assez que Quintilien Tait dit. Pai pourtant considéré que ces fables étant sues de tout le • monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouveUespar qndgues trajte qui en relevasi^qt lejg;oût. •l Cert œ qu'on dônande aujourd'hui : on vent de Jâ j' noovttuté et de laydeté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire ; q^ais un certain charme , un air a^^réable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, ■itae les pins sérieux.
Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à œtonvrage qu'on en doit mesurer le prùc, que par son utilité et par sa matière : car qu'y a-t-il de reeommandable dans les productions de l'esprit qui ne se rencontre dans l'apologue? C'est quelque chose de si dhin , qoe plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué -la plus grande partie de ces bbles à Socrate, choisissant, pour leur servir de père , celui des mortels qui avait le plus de communication avec les dieux. Je ne sais comme ils n'ont point feit deseendre du delces mêmes Moles ', et comme ils ne
• Vas. Dans les édltioiis modernes flr a briéteté! nuds dans bnlesoena que Tautenr a pobUées on troure breveté : Tan et rantrapouradcnt mûkn de son temps; cependant le dernier Aaad^ le moins nsttë.
'Voici, Je crob, le passage de Quintilien auquel notre po£te frit aUortoo t Ego vero tiafTertionem, ut ti ullam parlem traiionU , ommi gna potest gratia et venere exomandam, QaiBtr InsL orat,, Ub. IV. cap. ii.
> Cest au contraire ce qu'Us paraissent avoir fàiti car PhOo^ sbUe, dans aa Fie é'AfUUmiuê ( liv. V, diap. xv ), raconte qn'ÉMpe, étant berger, priait souvent Mercure de lui accorder la sagesse; uuis d'autres penonues demandaient k ce dieu la
leur ont point assigné un dieu qui en eiU la direction, ainsi qu'à la poésieet à l'éloquence. Cequeje dis n'est pas tout à fait sans fondement, puisque, s'il m'est permis de mêler ce que nous avons de plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la Vérité a parlé aux hommes par parabole : et la parabole estelle autre chose que Tapologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux , et qui s'insinue avec d'autant plus de facilité et d'effet qu'il est plus commun et plus fami- ' lier ? Qui ne nous proposerait à imiter que les maîtres de la sagesse , nous fournirait un sujet d'excuse : il ! n'y en a point quand des abeilles et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande.
C'est pour ces raisons que Platon, ayant banni \ Homère de sa république , y a donné à Esope une I place très-honorable, n souhaite que les enfants su- ) cent ces fables avec le lait; il recommande aux noor- I rices de les leur apprendre : car on ne saurait s'ac-p coutumer de trop bonne heure à la sagesse et à M vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos habi- » tudes , il faut travailler à les rendre bonnes pendant 1 qu'elles sont encore indifférentes au bien ou au mal. ; Or, quelle méthode y peut contribuer plus utilement ' que ces fid)les ? Dites à un enfant que Crassus , allant contre les Parthes , s'engagea dans leur pays sans considérer comment il en sortirait ; que cela le fit périr lui et soa armée , quelque effort qu'il fit pour se retirer. Dites au même enfknt que le renard et lebopc descendirent au fond d'un puits pour y étemdre leur soif; que le renard en sortit s'étant servi des épaules et des cornes de son camarade comme d'une échelle; au contraire , le bouc y demeura pour n'avoir pas eu tant de prévoyance; et par conséquent il faut considérer en toute chose la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le plus d'impression sur cet enfant. Ne s'arrétera-t-il pas au dernier, comme plus conforme et moins disproportionné que Tautre à la petitesse de son esprit ? n ne faut pas m'alléguer que les pensées de l'enfonce
mémegrâoe. Ifercmre donna I l'on la phnosophi<>. à l'autn râoquenos, I un troisiteielascienco de l'astronomie,! on quatrième l'art de blre des vers; puis, s'aperoevant qu'il avait oublié Ésope , il lui fit présentde la bcultë de composer des fables, te seule chose qui restAt à distribuer. Bayle {Dictionnaire , p. 11 1S) remarque à ce snjet q^a'on ne saurait, mtaie en ayant égard à ce récit de Pbilostrate , blâmer la Fontaine de s'exprimer oomme il l'a fait, attendu qu'il n'y a pas eu dans la bonne antiquité de doctrine bien établie touchant l'origine de l'apologue. J'j^uterai que notre poète semble s'être ressouvenu de ce passage dePhiloetrate, et avoir tait la même réflexion qua Bayle, lorsque, dans sa dédicace à madame de Hontespan, il a laissé ce point incertain, et s'est exprimé ainsi x
Uipologoa «tt nn don qui vtontdei Immoiidu
Ou, tl c'est un prêtent des hommes , Quiconque nous l'a fait mérlle des anteli.
PRÉFACE DE LA FONTAINE
mmt d*elles-ménies assez enfintines, sans y Joindre encore de nouvelles badineries. Ces badinerfes ne sont telles qu'en apparence ; car , dans le fond , elles portent an sens ti^s^solide. Et comme , par la définition do point , de la ligne , de la surface , et par d^antres principes très-fomiliers , nous parrenons à des connaissances qai mesurent enfin le ciel et la terre, de même aussi , par les raisonnements et les conséquences que Ton peut tirer de ces fables , on se forme le jugement et les moeurs , on se rend capable des grandes choses.
Elles ne sont pas seulement morales , elles donnent encore d'autres connaissances : les propriétés des animaux et leurs divers caractères y sont exprimés ; par conséquent les nôtres aussi , puisque nous sommes Tabrégé de ce qu'il y a de bon et de mauvais dans les créatures irraisonnables. Quand Pro- ^ méthée voulut former Thomme , il prit la qualité dominante de chaque béte : de ces pièces si différentes il composa notre espèce ; il fit cet ouvrage qu'on ap- I pelle le Petit-Monde. Ainsi ces fables sont un ta- I bleau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce \ qu'elles nous représentent confirme les personnes i d'Age avancé dans les connaissances que Tusage leur ' a données , et apprend aux enfonts ce qu'il faut qu'ils sachent. Comme ces derniers sont nouveau-venus ' dans le monde, ils n'en connaissent pas encore les habitants ; ils ne se connaissent pas eux-mêmes : on ne les doit laisser dans cette ignorance que le moins qu'on peut ; il leur faut apprendre ce que c'est qu'un lion, un renard, ainsi du reste , et pourquoi Ton compare quelquefois un homme à ce renard on à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent : les premières notions de ces choses proviennent d'elles.
Tai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces ; cependant je n'ai pas encore rendu raison de la conduite de mon ouvrage.
L'apologue est composé de deux parties , dont on peut appeler Tune le corps , l'autre l'Ame. Le corps est la fable ; TAme , la moralité. Aristote n'admet dans la fable que les animaux; il en exclut les hommes et les plantes. Cette règle est moins de nécessité que de bienséance , puisque ni Ésope , ni Phèdre , ni au- 4»n des fabulistes*, ne Ta gardée ; tout an contraire de la moralité , dont aocnn ne se dispense. Que s'il
* Via. Nouveaux vennt, dans les éditkNtt modernes; mais la Fontaine n*en fait qu'un seul mot
* Le mot fabulisU est de rinvention de la Fontaine. C'est la Motte qui nous l'apprend. Lorsque cet auteur fngénieui fit paraître ses fables en f709. c'est-à-dire plus de quarante ans après la publtcaUon de cette préface , Il remarquait (page x^J de l'édition in-l"») que le mot fabuliste était encore nouveau , et fl n'osait s'en senir qu'en s'appuyant de l'antprité de notre poète. En effet, on ne trouve ce mot ni dans les auteurs de notre ancien langage, ni dans le dictionnaire deNioot; et l'Académie
m'est arrivé de le fldre, ce n'a été que dans les »droits où elle n'a pn entrer avec grâce , et où il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce qui plaît : c'est la grande règle i^^i!\ pour ainsi dire, la seule. Je n'ai donc pas cru que/' ce fât un crime de passer par-dessus les anciennes coutumes , lorsque Je ne pouvais les mettre en usage sans leur faire tort. Du temps d'Ésope , la feble était ' contée simplement; la moralité séparée, et toujours ensuite. Phèdre est venu , qui ne s'est pas assujetti è cet ordre : il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité de la fin au commencement. Quand il serait nécessaire de lui trouver place , je ne manque A ce précepte que pour en observer un qui n^est pas moins important : c'est Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut pas qu'un écrivain s'opiniâtre contre Tincapacité de son esprit , ni contre celle de sa matière. Jamais , Ace qu'il prétend , un homme qui veut réussir n'en vTenljnsque-lA; il abandonne les choses dont il voit bien quH ne saurait rien faire de bon.
Btqn»
Deqperat tractata nitescere poste relinqutt *.
C'est ce que J'ai fait A l'égard de quelques moralités du succès desquelles je n'ai pas bien espéré.
H ne reste plus qu'A parler de la vie d'Ésope. Je ne vois presque personne qui ne tienne pour fabuleuse celle <[ue Plahude nous a laissée. On s'imagine que cet auteur a voulu donner A son héros un caractère et des aventures qui répondissent A ses fables. Cela mHi paru d'abord spécieux ; mais j'ai trouvé A la fin peu de certitude en cette critique. Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xantus et Ésope : on y trouve trop de niaiseries. Eh ! qui est le sage A qui de pareilles choses n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a pas été sérieuse. Ce qui me confirme en mon sentiment, c'est que le caractère que Planude donne A Ésope est semblable à celui que Plutarque lui a donné dans son Banquet des sept Sages , c^t-A-dire d'un homme subtil , et qui ne laisse rien passer. On me dira que le Banquet des sept Sages est aussi une invention. Il est aisé de douter de tout : quant A moi , je ne vois pas bien pourquoi Plutarque aurait voulu imposer A la postérité dans ce traité-lA , lui qui tàii profession d'être véritable partout ailleurs , et de conserver à chacun son caractère. Quand cela aérait , Je ne saurais que mentir sur la foi d'autrui : me croira-t-on moins que si je in'arrête A la mienne ? Car ce que je puis est de composer un tissu de mes conjectures, lequel j'intitulerai : Vie d'Ésope. Quelque vraisemblable que je
française ne l'avait point admis encore dans la première édltfoo de son dictionnaire, qni Ait publiée après la mort de notre poète. 4 HoaiT. jÉTêpoèu, T.faOu
LA VIE DÉSOPE.
le rende , on ne 8*y assurera fMS ; et, fiible {MNir fable, le leelenr préférera toujours celle de Planude à la
LA VIE D'ÉSOPE