BEATO
Je révais, puisqu'il faut, sire , le confesser.
APOLLON
Sur quoi?
ÉRATO.
Sur le débat qui s'est ému naguère.
APOLLON
Savoir si vous aimez?
ÉRATO.
Autrefois j'étais fière Quand on disait que non : qu'on me vienne aujourd'hui Demander , Aimez-vous ? je répondrai que oui.
APOLLON
Pourquoi?
ÉRATO.
Pour éviter le nom de précieuse.
APOLLON
Si cette qualité vous parait odieuse , Du voeu de chasteté l'on vous dispensera. CHioisissez un galant.
ÉRATO.
Non pas , sire , cela.
Je veux un peu d'hymen pour colorer rafiaire.
APOLLON
Un peu d'hymen est bon.
ÉRATO.
J'en veux, etn'en veux guère.
APOLLON
Vous vous marierez donc , ainsi qu'au teofkps jadis Oriane épousa monseigneur Amadis ?
iSATO. ^ .
Oui , sire.
APOLLON
La méthode , en effet^ Qp est bonne.
Mais encore avec qui? ear je ne vois personne Qui veuille dans l'Olympe à Thymen s'arrgter : Les Sylvains ne sont pas des gens pour vous tenter.
ÉRATO.
Je prendrais un auteur.
Up auteur? vous , déesse?
Aux auteurs Érato potinait mettre la presse. Ce n'est pas votre fait , pour plus d'une raison. Rarement un auteur demeure à la raaii^n^
ÉRATO.
C'est justement cela qm m'en plait davantage.
APOLLON
Nous nous entretiendrons de votre;mariage A fond uneautire fois. Cependant chaalez-noDS, Noilpas du sérieux , du tendre , ni du doux : Mais de ce qu'en fh^nçais^on nomme ba^telle; Un jeu dont je voudrais Voiture pour inodèle. D excelle en cet art : ihaltre Clément ei lui S'y prenafent beaucoup mieux que nos geoi d'âtyourdliDi.
» ÉRATO. •
Sire , j'en ai perdu , peu s'en fout , l'habitnde ; Et ce genre est pour moi maintenant une élude. Il y font plus de temps que le monde ne croit. Agréez , en la place , un dizain.
APOLLON
Dizain soit.
. ÉRATO.
Mais n'est-ce point assez céltbicr notre belle? Quand j'aurai dit les jeux , les ris , et k séquelle. Les grâces , les amours ; voilà fait à peu près.
APOLLON
Vous pourrez dire encçr les charmes ^ les attraits , Les appas.
ÉRATO.
Et puis quoi?
APOLLON
Cent et cent mille choses.
Je ne vous ai conté ni les lis , ni les roses : On n'a qu'à retourner seulement ces mots-là.
ÉRATO.
La satire en fournit bien d^autres que cela: Pour un trait de louange , il en est cent de blâme.
APOLLON
Eh bien 1 blâmez Clymène, à qui d'aucune flamme On ne peut désormais inspirer le désir.
ÉRATO.
Ce sujet est traité; l'on vient de s'en saisir; Il a servi de thèse à ma sœur Polymuie.
APOLLON
Cela ne vous fait rien , la cliose est infinie ;
CLYMÈNE
Toojoan notre cabale y troiiTe à regratter.
E^ATO.
Sire, puisqu'il tous plaît , je m'en vais le tenter. Ma sœur exouera si j*encîiéris sur elle.
POLTMNIE.
ToOà bîendesfiiçons pour une bagatelle.
Ces! qa'elle est de commande
4FOLLON.
Et que coûte un dizain?
iiUTO.
"niat coûte : fl font pourtant que je me mette en train.
Ctjmène a tort : je suis d'avis qu'elle aime
Notre vassal , dès demain au plus tard ,
Dès aujourd'hui , dès ce moment-cLmème :
Le temps d'aimer n'a si petite part
Qm ne soit dière , et surtout quand on treuve
Un bon amant , un amant à l'épreuye.
Je sais qu'il est d& amants à foison;
Tout en fourmiUe ; 09 n'en saurait que faire :
Mais cent méchants n en valent pas un bon ;
Et ce bon-là ne se rencontre guàre.
APOLLON
D ne nous reste plus quTranie , et c'est fait. Mail qoand j'j pense bien , je -trouve qu'en eflët Tant de loaange ennuie , et surtout quand on lone Toujours le même objet : enfin je vous avoue Que, pour peu que durât Téloge encor du temps, V0OS me verriez bâiller. Comment peuvent les gens Entendre, saqs donnir, une oraison funèbre ? 0 D'est panégyriste au monde si célèbre , Ooioesoit un Morpbée à tous ses auditeurs. Uraoie , il vous fout reployer vos douceurs : im bien qui pourrait mieux parler de Clymène Qoe l'amoureux Acanthe? Allons vers TUippocrène; Nous Yj rencontrerons encore assurément : Ce nous sera sans doute un divertissement. La solitude est grande autour de ces ombrages. QneToussemble? Oncroirait,au nombre desouvrages Et des oooipositears ( car chacun fait des vers ) , QqH doos faudrait chercher un mont dans Tunivers, Noo pas double , mais triple , et de plus d'étendue Qoe l'Atlas : cependant ma cour est morfondue ; Je ne rencontre ici que deux ou trois mortels , Encor très-peu dévots à nos sacrés autels. (^Krchez-en la raison dans les cieux, Uranie.
UEANIB.
Sire , il n^est pas besoin ; et sans rastrol/)gié Je TOUS dirai d*où vient ce peu d'adorateurs. 0 est Trai que jamais on n'a vu tant d'auteurs : Chacun foige des vers ; mais pour la poésie , Cette princesse est morte , aucun ne s'en soucie. Avec un peu de rime , on va vous fabriquer
Cent versificateurs en nn jour , sans manquer. Ce langage divin , ces charmantes figures Qui touchaient autrefois les âmes les plus dures ^ Et par qui les rochers et les bois attirés Tressaillaient à des traits de l'Olympe admirés ; Cela , dis-je , n'est plus maintenant en usage. On vous méprise , et nous , et ce divin langage. Qu'est-ce , dit-on ? Des vers. Suffît ; le peuple y court. Pourquoi venir chercher ces traits en notre cour? Sans cela l'on parvient à l'estime des honomes.
APOLLON
Vous en pariez très-bien. Mais qu*entends-je? Nous aommei Auprès de l'Hippocrène. Acanthe assurément S'entretient avec elle ; écoutons cm moment. C'est lui , j'entends sa voix.
ACAIVTHB.
Zéphyrs, de qui Thaleine Portait à ces échos mes soupirs et ma peine , Je viens de vous conter son succès glorieux ; Portez-en quelque chose aux oreilles des dieux. Et toi , mon bienfaiteur, Amour, par quelle offirande Pourrai-je reconnaître une faveur si -grande? Je te dois des plaisirs compagnons des autels, Des plaisirs trop exquis pour de simples mortels. O vous qui visitez quelquefois cet ombrage , Nourrissons des neuf Sœurs. . .
APOLLON
Sans doute il n'est pas sage :
Sachons ce qn*il vent dire. Acanthe !
ACANTHE , parlant seul.
Adorez-moi ;
Car si je ne suis dieu, tout au moins je suis roi.
BRATO.
Acanthe !