‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 229 sur 723 · CHÉRIE · texte numérisé non relu

CHÉRIE

Qoi vous (firalt ced pour préparer vôtre âme? Tout de bon , n quelqu'un vous découvrait sa flamme, ^^étant rien id-bas qui ne puisse arriver (J'entends â quelque fin que l'on doive approuver), Agréeriez-vous son offire? et votre âme , touchée , Prendnût-elle plaiôr à s'en voir recherchée?

PAMPHILB.

Sdon ce qu'il aurait d'aimable et de parfiiit.

CHÉRÉE.

Je le suppose riche, honnête, assez bien fait, D'âge au vôtre sortable; enfin tel , à tout prendre, Qu'aux partis les plus hauts il ait droit de prétendre.

PAMPHILB.

Taime ces qualités dont il serait pourvu ; Mais , pour en bien parler, il faudrait Tavoir vu.

CHÉRÉE.

Vous le voyez , Pamphile , et vous allez connaître Un feu qui ne peut plus s'empêcher de paraître. Par un excès d'amour , sous cet habit trompeur Je me suis pour esdave offert à votre sœur ; Né libre cependant. On m'appelle Chérée ; I^ noblesse des miens ne peut être ignorée : Peu de partis ici voudraient me refuser ; Mon zèle est toutefois plus que tout à priser: Ne le dédaignez point. Quoi ! vous fuyez , Pami^ile ?

PAMPHILB.

Insolent , quitte-moi , ta fourbe est inutile. Pythie 1

CHÉRÉB.

Auparavant , encore un mot ou deux.

PAMPHILB.

Qui t^a fait entreprendre un coup si hasardeux? En vain tu fais servir ces honneurs à ta flamme : L'espoir d'y prendre part n'aveugle point mon âme ; Le dd m'a faite esclave , il est vrai ; mais crois-tu Que cette qualité répugne à la vertu ?

CHÉRÉE.

Qui le croirait , Pamphile , après vous avoir vue? Les sévères appas dont vous êtes pourvue Désespèrent les cœurs qu'ils viennent d'enflammer -, Mais, sous le nom d'hymen s'il est permis d'aimer, Loin de votre pays, esclave et délaissée , Où pourriez-vous id porter votre pensée? Par là je n'entends point mépriser vos appas. Le mérite en est grand ; mais l'heur n y répond pas. Tant que l'effort des ans en détruise l'empire, Assez d'amants viendront vous conter leur martyre : Assez d'amants aussi , d'un discours mensonger , Vous offriront un cœur toujours prêt à changer. Devant que vous soyez à leurs vœux exposée , Prévenez le dépit de vous voir abusée; Faites un choix plus sûr , il vous est important.

PAMPHILE

Pen^être dans ta fd n'es-tu pas plus constant.

CHÉRÉE^.

PBunphile , croyez-en ces soupirs et ces larmes.

PAMPHILE

Ah I cesse d'employer le secours de leurs diarmes , Ote-moi ta présence , engage ailleurs ta foi ; Veux-tu rendre mon cœur plus esdave que moi?

Va, ne réplique pdnt , étooflè Um eoTÎe ;

Crains d^attacher tes jours aux malhenrBde oiaTie;

Va-t'en, laisse-moi seule et me plaindre et souffrir.

CBÉKÊB.

Un sort plus fiiTorable en vos mains vient s*oflHr.

Ce n'est point Tintérét qui me rendra fiicile ; Et si je cède , hélas I achèye pour PamphUe. Que sert de m'expliquer? Tu lis dedans mon sdn.

CHÉaÉE.

Et que rencontrez-vous d'injuste en ce dessein?

PAMPHILB.

Je ne sais , je crains tout, je suis irrésolue : Va briguer quelque voix sur mon cœur absolue.

CHÉBéE.

Que je tienne de vous l'espoir d'un si grand bien.

PAMPHILB.

Sans l'aveu de Thaïs je ne te promets rien ; Elle a sur mes désirs une entière puissance : Ce que j'aurais aux miens rendu d'obéissance Jeledoisà ses soins , par qui j'espëie enfin Retrouver mes parents , et changer de destin.

CHÉRÉB.

Pamphile , songez-y, la chose est importante ; Et puisqu'en vos malheurs un moyen se pi^sente , Ne le rejetez pas ; il est en votre main.

PAMPHILB.

Qui me peut garantir ce discours incertain?

CHÉRBB.

Moi-même.

PAMPHILB.

Un tel garant n'assunT point mon âme ; Quand vous voulez montrer l'effet de votre flamme, Un parent , un tuteur , un ami bien souvent , Font que de tels projets il ne sort que du vent; Quelquefois pour changer, ils vous servent d'excuse.

CHÉRÉB.

Contre ces Udietés, dont diacun nous accuse, Je n'oppose qu'un mot: dans trois jours an plus tard, Si reflet ne s'en voit ou d'une ou d'autre pnt Vous pourrez m'accnser de parjure et de feinte; Mais aussi jusque-là suspendez votre crainte , Etftitesde mes vœux un meilleur jugement

PAMPHILB.

Le terme n'est pas long ; j'y consens aisément : Mais je voos interdis cependant ma pi^sence , Comme m juste moyen d'expier votre offense.

CHÉRÉB.

Uarret est rigoureux , le crime étant léger; J'obéirai pourtant ; mais , poor m'encoorager , Adoucissez la peine i ma ruse imposée:

Cette feveur m'hnporte , et vous est fort aisée.

PAMPHILB.

Que me demandez-vous ?

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