‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 29 sur 723 · UVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

UVRE SIXIEME

FABLE PREMIÈRE

Lb Pdtre et le Lion.

Les febles ne sont pas ce qu'elles semblent être; Le plus simple animai nous y tient lieu de maître. Une morale nue apporte de l'ennui :

> Sans courage, dans l'acception propre da mot virtus. • Vartln-baton , qni a déjà fait son office dans la table v du

FABLES

Le oonte ftiit passer le précepte avec lui. En ces sortes de feinte * il fout instruire et plaire ; Et conter pour conter me semble peu d'affaire. C'est par cette raison qu'égayant leur esprit , Nombre de gens fomeux en ce genre ont écrit. Tous ont hn romement et le trop d'étendue ; On ne voit peint chez eux de parole perdue. Phèdre était si succinct qu'aucuns * l'en ont blâmé ' ; Ésope en moins de mots s'est encore exprimé. Mais sur tous certain Grec * renchérit, et se pique

D'une élégance laconique ; n renferme toujours son conte en quatre vers : Bien ou mal , je le laisse à juger aux experts. Voyons-le avec Ésope en un sujet semblable. L'un amène un chasseur, l'autre un pâtre, en sa foble. J'ai suivi leur projet quant à l'événement, Y cousant en chemin quelque trait seulement. Voici comme, à peu près, Ésope le raconte :

Un pâtre , à ses brebis trouvant quelque mécompte,

Voulut à toute force attraper le larn»n.

11 s'en va près d'un antre , et tend à l'environ

Des lacs à prendre loups, soupçonnant celte engeance.

Avant que partir de ces lieux , Si tu fais, disait-il , 6 monarque des dieux , Que le drôle à, ces lacs se prenne en ma présence,

Et que je goilte ce plaisir.

Parmi vingt veaux je veux choisir

Le plus gras, et t'en faire offrande I A ces moà sort de l'antre un lion grand et fort; Le pâtre se tapit, et dit , à demi mort : Que Thomme ne sait guère , hélas I ce qu'il demandel Pour trouver le larron qui détruit mon troupeau , Et le voir en ces lacs pris avant que je pai*te , O monarque des dieux , je t'ai promis un veau : Je te promets un bœuf si tu tàis qu'il s'écarte I

C'est ainsi que l'a dit le principal auteur : Passons à son imitateur.

• Tai. U y a feintes àâm les deoi premières éditions; ainsi le voulait la grammaire ; mais le ven tTait une syilalie de trop. Dans la troisième éfflUon , de 1878 ta Fontaine a corrigé ce mot, et a mis feimU ; mais dans la quatrième édition , et sous la ntaie date • l'imprimeur a mis féknUe.

• Que <|ndque*-ons. Voyei d-après la fable ti de ce livre, et la fable XIX du livre XII. où le mot etueum» au pluriel est em- ^lof é dan le même sens.

• c'est ce que Phèdre nous jq^ireDd lui-même dans ces ven, Uv. m,fablex.v.60 :

Itasc eXMeatvi sam propteres plariba* •ratMals quontam olmlt qootdsm ofTeodlmos.

4 Gabrias. (Ao/e de la Fontaine, )— Ce nom de Oabrias n'est que celui de Babrias corrompu : et les fables en quatrains que nous avons sous le nom de Gabrias sont ccUes de Babrias, abrégées par Ignatius Maglsterau neuvième siède.

FABLE II

Le Lion et le Chasseur.

Un Êuiferon , amateur de la diasse ,

Venant de perdre un chien de bonne race

Qu'il soupçonnait dans le corps d'un lion ,

Vit un berger. Enseignemoi, de grâce ,

De mon voleur, lui dit-il , la maison ;

Que de ce pas je me lasse raison.

Le berger dit : C'est vers cette montagne.

En lui payant de tribut un mouton

Par chaque mois J'erre dans la campagne

Comme il me plaît ; et je suis en repos.

Dans le moment qu'ils tenaient ces propos

Le lion sort , et vient d'un pas agile.

Le fimfaron aussitôt d'esquiver :

O Jupiter, montre-moi quelque asile ,

S'écria-t-il , qui me puisse sauver!

La vraie épreuve de courage N'est que dans le danger que l'on touche du doigt : Tel le cherchait, dit-il , qui , changeant de langage,

S'enfuit aussitôt qu'il le voit.

FABLE m.

Phébus et Borée,

Borée et le Soleil virent un voyageur

Qui s'était muni par bonlieur Contre le mauvais temps. On entrait dans l'antomne. Quand la précaution aux voyageurs est bonne : n pleut , le soleil luit ; et Técharpe d'Iris

Rend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire : Les Latins les nommaient douteux, pour cette affaire. Notre homme s'était donc à la pluie attendu : Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte. Celui-ci , dit le Vent , prétend avoir pourvu A tous les accidents ; mais il n'a pas préwl

Que je saurai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne : U foudra , si je veux ,

Que le manteau s*en aUle an diable.

L'ébattement pourrait nous en être agréable : Vous platt-il de l'avoir? Eh bien ! gageons nous deux ,

Dit Phébus , sans tant de paroles , A qui plus tôt aura dégarni les épaules

Du cavalier que nous voyons.

Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons, n n'en fallut pas plus. Notre souffleur à gage . Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon ,

Fait un vacarme de démon , Siffle , souffle , tempête , et brise en son passage

Page 1