‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 272 sur 723 · BEATO · texte numérisé non relu

BEATO

Je révais, puisqu'il faut, sire , le confesser.

APOLLON

Sur quoi?

ÉRATO.

Sur le débat qui s'est ému naguère.

APOLLON

Savoir si vous aimez?

ÉRATO.

Autrefois j'étais fière Quand on disait que non : qu'on me vienne aujourd'hui Demander , Aimez-vous ? je répondrai que oui.

APOLLON

Pourquoi?

ÉRATO.

Pour éviter le nom de précieuse.

APOLLON

Si cette qualité vous parait odieuse , Du voeu de chasteté l'on vous dispensera. CHioisissez un galant.

ÉRATO.

Non pas , sire , cela.

Je veux un peu d'hymen pour colorer rafiaire.

APOLLON

Un peu d'hymen est bon.

ÉRATO.

J'en veux, etn'en veux guère.

APOLLON

Vous vous marierez donc , ainsi qu'au teofkps jadis Oriane épousa monseigneur Amadis ?

iSATO. ^ .

Oui , sire.

APOLLON

La méthode , en effet^ Qp est bonne.

Mais encore avec qui? ear je ne vois personne Qui veuille dans l'Olympe à Thymen s'arrgter : Les Sylvains ne sont pas des gens pour vous tenter.

ÉRATO.

Je prendrais un auteur.

Up auteur? vous , déesse?

Aux auteurs Érato potinait mettre la presse. Ce n'est pas votre fait , pour plus d'une raison. Rarement un auteur demeure à la raaii^n^

ÉRATO.

C'est justement cela qm m'en plait davantage.

APOLLON

Nous nous entretiendrons de votre;mariage A fond uneautire fois. Cependant chaalez-noDS, Noilpas du sérieux , du tendre , ni du doux : Mais de ce qu'en fh^nçais^on nomme ba^telle; Un jeu dont je voudrais Voiture pour inodèle. D excelle en cet art : ihaltre Clément ei lui S'y prenafent beaucoup mieux que nos geoi d'âtyourdliDi.

» ÉRATO. •

Sire , j'en ai perdu , peu s'en fout , l'habitnde ; Et ce genre est pour moi maintenant une élude. Il y font plus de temps que le monde ne croit. Agréez , en la place , un dizain.

APOLLON

Dizain soit.

. ÉRATO.

Mais n'est-ce point assez céltbicr notre belle? Quand j'aurai dit les jeux , les ris , et k séquelle. Les grâces , les amours ; voilà fait à peu près.

APOLLON

Vous pourrez dire encçr les charmes ^ les attraits , Les appas.

ÉRATO.

Et puis quoi?

APOLLON

Cent et cent mille choses.

Je ne vous ai conté ni les lis , ni les roses : On n'a qu'à retourner seulement ces mots-là.

ÉRATO.

La satire en fournit bien d^autres que cela: Pour un trait de louange , il en est cent de blâme.

APOLLON

Eh bien 1 blâmez Clymène, à qui d'aucune flamme On ne peut désormais inspirer le désir.

ÉRATO.

Ce sujet est traité; l'on vient de s'en saisir; Il a servi de thèse à ma sœur Polymuie.

APOLLON

Cela ne vous fait rien , la cliose est infinie ;

CLYMÈNE

Toojoan notre cabale y troiiTe à regratter.

E^ATO.

Sire, puisqu'il tous plaît , je m'en vais le tenter. Ma sœur exouera si j*encîiéris sur elle.

POLTMNIE.

ToOà bîendesfiiçons pour une bagatelle.

Ces! qa'elle est de commande

4FOLLON.

Et que coûte un dizain?

iiUTO.

"niat coûte : fl font pourtant que je me mette en train.

Ctjmène a tort : je suis d'avis qu'elle aime

Notre vassal , dès demain au plus tard ,

Dès aujourd'hui , dès ce moment-cLmème :

Le temps d'aimer n'a si petite part

Qm ne soit dière , et surtout quand on treuve

Un bon amant , un amant à l'épreuye.

Je sais qu'il est d& amants à foison;

Tout en fourmiUe ; 09 n'en saurait que faire :

Mais cent méchants n en valent pas un bon ;

Et ce bon-là ne se rencontre guàre.

APOLLON

D ne nous reste plus quTranie , et c'est fait. Mail qoand j'j pense bien , je -trouve qu'en eflët Tant de loaange ennuie , et surtout quand on lone Toujours le même objet : enfin je vous avoue Que, pour peu que durât Téloge encor du temps, V0OS me verriez bâiller. Comment peuvent les gens Entendre, saqs donnir, une oraison funèbre ? 0 D'est panégyriste au monde si célèbre , Ooioesoit un Morpbée à tous ses auditeurs. Uraoie , il vous fout reployer vos douceurs : im bien qui pourrait mieux parler de Clymène Qoe l'amoureux Acanthe? Allons vers TUippocrène; Nous Yj rencontrerons encore assurément : Ce nous sera sans doute un divertissement. La solitude est grande autour de ces ombrages. QneToussemble? Oncroirait,au nombre desouvrages Et des oooipositears ( car chacun fait des vers ) , QqH doos faudrait chercher un mont dans Tunivers, Noo pas double , mais triple , et de plus d'étendue Qoe l'Atlas : cependant ma cour est morfondue ; Je ne rencontre ici que deux ou trois mortels , Encor très-peu dévots à nos sacrés autels. (^Krchez-en la raison dans les cieux, Uranie.

UEANIB.

Sire , il n^est pas besoin ; et sans rastrol/)gié Je TOUS dirai d*où vient ce peu d'adorateurs. 0 est Trai que jamais on n'a vu tant d'auteurs : Chacun foige des vers ; mais pour la poésie , Cette princesse est morte , aucun ne s'en soucie. Avec un peu de rime , on va vous fabriquer

Cent versificateurs en nn jour , sans manquer. Ce langage divin , ces charmantes figures Qui touchaient autrefois les âmes les plus dures ^ Et par qui les rochers et les bois attirés Tressaillaient à des traits de l'Olympe admirés ; Cela , dis-je , n'est plus maintenant en usage. On vous méprise , et nous , et ce divin langage. Qu'est-ce , dit-on ? Des vers. Suffît ; le peuple y court. Pourquoi venir chercher ces traits en notre cour? Sans cela l'on parvient à l'estime des honomes.

APOLLON

Vous en pariez très-bien. Mais qu*entends-je? Nous aommei Auprès de l'Hippocrène. Acanthe assurément S'entretient avec elle ; écoutons cm moment. C'est lui , j'entends sa voix.

ACAIVTHB.

Zéphyrs, de qui Thaleine Portait à ces échos mes soupirs et ma peine , Je viens de vous conter son succès glorieux ; Portez-en quelque chose aux oreilles des dieux. Et toi , mon bienfaiteur, Amour, par quelle offirande Pourrai-je reconnaître une faveur si -grande? Je te dois des plaisirs compagnons des autels, Des plaisirs trop exquis pour de simples mortels. O vous qui visitez quelquefois cet ombrage , Nourrissons des neuf Sœurs. . .

APOLLON

Sans doute il n'est pas sage :

Sachons ce qn*il vent dire. Acanthe !

ACANTHE , parlant seul.

Adorez-moi ;

Car si je ne suis dieu, tout au moins je suis roi.

BRATO.

Acanthe !

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