‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 265 sur 723 · MELPOMÈNE · texte numérisé non relu

MELPOMÈNE

Mes soeurs , je suis Clymène.

THALIB.

Et moi , je suis Acanthe.

APOLLON

Fort bien ; nous écoutons : remplissez notre attente.

CLTMÈNB.

Acanthe , vous perdez votre temps et vos soins. Youlet-voui qu'on vous aime , almei-noos un peu motnf;. Otez ce mot d'amour, c'est ce qu'on vous conseille.

ACANTHE

Que je l'ôte ! Est-il nm de si doux à l'oreille ? Quoi 1 de vous adorer Acanthe cesserait ! Contre sa passion il vous obéirait!

Ah ! laissez-lui du moins son tourment pour salaire. Suis-je si dangereux? Hélas I non : si j'espère , Cen'estplusd'étreaimé;tantd'heurnem'estpointdiV' Je l'avais jusqu'ici follement prétendu.

Mourir en vous aimant est toute mon envie : Mon amour m'est plus cher mille fois que la vie. Laissez-moi mon açiour, madame, au nom des dieux.

CLYMÈNE

Toujours ce mot I toujours I

ACANTHE

Vous est-il odieux ?

Que^e belles voudraient n'en entendre point d*autre! Il charme également votre sexe et le nôtre : Seule vous le fuyez; mais ne s'est-il point vu Quelque temps où peut-être il vous a moins déplu ?

CLYMÈNE

L'amour, je le confesse, a traversé ma vie. C'est ce qui , malgré moi , me rend son ennemie. Après un tel aveu , je ne vous dirai pas Que votre passion est pour moi sans appas , Et que d'aucun plaisir je ne me sens touchée , Lorsqu'à tant de respect je la vois attachée. Aussi peu vous dirai-je. Acanthe, écoutez bien , Que par vos qualités vous ne méritez rien ; Je les sais , je les vois , j'y trouve de quoi plaire : Que sert;U d*affecter le titre de sévère ? Je ne me vante pas d'être sage à ce point , Qu'un mérite amoureux ne m'embarrasse point.

GLYHËNE.

Vouloir bannir ramour, le condamner, 8*en plaindre, Ce n'est pas le haïr, Acanthe , c'est le craindre. De^ plus sauvages cceurs il flatte le désir. Vous ne Tôterez point sans m'ôter du plaisir. Nous y perdrons tous deux : quand je vous le conseille, Je me fois violence , et prête encor Toreille. Ce mot renferme en soi je ne sais quoi de doux. Un son qui ne déplaît à pas une de nous ; Mais trop de mal le suit.

ACANTRB.

Je ro*en charge , madame :

Ce mal est pqur moi seul ; j*en garantis votre Ame.

GLTMÈNB.

Qui vous croirait , Acanthe , aurait un bon garant. Mais non, je connais trop qu'Amour n'est qu'un tyran. Un ennemi public, un démon , pour mieux dire.

, ACANTHE

Il ne Test pas pour vous , cela doit vous suffire ; Jamais il ne vous peut avoir causé d'ennui : Vous en prenez un autre assurément pour lui. S'il a quelques douceurs , elles sont pour les belles , Et pour nous les soucis et les peines cruelles. Vous n'éprouvez jamais ni dédain ni froideur ; Quant à nous , c'est souvent le prix de notre ardeur. Trop de zèle nous nuit.

CLTMÈNB.

Et pourquoi donc , Acanthe, Ne modérez-vous pas cette ardeur violente ? Aimez-vous mieux souffHr contre mon propre gré , Que si , m'obéissant , vous étiez bien traité? Je vous rendrais heureux.

ACANTHE

Selon votre manière , Du bonheur d'un ami , d'un parent , ou d'un frère : Que sais<je7 de chacmi : car vous savez qu'on peut Faire ainsi des heureux autant que l'on en veut.

CLTMÈNE.

Non, DOD, j'aurais pour toob beaucoup plus de tendresse. Vous verriez à quel point Clymène s^intéresse Pour tout ce qui vous touche.

ACANTHE

Et pour moi-même aussi ?

CLTMÈNB.

Quelle distinction mettez-vous en ceci ?

ACANTHE

Très-grande. Mais laissons à part la différence ; Aussi bien je craindrais de conmiettre une offense , Si j'avais entrepris de prouver contre vous Qu'autre chose est d'aimer nos qualités ou nous. Je vous dirai pourtant que mon amour extrême A pour premier objet votre personne même : Tout m'en semble charmant ; elle est telle qu'il fout : Mais, pour vos qualités , j'y trouve du défout.

CLTMÈNB.

DitesHions quel il est , afin qu'on s'en corrige.

ACANTlfB.

Vous n*aimez point l'Amour, vous le habseî, di»^€ ; Gedien près de voire âme a perdu tout cfédit.

CLTMÈNB.

Je ne hais point l'Amour, je vous l'ai déjà dit : Je le crains seulement , et serais plus contente Si vous vouliez changer votre arÂeur véhémeate, En foire une amitié , quelque chose entra-deax ; Un peu plus que ce n'est quand un cœur ait sans feu, MoiQs aussi que l'état où le vôtre se treuve.

ACANTHE

Tout de bon , vonles-vous que j'en fasse l'épreore? Que demain j'aime moins , et moins le jour d'après, Diminuant toujours , encor que vos attrait Augmentent en pouvoir ? Le voulez-vous , madaffle?

CLTMÈNB.

Oui , puisque je l'ai dit.

ACANTHE

L'avez-vous dit dans rime?

CLTMÈNB.

H fout bien. •

ACANTHE

Songez-y ; voyez si votre esprit Pourra voir ce déchet sans un secret dépit. Peu de femmes feraient des vœux pafeils au T^tits.

CLTMÈNE.

Acanthe , je suis femme aussi bien que les autres ; Mais je coimais l'Amour , c'est assez : j'ai raison D'en combattre en mon coeur l'agréable poison. Voulez-vous procurer tant de mal à Clymène? Vous l'aimez, dites-vous, et vous cherchez sa peine. N'allez point m'alléguer que c'est plaisir poor nous. Loin , bien Ipin tels plaisirs ; le repos est plus doux : Mon cœur s'en défendra ; je vous permets de croire Que je remporterai malgré moi la victoire.

APOLLON

Voilà du pathétique assez pour le présent : Sur le même sujet donnez-nous du plais&nt.

IfELPOMÈNB.

Qui ferons-nous parler ?

APOLLON

Acanthe et sa maltresse.

MELPOMÈNB.

Sire , il faudrait avoir pour cela plus d'adresse. Rendre Acanthe plaisanti c'est un tropgranddessein.

D est fbu ; c'est déjà la moitié du chemin.

THALIE

Mais il l'est dans l'excès.

APOLLON

Tant mieux ; j'en sois fbrt aise , Nous le demandons tel : je ne vois rien qui plaise

CLYMÈNE

ïskmààmUfêttj/m, oômmê les gens outrés.

MiDe exemptes poonaîent vdbs en être montrés.

* MEIMMÈMB.

N«B obâssoDs donc. Ta te souviens , Th^Iie, D'oir matin oif Cly mène , en soii lit endonnle y ftt , aa brait d'on si»^ , éyeiUée en sursaut , Et m mil.contre Acanthe en colère aussitôt , Sans le Toir, eroyant même ayoir fermé la porte. Sbs qui pouvait^ que lui, soupirer de la sorte? Yràmeiit tous Tenîendez , avecque vos hélas ! DU la belle; apprenez à soupirer plus bas. D eot beau s*exctiser sur Tardeur de son zèle. ' Une forge ferait moi^ de bniît , reprit-elle , Qk fotre cœur n*en feit : œ sont tous ses plaisirs. Si je tourne le pied , matièi'e de soupirs. Je ne tous vois jamais qu'en un chagrin extrême : Cest bien (to m'obliger à vous aimer de même.

-' agânthc.

fcoeleprâendspas.

CLTHÈNV.

S^ez-vous sur ce fit.

ikCAMTHB.

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