LE PHRYGIEN
Nous n'aTOUB rien d'assuré toachant la naissance d'Homère et d'Ésope : à peine même sait-on ce qui lenr est armé de plus remarquable. C'est de quoi il y a lien de s'étonner , m que l'histoire ne rejette pas des choses moins agrésMes et moins nécessaires que celles-lè. Tant de destrodears de nations, tant de princes sans mérite, ont Iroové des gens qui nous ont appris jusqu'aux moindres particalarités de leur yie ; et nous ignorons les plus importantes de celles d'Ésope et d'Homère, c'est-è-dire,des deai pcrvoonages qui ont le mieux mérité des siècles suivants. Car Homère n'est pas seulement le père des dieux, c'est aoBÎ celui des bons poètes. Quant à Ésope , il me scoible qu'on le défait mettre an nombre des sages dont la Grèce s'est tant Yantée , lui qui enseignait la véritable sageaae , et qui l'enseignait arec bleu plus d'art que ceux qui en donnent des définitions et des règles. On a féritft- Memcnt recoeOli les fies de ces deux grands hommes ; mais la pkipart des savants les tiennent toutes deux lUHdeuses, partieolièrcoient celle que Phinude a écrite. Pour moi, je n'ai paa vouln m'engager dans cette critique. Comme Plannde vifait dans un siècle où la mémoire des choses arrivées à Ésope ne devait pas être encore éteinte , j'ai cni qu'il savait par tradition ce qu'il a laissé *. Dans cette croyance , je l'ai sirivi sans retrancher de ce qu'il a dit dÉ-
* 11 exislail, knsqoe la Fontaine poblta son recueil, une fgodlgnte Tie d'étope : c'était celle de M esiriac ; malt elle était peu eoonae, et Bajie eut de ton temps de la peine à se la procofcr. M. de Sallengre l'a réimprimée dans ses Mémoiru de littérature, 1713, in-S", 1 1 . p. 90. La Vie d'Esope, attribuée peutêtre fuusemeot à Plumde , était au contraire devenue , en quelque sorte , populaire avant la Fontaine, et on en avait Inséré des traductions au devant de tous les recueils de Cables publiés soit en vers, soit en prose. Je la trouve en léte du recueil des fkbles d'Ésope en prose, de Jean Baudoin. 1649, in-8*s et dans une tmloctlon plus ancienne encore , imprimée & Trof es , intitulée Ut Pâhles tt Ésope et la Vie d'Éêope Phrigien, traduites de uomceau en françois selon la vérité grecqi$e, inH9 ; et enfin dans rédltiou des lU>les de Gorroset, donnée par maître Antoine do Moulin . Rouen , 1578 ou 1SS7. Il est donc évident que notre poêle . en mettant celte Vie d'Ésope par Planude en tête de son Rcocfl de fables, n'a fait que cédera un usage en quelque sorte depuis longtemps. Au reste la Motte excuse la Foud'une manière bien Ingénieuse. 1 1^ vie d'Esope, dlMl, passe pour fiibuleuse; nuis en tout cas c'est une bonne fable, et qui peint 4 merveille la position de tous les ISibulistes 4 l'égard de leurs lecteun. Noqs sommes des esclaves qui voulons les lustmire sans les lâcher; Ils sont des maîtres intelligents qui nous aiTcntgrédenos ménagements, et qui reçoivcut volontiers la vérilé, parce que nous leur laissons l'honneur de la devhier en partir.»
* ta sdenoe chiunûlogiqne du bon la Fontaine est ici en ééfanti car entre Esope etPlanuile fl 7 a un intarvalledo plus de dfx^na siècles.
sope qne ce qui m'a semblé trop puéril, on qol s'écurtait en çineiqiie nçon de la bienséance.
Esope « était Phrygien , d'nn bourg appelé ilmorinm •• Il naquit vers la cinquante-septième olympiades qnelqna deux cents ans après la fondation de Home. On ne saurait dire s'il eut sujet de remercier la nature , eu bien de aa plaindre d'elle; car, en le douant d'nn très-bel esprit, elle le fit naître difTorme et laid dévisage, ayante peine figure d'homme 4, jusqu'à lui reftiser presque entièrement l'usage de la parole. Avec œs défauts , quand il n'aurait pas été de condition à être esclave , il ne pouvait manquer de le devenir. An reste, son âme se maintint toujours lilire et indépendante de la fortune.
Le premier maître qu'il eut l'envoya aux champs laboorer la terre, soit qu'il le jugeât incapable de toute antre chose, soit pour s'ôter de devant les yenx nn objet si désagréable. Or il arriva qne ce maître* étant allé voir sa maison des champs , un paysan lui donna des figues : il les trouva belles , et les fit serrer Ibrt soigneusement , donnant ordre à son sommelier , nommé Agathopns , de les lui apporter au sorthr du bain. Le hasard voulut qu'Esope
< 11 y a eu dans l'antiquité plusieurs personnages qui ont porté le nom d'Âsope. C'est sans motif probable que » d'après une andemie Inscription, quelques savants ont cru qu'Ésope le labuliste était statuaire. VoyexLami, Saçgio di Hngua etrusea, tome 1 , p. 105.
s Le soollaste d' Aristophane (4n Vêtp, ) bit naître Ésope à Mesembrie en Tbraoe; Suidas (an mot AcaMiro*) dit que quelqoss- uns assuraient qu'il était de Samos ; d'autres prétendaient qu'il était originaire de Sardes en Lydie : l'optaiion la plus commune cependant est qu'il était Phrygien; mais les uns, tels que Constantin Porphyrogénète , placent le lieu de sa nalwsanca à Amorium , tandis que d'autres le mettent à Cotiatuimt qui est également une vUle de Phrygie.
> 11 fallait dire qu'il florissait versU dnquantOHleuxlème olympiade, ou vers l'an 072 avant Jésus-Christ; car on ignore l'époque de la naissance d'Ésope, et cette époque ne pourrait s^«> corder avec ce qui est dit de ses entretiens avec Crésus. voyes Bayle, Dictionnaire^ p. IH2.
4 Aucun auteur ancien ayant Planude ne fait mentlou de cetia difTormlté d'Esope. Le savant Visconti, dans son leonotogie grecque (t I, p. 49, pi. xii), a cherché à appuyer cette tradition par des preuves qui ne paraissent^pas décisives. La figura antique qu'tt a publiée oonune étant le portrait d'Ésope , et qui se trouvait k Rome dans la villa Albani , représente , suivant nous» un monstre, ou Jeu de nature, mais n^ést point le portraM du fabuliste grec. On ne peut conclure qu'Esope fftt diflbime , de ce que Lucien donne à ce fabuliste, dans un de ses écrits, le ràled'un plaisant, ou d'unbooflSon d'Épicnre. Cependant le sophiste Hlmerhis (Orat XllI, 8, p. 593. édit. 1790), qui est plus ancien que Planude, affirme qu'Ésope était laid; etPlutarque, dans le Banquet des sept Sages ^ nous assure qu'il était bègue. Dans ce dialogue, Solou lui dit : ■ Tu es babBe à entendre les f corbeaux et les geais; mais tu n'entends pas bien ta propre f voix. > Ce sont peut-être ces désavantages naturels, qu'on a encore exagérés, qui ont donné naissance aux traditions qui représentent Esope bossu , diffonne , et semblable à un Tbersite. Bentley. Meziriac, la Croie, et Jablonsky» ont aussi combattu les assertions de Planude à ce sujet.
* Le scoliaste d'Aristophane {in f>sp.) donne pour premier maître àÉsepeXantus, philosophe lydien; ensuite Jadmon, citoyen de Samos, qui l'affranchit Aphton prétend qu'il servit aussi à Athènes un nommé Démarque, surnommé Charasias, IMn de lacâk^ Sqiho.
LA VIE D'ESOPE
eût affaire dans le logli. Aittstlôt qu'U y fui entré , Agatbopus se servit de l'occasion , et mangea les Agnes avec quelques-uns de ses camarades : puis ils rejetèrent cette firiponnerie sur &ope, né croyant pas qu'il se pât jamais justifier, tant il était bègue et paraissait idiot ! Les châtiments dont les anciens usaient envers leurs esclaves étaient fort cruels , et cette faute très-punissable. Le pauvre Ésope se jeta aux pieds de son maître; et, se fiiisant entendre du mieui qu'il put , il témoigna qu'il demandait pour toute grâce qu'on sursit de quelques moments sa punition. Cette grâce lui ayant été accordée , il alla quérir de l'eau tiède, la but en présence de son seigneur, se mit les doigts dans la bouche , et ce qui s'ensuit, sans rendre antre chose que cette eau seule. Après s'être ainsi justifié, il fil signe qu'on obligeât les autres d'en foire autant. Chacun demeura sur-, pris : on n'aurait pas cru qu'une telle invention pât partir d'JÉsope. Agathopus et ses camarades ne parurent point étonnés, ils burent de l'eau oonune le Phrygien aTaitfiiit, et se mirent les doigts dans la bouche ; mais ils se gardèrent bien de les enfoncer trop avant. L'eau ne laissa pas d'agir , et de mettre en évidence les figues tontes crues et eur core toutes vermeilles. Par ce moyen Ésope se garantit : ses accusateurs furent punis doublement, pour leur gourmandise et pour leur médianceté. Le lendemain , après que leur maitre ftit parti, et le Phrygien à son travail ordhiaire , quelques voyageurs égarés ( aucuns disent que c'étaient des prêtres de Diane) le prièrent, au nom de Jupiter Hospitalier^ qu'il leur enseignât le chemin qui cou* duisait à la Tille. Esope les obligea premièrement de se reposer à l'ombre; puis, leur-ayant présenté une légère collation, il voulut être leur guide, et ne les quitta qu'après qu'il les eut remis dans leur chemin. Les bonnes gens levèrent les mains au ciel, et priant Jupiter de ne pas laisser cette action charitable sans récompense. A peine Esope les eut quittés , que le diaud et hi lassitude le contraignirent de s*endormir. Pendant son sommeil» U s'imagina que la Fortune était debout devant lui , qui lui déliait la langue , et par même moyen lui faisait présent de cet art dont on peut dire qu'il est l'auteur. Réjoui de cette aventure • il se réreilla en sursant ; et en s'éveiÛanl : Qu'est ceci 7 dit-il : ma voix est devenue libre; je prononce bien on râtean , uujb charme , tout ce que je veui. Cette merveille fut cause qu'il changea de maître. Car , comme un certain Zénas, qui était là en qualité d'économe et qui avait l'oBil sur les esclaves, en ayait battu un outrageusement pour une fiiute qui ne le méritait pas , Ésope ne put s'empêcher de le reprendre, et le menaça que ses mauvais traitements seraient sus. Zénas , pour le prévenir et pour se venger de lui, alla dire au maître qu'il était arrivé un prodige dans sa maison ; que le Phrygien avait recouvré la parole ; mais que le méchant ne s'en servait qu'A blasphémer et â médire de leur seigneur. Le maître le crut ^ et passa bien plus avant ; car il lui donna Ésope , avec liberté d'en faire ce qu'il voudrait. Zénas de retour aux champs, nn marchand l'alla trouTcr , et lui demanda si pour de l'argent il le voulait acconunoder de quelque bête de somme. Non pas cela , dit Zénas ; je n'en ai pas le pouvoir : mais je te Tendrai . si tu yeux , un de nos esclaves. Là-dessus , ayant fkit venir Ésope , le merch^ud dit: Est-ce afin de te moquer que tu me proposes, l'achat de ce person-
nage? On le prendrait poor une outre. Dès que le marchand ent ainsi parié, il prit congé d'eux , partie moraïurant 9 partie riant de ce bel <^jet. Esope le rappela , et lui dit : Achète-moi hardiment; je ne te serai pas inutile. Si tu as des enfants qui crient et qui soient méctuints , ma mhie les fera taire : on les menacera de moi comme de le bête. Cette raillerie plut au marchand. U adieta notre Phrygien trois oboles, et dit en riant : Les dieux soient loués ! je n'ai pas fait grande acquisition , A la Térité ; aù&sl n'ai-je pas déboursé grand argent.
Entre autres denrées, ce marchand trafiquait d'escU- Tcs : si bien qu'aOant A Épbèse pour se défaire de ceux qu'il aTait , ce que chacun d'eux dcTait porter pour la commodité du Toyage fut départi sekm leor emploi et selon leurs forces. Esope pria que l'on eôt égard à sa taille; qu'il était nouveau venu , et devait être traité doucement. Ta ne porteras rien, si tu veox , lui repartirent ses camarades. Esope se piqua d'honneur, et voulut aToir sa charge comme les autres. On le laissa donc choisir. Il prit le panier an pain : c'était le fardeau le plus pesant. Chacun crut qu'il TaTait foit par bêtise : mais dès le dinée le panier fut entamé , et le Phrygien déchargé d'autant; ainsi le soir, et de même le lendemain : de fkçon qu'au bout de deux jours il marchait à Tide. Le bon sens et le raisonnement du personnage furent admirés.
Quant au marctiand, il se défit de tons ses esdaTCs, à la réserre d'un gramnuiirieny d'un chantre et d'Esope , lesquels il alla exposer en Tente à Samos. Avant que de les mener sur la place , il fit habiller les deux premiers le plus proprement qu'il put , cooune chacun Darde sa marchandise : Ésope, au contraire , ne fui vêtu que d'un sac , et placé entre ses deux compagnons , afin de leur donner lustre. Quelques acheteurs se présentèrent , entre autres un philosophe appelé Xantns. Il demanda au grammahrienet au chantre ce qu'ils saTaient fiiire. Tolit, reprii«nt-ils. Cela fit rire le Phrygien : on peut s'imaginer de quel air. Plannde rapporte qu'il s'en fallut peu qu'on ne prit la fuite, tant il fit une dfroyable grimace. Le mardiand fit son chantre mille oboles, son grammairien trois mille; et, en cas que l'on achetât l'un des deux, U devait donner Esope par-dessus le marché. La cherté du granunairien et du diantre dégoûta Xantns. Mois , poor ne pas retourner chex soi sans avoir fiiit quelque emplette, ses disciples lui conseillèrent d'acheter ce petit bont d'homme qui avait ri de si bonne grâce : on en ferait un épouvantail ; il divertirait les gens par sa mine. Xautus se laissa persuader , et fit prix d'Ésope A soixante oboles. Il lui demanda, devant que de l'acheter, A quoi il lui serait propre, comme il l'avait demandé A ses camarades. ^Esope répondit : A rien, puisque les deux antres avaient tout retenu pour eux. Les commis de la douane remirent généreusement A Xantus le sou pour livre , et lui en donnèrent quittance sans rien payer.
Xantus aTait une femme de goût asseï dâicat , et A qui toutes «>rtes de gens ne plaisaient pas : si bien que de lui aller présenter sérieusement son nouvel esclave» Un'y avait pas d'apparence, A moins qu'il ne la voulût mettre en colère et se faire moquer de lui. Il jugea plus A propos d'en foire un sujet de plaisanterie , et alla dire au logis qu'il venait d'acheter un jenne esclave -le pluf beau du
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monde et le mieux Cût Sur ceUe noa^elle , les flUeB qui seraieni se femme te pensèreot battre à qui rauraitpour noicrTiteDr; mais elles furenl bieo étonnées quand le persûonage parut. L'wie se mit la main devant les yeux ; l'autre s'enfuit ; Feutre flt un cri. La maîtresse du logis dit que c'ëlaît pour la chasser qu'on Ini amenait un tel moq»> tre; qu'il y «rait longtemps que le philosophe se lassait d'elle. De parole en parole , le dillérend s'écfaanfRi jnaqnes à tel point que la femme demanda son bien , et Tonlut se nlirer chea ses parents. Xantnsflt tant par sa patience, et Ésope par aon eqirlt, qœ les choses s'aooommoArent. On ne parla pi» de s'en aBer ; et penfr^tre que l'aocootumance elfiiça à la fin une partie de la laideur du nouvel esclave.
ie laisBerai beaueonp de petites choses où il flt paraître la vivadté de son esprit ; car , quoiqu'on puisse jnger parla de son caractère» elles sont de trop peu 4^ conséquence poor en iofiormer la postérité. Voici seulement un échantillon de aon bon sens et de l'ignoranoe de son maître. Celui-cî alla ebei un jardinier se choisir lui-même une salade; les herbes cneillies, le jardinier le pria de lui satisfairo l'esprit sur une difficulté qui regardait la philosophie aussi bien que le jardinage : c'est que les herbes qu'il plantait et qu'il cnllivalt avec un grand soin ne profitaient point, lont an contraire de celles que la terre produisait d'elie-méme sans culture ni amendement. Xaotos rapporta le tout à la Providenee, comme on a coutume de foire quand on est court. Ésope ae mit à rire; et, ayant tiré son maître à part , il loi conseilla de dire à ce jardinier qu'il lui avait liht one réponse ainsi générale , parce que la question n'é* lait pas digne de lui : il le laissait donc avec son garçon , qui assurément le satisferait. Xantuss'étant allé promener d'un antre côté du jardin , Ésope compara la terre à une leanne qui , ayant des euTants d'un premier mari , en épouserait un second qui aurait aussi des enfants d'une antre fienune : sa nouvelle épouse ne manquerait pas de concevoir de l'aversion poor ceui-ci , et leur dterait la nourriture afin que les siens en profitassent. Il en était ainsi de la terre» qui n'adoptait qu'avec peine les productions du travail et delà culture , et qui réservait toute sa tendresse et tous aes blenfidts ponr'lès siennes seules : elle était maritre des unes , et mère passionnée des autres. Le jardinier parut si content de cette raison, qu'il offrit à Esope tout ee qui était dans son jardin.
D arriva quelque temps après un grand différend entre le philosophe et sa femme. Le philosophe^ étant de festin , mit à part quelques friandises , et dit à Ésope : Va porter eed à ma bonne amie. Ésope l'alla donner à une petite chienfle qui était les délices de son maître. Xanlus , de retour, ne manqua pas de demander des nouvelles de son présent , et si on l'avait trouvé bon. Sa femme ne comprenait rien à ce langage; on fit venir Ésope ponr l'éclaircir. Xanlus, qui ne cherchait qu'un prétexte pour le faire bat- Ire , lui demanda sll ne lui avait pas dit expressément : Va-t'en porter de ma part ces friandises à ma bonne amie. Ésope répondit là-dessus que la bonne amie n'était pas la feaûie, qui, ponr la moindre parole , menaçait de faire w diveroe; c'était la chienne , qui endurait tout, et qui menait Aôre caresses après qu'on l'avait battue. Le philosophe demeura court ; mais sa femme entra dans une taOeoolèrtqu'ena se retira d'avec lui. U n'y eut parent ni
ami par qui Xanhis ne lui fît parler , sans que les raisons ni les prières y gagnassent rien. Ésope s'avisa d'un stratagème. II acheta force gibier, comme pour une noce considérable, et fit tant qu'il fut rencontré par un des domestiques de sa maîtresse. Celui-ci lui demanda pourquoi tant d'apprêts. Esope lui dit que son maître , ne pouvant obliger si femme de revenir, en allait épouser une antre. Aussitôt que la dame sut cette nouvelle, elle retourna chei son mari , par esprit de contradiction ou par jalousie. Ce ne Ait pas sans la garder bonne à Ésope, qui tons lea jours fiilsait de nouvelles pièces à son maître , et tous les jours se sauvait du châtûnent par quelque trait de subtilité. Il n'était pas possible an philosophe de le confondre.
Un certain jour de marché, Xantos , qui avait dessein de régaler quelques-uns de ses amis, lui commanda d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur , et rien autre chose. Je t'apprendrai, dit en soi-même le Phrygien, à spécifier ce que tu souhaites, sans t'en remettre à la discrétion d'un esclave. Il n'acheta donc que des hingues , lesquelles il fit acoomoKKler à tontes les sauces : renti:ée, le second , l'entremets f tout ne fnt que langues. Les conviés louèrent d'abord le choix de ce mets; à la fin ils s'en dégoûtèrent. Ne t'al-je pas commandé , dit Xantns , d'acheter ce qu'il y aurait de meilleur? Eh! qu'y a-t-U de meilleur que la langue? reprit Ésope. C'est le Hen de la vie civile, la clef des sciences , l'organe de la vérité et de U raison : par elle on bâtit les villes et on les police ; on instruit , ou persuade , on règne dans les assemblées, on s'acquitte du premier de tous les devoirs, qui est de louer les dieux. Eh bien ! dit Xantns (qui prétondait l'attraper) , achète-moi demain ce qui est de pire : ces mêmes personnes viendront ches moi ; et je veux diversifier.
Le lendemain Ésope ne fit encore servir que le même mets, disant que la langue est la pire chose qui soit au mondo: c'est la mère de tons débats, ta nourrice des procès , ta source des divisions et des guerres. Si on dit qu'elle est l'organe de ta vérité , c*est aussi celui de l'erreur , et, qui pis est , de ta calomnie. Par elle on détruit les villes , on persuade de méchantes choses. Si d'un côté elle lone les dieux » de l'autre eUe profere des blasphèmes contre leur puissance. Quelqu'un de la compagnie dit à Xantns que véritablement ce valet lui était fort nécessaire ; car il savait le mieux du monde exercer la patience d'un philosophe. De quoi vous mette»-vons en peine ? reprit Ésope. Eh ! trouve-moi , dit Xantus, un homme qui ne se mette en peine de rien.
Esope alta le lendemain sur ta ptaoe ; et , voyant un paysan qui regardait toutes choses avec la froideur et l'indifférence d'une statue , il amena ce paysan au logis. Voita, dit-il à Xantus, l'homme sans sond que voos demandes. Xantus commanda à sa femme de faire chauffer de l'eau , de ta mettre dans un bassin , puis de taver elle-même les pieds de son nouvel hôte. Le paysan la laissa taire, quoiqu'il sût fort bien qu'il ne méritait pas cet honneur; mais il disait en lui-même : C'est peut-être ta coutume d*en user ainsi. On le fit asseoir au haut bout ; il prit sa ptace sans cérémonie. Pendant le repas , Xantos ne fit antre chose que blâmer son cuisinier ; rien ne lui plaisait : ce qui était doux, il le trouvait trop salé ; et ce qui était trop salé , il ta trouvait doux. Uhânamo sans souci le laissait dire , et
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manf^eait de toutes tes dents. Au dessert oa mit sur la table un gâteau que la femme du philosophe ayait tait : Xantns le trooTa mauTais, quoiqu'il fût trës-boo. Voilà, dit-il , la pâtisserie la plus méchante que j'aie jamais mangée ; il faut brûler l'oufrière , car- elle ne fera de sa Tie rien qui Taille : qu'on apporte des fagots. Attendes , dit le paysan ; je m'en Tais quérir ma femme : on ne fera qu'un liûdier pour toutes les deux. Ce dernier trait désarçonna le philosophe, et lui 6ta l'espérance de jamais attraper le PIÊrygien.
Or, ce n'était pas seulement arec son maître qu'Ésope trouTait occasion de rire et de dire de bons mots. Xantns l'avait envoyé en certain endroit : il rencontra en diemin le magistrat , qui lui demanda où il allait. Soît qu'Ésope fût distrait , on ponr une autre raison , il répondit qu'il n'en savait rien, t^e magistrat , tenant à mépris et irréTérence cette réponse , le fit mener en prison. Comme les huissiers le conduisaient: Ne Toyes-vous pas, dit-il, que j'ai trèsbien répondu? SaTais-je qu'on me ferait aller où je Tas? Le magistrat le fit relâcher , et trouTa Xantus heureux d'à- Toir un esdaTC si plein d'esprit.
Xantus, de sa part, Toyait par là de quelle importance Il lui était de ne point affranchi Ésope , et combien la possession d'un tel esdaTC lui faisait d'honneur. Même un jour , faisant la débauche aTCC ses disciples , Ésope , qui les serTait , rit que les fumées leur échaufhient déjà la eer- TéUe , aussi bien au maître qu'aux écoliers. La détniache de Tin , leur dit-il , a trois degrés : le prçmier , de Tolupté; le second , dlTrognerie ; le troisième , de fureur. On se moqua de son olwerTation, et on continua de vider les pots. Xantus s'en donna jusqu'à perdre la raison , et à se Tenter qu'il boirak la mer. Cela fit rire la compagnie. Xantus soutint ce qu'il aTait dit, gagea sa maison qu'il boûnit la mer tout entière ; et , ponr assurance de la gageure , il déposa l'anneau qu'il aTait an doigt.
Le jour sniTant, que les Tapeurs de Baccfans furent dissipées , Xantns fnt extrêmement surpris de ne plus retroa^ Ter son anneau , lequel il tenait fort cher. Ésope lui dit qu'il était perdu, et que sa maison l'était aussi par la gageure qu'il avait faite. Voilà le philosophe bien alarmé : il pria Ésope de lui enseigner une défaite. Ésope s'avisa de oelle-d.
Quand le jour que Ton avait pris pour l'exécution de la gageure fut arrivé , tout le peuple de Samoa accourut au rivage de la mer pour être témoin de la honte du philoso|die. Gdui de ses disciples qui avait gagé contre lui triomphait déjà. Xantus dit à l'assemblée : Messieurs, j'ai gagé véritablement que jebohtds toute la mer, mais non pas les fleuves qui entrent dedans ; c'est pourquoi , que celui qui a gagé contre moi détourne leurs cours, et puis je ferai ce que je me suis Tante de fïiire. Chacun admira l'expédient que Xantus aTait trouTé pour sortir à son honneur d'un si mauTais pas. Le disciple confessa qu'il était Taincu , et demanda pardon à sonmaitre. Xantus fut reconduit jusqu'en son logis aTCC acclamations.
Pour récompense , Ésope lui demanda la liberté. Xantns la lui refusa, et dit que le temps de l'affranchir n'était pas encore Tenu; si toutefois les dienx l'ordonnaient ainsi , il y consentait :* partant, qu'il prit garde au premier présage qu'il aurait étant sorti du logis ; s'il était heureux , et
que , par exemple, deux oomeilles ae présentassent à m Tue , û liberté lui serait donnée; s'il n'en Toyait qu'une , qu'il ne se lassât point d'être esdaTe. Ésope sortit aussitôt. Son mettre était logé à l'écart, et appareouuent Tersun lieu eouTert de grands arbres. A peine notre Phrygien fût hors , qn'il aperçut deux corneilles qui s'abattirent sur le plus haut. Il en alla aTcrtir son maître , qui Toulnt Toir lui-même s'il disait Trai. Tandis que Xantus Tenait , l'une des oomeilles s'enTola. Me trompera»-tu toujours 7 dit-il à Esope : qu'on lui donne les étririères. L'ordre fût exécuté. Pendant le supplice du pauTre Ésope, on vint inTiter Xantus à on repas : il promit qu'il s'y trouTerait. Hélas ! s'écria Esope , les présages sont Inen menteurs? moi, qoi ai TU deux corneilles, je suis battu ; mon maître, qui n'en a TU qu'une , est prié de noce. Ce mot phit tellement à Xantns , qu'il commanda qu'on cessât de fbuetter Ésope ; mais, quanta la liberté , il ne pouTait se résoudre à la lui donner , encore qn'il la loi promit en diTerses occasions.
Un jour ils se promenaient tons deux parmi de Tieux monuments, considérant avec beaucoup de plaisir les inscriptions qu'on y avait mises. Xantus en aperçut nue qu'il ne put entendre , quoiqu'il demeurât loogtenips à en chercher l'explication. Elle était composée des premières lettres de certeios mots. Le philosophe avoua ingénument 9ue cela passait son esprit. Si je tous flds trouTer un trésor par le moyen de ces lettres , hii dit Ésope, quelle récompense aurai -je 7 Xantus lui promit la liberté, et la moitié du trésor. Elles signifient, poursuivit Ésope, qu'à quatre pas de cette colonne nous en rencontrerons un. En effet , ils le trouvèrent après avoir creusé quelque peu dans terre. Le philosophe fût sommé de tenir parole ; mais il reculait toujours. Les dieux me gardent de t'affrauchir , dit-il à Ésope , que tu ne m'aies donné avant cela l'intelligence de ces lettres ! ce me sera un autre trésor plus précieux que celui lequel nous stous trouTé. On les a ici grayées , poursuivit Ésope, comme étant les premières lettres de ces mots W^^c fiii/uLw, etc.; c'est-à-dire : « Si vous reculez quatre pas , et que tous oreusici , tous trouTcres un trésor. » Puisque tu es si subtil. , repsrUt Xantns , j'aurais tort de me défaire de toi : n'espère donc pas que je t'affkvnohisse. Et moi , répliqua Ésope , je tous dénonoersi an roi Denys ; car c'est à lui que le trésor appartient , et ces mêmes lettres commencent d'autres mots qui le signifient. Le philosophe intimidé dit au Phrygien qu'il prit sa part de l'argent, et qn'il n'en dit mot; de quoi Ésope déclara ne lui avoh- aucune obligation, ces lettres ayant été choisies de telle manière qu'elles enfermaient un triple sens, et signifiaient encore : « En tous en allant , tous partegerex le trésor que tous aurez rencontré. » Dès qu'ils furent* de retour, Xantus commanda qu'on en/brmât le Phrygien , et que l'on lui mit les fers aux pieds , de crainte qu'il n'allât publier cette aventure. Hélas! s'écria Ésope, est-ce ainsi que les philosophes s'acquittent de leurs promesses? Mais faites ce que vous voudra, il faudra que TOUS m'affranchissies malgré tous.
Sa prédiction se trouTa Traie. D arriva un prodige qui mit fort en peine les Samiens. Un algie enleva i'anneaa
' VAB. Qu'il fut, dans les éditions modernes de Dldot etde Baitou ; maii toutes les éditions originalei portent le piavlcl.
LA VIE D'ÉSOPE
paMie (cTefadl appÉremment qnelqiie toeaa que Ton appo«it ans délibératioas da oooseU) , et le fit tomber aa Kininioeaelare. La philosophe fût ooni^té là-dessm , et aanme étant philosophe , et oomme étant an dea premiers delà répnhliqae. n demanda dn temps * , ^ ent recours à •on oraele ordinaire : c'était Ésope. Celui-ci lui conseilla de le produire en public , parce que , sll rencontrait bien , rhonnenren aérait toujours à son maître; sinon, il n'y amnitqne fevelaTe de Mâmé. Xantus approuva la chose , d le fit monter à la tribune aux harangues. Dès qu'on ia Tît , dMCnn s'éclata de rire : personne ne s'imagina qnTil pâl rien partir de raisonnable d'un homme bit de cette manière. Ésope leur dit qu'il ne (Ulait pas considérer la Ibrme dn vase , mais la liqueur qui y était enfermée. Les Samiens lui criènHit qu'il dit donc sans crainte ce qu'il ingeait de ce prodige. Esope s'en excusa sur ce qu'il n'osait le ihire. La Fortune, disait-il , avait mis unjlébat de ^oire entre le maître et l'esclave : â l'esclave disait mal , il serait battn; s'il disait mieux que le maître , il serait battu cnoore. Aussitôt on prena Xantus de l'affranchir. Le phihMophe réalsta longtemps. A la fin le prévôt de ville le menaça de le fiiire de son office, et en vertu du pouvoir qu'il en avait comme magistrat ; de façon que le philosophe fM obligé de donner les mains. Cela fteit , Ésope dit que les Samiens étaient menacés de servitude par ce prodige ; et que l'aigle enlevant leur sceau ne signifiait autre chose qu'an roi puinant qni voulait les assujettir *.
Pende temps après , Crésus , roi des Lydiens , fit dénoncer à ceux de Samos qu'ils eussent à se rendre ses Iriiintairea ; sinon , qu'il lesy ibrcerait par les armes. La plupart étaient d'avis qu'on lui obéit. Ésope leur dit que la Foftone présentait deux diemins aux hommes : l'un , de fiberlé, rude et épineux au commencement , mais dans la suite très agréable; l'autre, d'esdavage , dont les commeocements étaient plus aisés, mais la suite laborieuse. C'était conseiller a«ei intelligiblement aux Samiens de défendre knr liberté. Ha renvoyèrent l'ambassadeur de Grésus avec peu de satisliKlion.
Crésns se mit en état de les attaquer. L'ambassadeur lui dit que , tant qu'ils auraient Ésope avec eux , il aurait peine i les réduire à ses volontés , vu la confiance qu'ils avaient an bon sens du personnage. Grésus le leur envoya demander, arec la promené de leur laisser la liberté s'ils le lui fieraient. Les principaux de la ville trouvèrent ces conditions avanti^euses , et ne crurent pas que leur repos leur contât trop cher quand ils l'achèteraient aux dépens d'Ésope. Le Phrygien leur fit changer de sentiment eu leur contant que, les loups et les brebis ayant fait un traité de paix , eeUes-d donnèrent leurs chiens pour otages. Quand
* Tia. li demanda Umps , dans les premières éditions ; et eetle leçon a été adoptée par les éditeurs modernes. Nous avons préfiM celle de la réimpression de 1092 , sous la date de IG78 , ptnx qu'il est évident que c'est id une correction qui marque na changement dans la langue. L'usage s'opposait d<J& , vers la fia du dix-septième sièdie. à la suppression de l'article qu'A autorisail précédemment
* Dans les divcn voyages que Planude» ou l'auteur de cette vie. quel qu'il soit, bit fohe k Ésope, il n'est pas fUt mentiou da voyage du Haialiste àCorinthe, on.seion Plutaïqoe, fi aashta wbnqoet dea septSages.
elles n'eurent plus de défenseurs, les loups les étranglèrent avec moms de peine qu'ils ne fiiisaieut. Cet apologue fit son eflèt : les Samiens prirent une délibération toute contraire à celle qu'ils avaient prise. Ésope voulut toutefois aller vers Crésns , et dit qu'il les servirait plus utilement étant près du roi , que s'il demeurait à Samos.
Quand Crésus le vit, il s'étonna qn'ime si chétive créature lui eût été un si grand obstacle. Quoi ! voilà celid qui feit qu'on s'oppose à mes volontés • s'écria4-il. Esope se prosterna à ses pieds. Un homme prenait des sauterelles, dit-il ; une cigale lui tomba aussi sous la main. Il s'en albUt la tuer comme il avait fait dea sauterelles. Que vous ai-je feit ? dit-elle à cet homme : je ne ronge point vos blés , ]e ne vous procure aucun dommage ; vous ne tronverei en moi que la voix , dont je me sers fbrt innocemment Grand roi , je ressemble à cette cigale : je n'ai que la voix , et ne m'en suia point servi pour vous offenser. Crésus, touché d'admiration et de pitié, noo-aenlement lui pardonna , mais il taiissa en repos les Samiens à sa considération '.
En ce temps-là le Phrygien composa ses febles , lesquelles il laissa au roi de Lydie , et fut envoyé par lui vers les Samiens , qui décernèrent à Ésope de grands honneurs. Il lui prit aussi envie de voyager et d'aller par le monde , s'entretenant de diverses choses avec ceux que l'on appelait philosophes. Enfin il se mit en grand crédit prës de Lycéms*, roi de Babylone. Les rois d'alors s'envoyaient les une aux autres des problèmes à soudre • sur toutes sortes de matières , à condition de se payer une espèce de tribut ou d'amende, selon qu'ils répondraient bien ou mal aux questions proposées; en quoi Lycérus, assisté d'Ésope, avait toujours l'avantage , et se rendait Ulustre parmi lea antres, soit à résoudre , soit à proposer.
Cependant notre Phrygien se maria ; et , ne pouvant avoir d'enfants , U adopta un jeune homme d'extraction noble , appelé Ennns. Celui-ci le paya d'ingratitude , et fht si méchantque d'oser souiller le lit de son bienbitenr. Cetai étant venuà la connaissance d'Ésope , il le chassa. L'autre, afin de s'en venger, contrefit des lettres par lesquelles il
* C'est à la cour de Crésus que » selon Hérodote et Plntarque, Bsope se lia avec Solon. Alexis le Comique (apud^/Afn., p. 431 ) avait composé une comédie intitulée Ésope . dans la* quelle il y avait une scène entre Ésope et Solon. Plutarque. dans Ui vie de Solon , rapporte que cesage ayant dit des vérités à Crésus qui l'offensèrent : ■ iEsopus, celui qui a composé des ISibles, estant pour lors en la ville de Sardes . où il avoit été mandé par le roy, qui lui faisoit faire lioone chère , fut marry de veolr que le roy eust fait un si mauvais accueil à Solon ; si lui dit par ma-' nière d'admonestement : ■ Oh! Sokm , ou a ne fault point du c tout approcher des princes, ou il leur fault complaire et c agréer. — Mais au contraire, répondit Solon, ou il ne fault ■ point s'en approcher, ou il leur faultdlre U vérité. > Œuvres de PitUarque, traduites par Amyot, 1 1. p. 381 de l'édlt laoi . in-8«.
* Dans la liste de tous les rois de Babylone , Il n'y en a pas un seul nommé Lycérus , et c'est une des preuves (mais une des moins décisives, suivant nous) qu'on a données que cette vie d'Esope était une fiction. Voyei M eziriac, dans les Mémoires de mérature, 1 1, p. 99. in-8«. 1715.
" C est-à-dire à résoudre. Souldre se trouve encore dans Nioot {Tkréiorde la langue françoyte, 1606, fai-folio. p. 605), qui ctte ces phrases : souldre une question; qu'ai-Je affaire ne que souldre aoee loi t
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aemblail qn'Éiope eàt iatèlUgflaoe avecles rois qui étaleot énnileB de Lyoénu. Lyoérus , persuadé par le cachet et par la signature de ces lettres, commanda à un de ses officiers nommé Hermippns que, sans chercher de plus grandes preuyes, il fit mourir promplement le traître Esope. Cet Hermippus , étant ami du Phrygien , lui sauva la vie ; et , à Tinsu de tout le monde , le nourrit longtemps dans un sépulcre , jusqu'à ce que Necténabo , roi d^Egypte , nr le bruit de la mort d'Esope , crut à ravenir rendre Lycérus son tributaire, n osa le provoquer , et le défia de lui envoyer des architectes qui sussent bAtir une toor en l'air , et , par même moyen , un homme prêt à répondre à toutes sortes de questions. Lycérus ayant lu les lettres et les ayant communiquées aux plus habiles de son État, chacun d'eui demeura court ; ce qui fit que le roi regretta Ésope , quand Hermippus lui dit qu'il n'était pas mort, et le ^t venir. Le Phi7gien fût très-bien reçu, se justifia, et pardonna à Ennus. Quant à la lettre du roi d'Egypte , il n'en fit que rire , et manda qu'il enverrait au printemps les architedes et le répondant à tontes sortes de questions. Lycérus remit Esope en possession de tous ses biens, et lui fit livrer Ennus pour en Taire ce qu'il voudrait. Esope le reçut comme son eolànt ; et , pour toute punition , lui recommanda d'honorer les dieux et son prince ; se rendre terrible à ses ennemis, fiicile et commode aux autres ; bien traiter sa fenmie, sans pourtant lui confier son secret; parler peu, et chasser de chei soi les babillards ; ne se point laisser abattre au malheur; avoir soin du lendemain , car il vaut mieux enrichir ses ennemis par sa mort que d'être importun à ses amis pendant son vivant; surtout n'être point envieux du bonheur ni de la vertu d'autrui , d'autant que c'est se Elire du mal à soi-même. Ennus, touché de ces avertissements et de hi bonté d'Ésope , comme d'un trait qui lui aurait pénétré le cœur , mourut peu de temps après.
Pour revenir au défi de Necténatx) , Esope choisit des aiglons , et les fit instruire \ chose difficile à croire ) ; il les fit^ dis-je , instruire à porter en l'air chacun un panier , dans lequel était un jeune enfant. Le printemps venu, il s'en alla en Egypte avec tout cet équipage; non sans tenir en grande admiration et en attente de son dessein les peufdes ches qui il passait. Necténabo , qui , sur le bruit de sa mort , avait envoyé l'énigme , Ait extrêmement surpris de son arrivée. H ne s'y attendait pas, et ne se fût jamais engagé dans un tel défi contre Lycérus, s'il eût cm Esope vivant. 11 lui demanda s'il avait amené les architectes et le répondant. Ésope dit que le répondant était lui-même, et qu'il ferait voir les architectes quand il se^ rait sur le lieu. On sortit en pleine compagne , où les aigles enlevèrent les paniers avec les petits enfiiots , qui criaient qu'on leur donnât du mortier, des pierres, et du bois. Vous voyex, dit Esope à Necténabo, je vous ai trouvé les ouvriers; fournisses -leur des matériaui. Necténabo avoua que Lyoérus était le vainqueur. 11 proposa toutefois ceci à Esope : J'ai des cavales en Egypte qui conçoivent au hennissement * des chevaux qui sont devers Babylone.
* VÀB. Dans toutes les éditions données par la Fontaine, on trouve AanniM«nen< *oonrorménient à la prononciation die ce root, mais non pas coofontiément à la manière de l'écrire eh usage de son temps, qui était et fut toqioucs la même qu'aii|ourdliul.
Qu'avea-fons à répondre là-dessus? Le Phrygien remit sa réponse au lendemain , et, retourné qu'il 1ht au logis, il commanda à des enfiints de prendre nu chat, et de le mener fouettant par les rues. Les Egyptiens , qui adoreni cet animal , se trouvèrent extrêmement scandaUsés du traitement que l'on lui faisait. Ils Tarrachèrent des mains des enihnts, et allèrent se plamdre au rot. On fit venir en sa présence le Phrygien. Ne saves-vons pas, Ini dit le roi, que«oet animal est nn de nos dieux? Pontinol doue le lhite»-f ons traiter de la soda ? C'est poor l'ollènae qu'il a commise envers Lyoérus, reprit Esope; ear, la nnlt dernière , il lui a étranglé on coq exlrémement eoar»geux , et qui chantait à tontes les heures. Vous êtes no menteur, repartit le roi : comment serait-U possible que ce chat eôt bit en si peu de temps an si long voyage? Et comment est-il possible , reprit Ésope , que vos juments entendent de si loin nos chevaux hennir * , et conçoivent pour les entendre?
Ensuite de cela , le roi fit venhr d'Héliopolis certains personnages d'esprit snlitil , et savants en questions énigmatiques. Il leiu*^t nn grand régal , où le Phrygien Ait invité. Pendant le repas, ils proposèrent à Esope diverses choses , celle-ci entre autres : 11 y a un grand temple qui est appuyé sur une colonne entourée de douse villes , chacooe desquelles a trente .arcs-boutants; et autour de ces arcsboutants se promènent, l'uneuprès l'antre, deux femmes, l'une blanche, l'autre noh«. 11 fout renvoyer, dit Ésope, cette question aux petits enCEtnts de notre pays. Le temple est le monde; la colonne, l'an ; les villes , ce sont les mois; et les arcs-bontants , les jours , autour desquels se promènent alternativement le jour et la nuit.
Le lendemain , Necténabo assembla tous ses amis. Scaffrires-vous, îeur dit-il, qu'une moitié d'homme, qu'un avorton soit U csnse que Lycérus remporte le prix , et que j'aie la confusion pour mon partage? Un d'eux s'avisa de demander à Ésope qu'il leur fit des questions de choses dont ils n'eussent jamais entendu parler. Ésope écrivit une cédule par laquelle Necténabo confessait devoir deux mille talentf ^ LyCérus. La cédule fut mise entre les mains de Necténabo toute cachetée. Avant qu'on l'ouvrit , les amis du prince soutinrent que la diose contenue dans cet écrit était de leur connaissance. Quand on l'eut ouverte , Necténabo s'écria : Voilà hi plus grande Ainsseté du monde i je vous en prends à témoin tous tant que vous êtes. U est vrai , repartirent-ils , que nous n'en avons jamais entenda parler. J'ai donc satisfait à votre demande , reprit Esope. Necténabo le renvoya comblé de présents, tant pour lai que pour son maître.
Le séjour qu'il fit en Egypte est peut-être cause que quelques-uns ont écrit qu'il fut esclave avec Rbodopé; cellelà qui , des libéralités de ses amants , fit élever une des trois pyramides qui subsistent encore,, et qu'on voit avec admiration : c'est la plus petite, mais celle qui est bâtie avec le plus d'art *.
* Ym, Hannir^ôam les éditions données par la Fontaine. Voyez la note précédente.
> Hérodote (Il , IS4) nie que Bhodopé ait fait construire cette pyramide ; nuls U confirme le fait de son esclavage avec Rsope. Void comment s'exprime cet historien : c Rhodopé élatt origic naire de Thrace, esclave d'Iamon, HIs d'BspheslopoUs. de
LA VIE D'ÉSOPE
Knpe, à MO retour dani Babyknie, ftit reçu de Lacérai afw de grandes démcmilrationi de joie et de bienreillaBoe : ee roi lui fit ériger une atatae. L'enrie de Toir et d'appreodre le fit renoncer à tous ses bonnenrs. Il quitta h eour de Lyoéms , où il avait tons les avantages qa'on peut sooluiter • et prit congé de ce prince pour voir la Grèce encore une fois. Lycéms ne le laissa point partir sans caibrassements et sans lannes , et sans le faire promettre sor les autels qu'il reviendrait achever ses jours auprès de loi.
Entre les vilies où il s'arrêta , Delphes Ibt unedesprinripales. Les Ddphlens récoutèrent fort volontiers; mais ib ne hii rendirôit point d'honneurs. Éiope , piqué de ce mépris , les compara aux bâtons qui flottent sur l'onde : on slmagine de loin que c'est quelque chose de considérable ; de près» on trouve que ce n'est rienfLa comparaison lui coûta dier. Les Delphiens en conçurent une telle haine et on si violeot désir de vengeance ( outre qu'ils craignaient d'être décriés par loi ) , qn'iU résolurent de l'ôter év monde. Pour y parvenir, ils cachèrent parmi ses bardes un de leors vases sacrés , prétendant que par ce moyen ils oonvafaicraient Esope de vol et de sacrilège , et qu'ils le condamneraient à la mort.
Comme 11 fut sorti de Delphes , et qu'il eut pris le chemin de la Phodde, les Delf^iens accoururent comme gens qui étaient en peine. Us l'accusèrent d'avoir dérobé leorvaae; Ésope le nia avec des serments : on chercha dans son équipage , et il Itat trouvé '. Tout ce qu'Esope pot dire n'anpècfaa point qu'on ne le traitât comme un criminel Infilaie. Il fut ramené à Delphes , chargé de fers, mis dans les cachots , puis condamné à être précipité. Rien ne hii servit de se défendre avec ses armes ordinaires , et de raconter des apologues : les Delphiens s'en moquèrent.
La grenouille, leur dit-il , avaithlvité le raté la venlrvoir. Afin de loi fidre traverser l'onde , elle l'attacha à son pi^. Dès qu'il ftit sur l'eau , elle voulut le tirer au fond , dans le demein de le noyer; et d'en foire ensuite un repas. Lemalhenrcoi rat rérista quelque peu de temps. Pendant qu'il se dâiattalt sor l'eau , un oiseau de proie l'aperçut , fondit sur hn ; et rayant enlevé avec la grenouille , qui ne se put détacher, il se reput de l'un et de l'autre. C'est ainsi, Delphiens abominables, qu'un plus puissant que nous me fcngera : je périrai; mais vous périras aussi.
Comne on le conduisait au supplice, il trouva moyen de s'échapper , et entra dans nue petite chapelle dédiée à Apolloo. Les Delphiens l'en arrachèrent. Vous violei cet
« rOe de Samos, compagne d'esclavage d'Ésope le tSabnliste ; car
• Ésope fiit auari esclave d'Iamon. On en a des preuves ; et une « des principales c'est que les Delphiens ayant fait demander « plnsieaTifoJs, parnn bénut, suivant les cidres de l'oracle, f si quelqu'un voulait venger la mort d'Ésope , Q ne se présenta
• qu'on petitrfils d'Iamon, qui portait le même nom que son
• aienl. • Traduct de Larcher, seconde édition, t. il, p. 110. « Tisconti remarque que plusieurs laits racontés par Planude
sont confirmés par les anciens. Ainsi, dit ce savant antiquaire, faneodole d'un vase sacré cacbé par les habitants de Delphes dans les malles du fabuliste aurait pu paraître volée dans les livres saints, et transportée par Planude dans la vie d'Ésope. Cependant nous retrouvons ce même tait dans les fragments dHérscUde, aoteor contemporain de Platon. {De PotiUlt, cixu.)
asile , leur dit- il , parce que ce n'est qu'une petite diapelle; mais un jour viendra que votre méchanceté ne trouvera point de retraite sûre , non pas même dans les temples. 11 vous arrivera la même chose qn'è l'aigle , laquelle , nonobstant les prières de l'escarbot, enleva un lièvre qui s'était réfugié chez loi : la génération de l'aigle en fut punie jusque dans le giron de Jupiter. Les Delphiens, peu tonchés de tous ces exemples, le précipitèrent >•
Peu de temps aprèssa mort, une peste très-violente exerça sur eux ses ravages. Ils demandèrent à l'oracle par quds moyens ils pourraient apaiser le oourronx des dieu. L'orade leur répondit qu'il n'y enavait pointd'aulre qued'expier leur forfisdt , et satisfoire aux mènes d'Esope. Ânssiiôt une pyramide fut élevée. Les dieux ne témoignèrent pas seuls combien ce crime leur déplaisait : les hommes vengèrent aussi la mort de leur sage. La Grèce envoya des commissaires pour en informer , et en fit une punition rigoorense*.
FABLES