A MADAME DE MONTESPAN
L'apolo^e est un don qui vient des immortels ;
Ou si c'est un présent des hommes, Quiconque nous l'a foît mérite des autels :
Nous devons tous tant que nous sommes
Eriger en divmité
* Ce rfcndl formait la troUème et la quatrième partie . deux volumes ln-12, f e7S et IS79. 11 ooolenait cinq Uvres.,
■ C'est-à-dire la première et la seconde partie, qui contenaient les six premiers livres : Us avaient para en 16S8 et 1060, io-12 et»in-4* , et ils forent réimprinuâs en IGTS avec la troisiènie et la quatrième partie.
3 Ce n'était pas U le seul mour qui avait décidé bFontalneè mettre moins de concision dans ses récits, voyea à oesi^et notre Histoire de la Pie et des ouvragée de la Fontaine.
4 Fnmçoise-AthénabdeRochechouartdeMortemart maninlse de MORTBSPAR, née en 1641 , morte le 28 mai 1707, à Tàge de soixante-six ans . Sa liaison aVec Loals XIV avait commencé en 1 ses , et du*a prtede quitte ans , Jusqu'en 1683.
FABLES
Le sage par qui ftat ce bel art inventé.
C'est proprement un charme : il rendl'âme attentive,
Ou plutôt il la tient captive ,
Nous attachant à des récits Qui mènent à son gré les cœurs et les esprits. O vous qui l^ÎDiitez , Olympe , si ma muse A quelquefois pris place à la table des dieux , Sur ses dons aujourd'hui daignez porter les yeux; Favorisez les jeux où mon esprit s^amuse ! Le temps, qui détruit tout, respectant votre appui, Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage : Tout auteur qui voudra vivre encore après lui
Doit s'acquérir votre suffrage.
C'est de vous que mes vers attendent tout lein: prix :
n n*est beauté dans nos écrits [ces.
Dont vous ne connaissiez jusques aux moindres tra- Eh 1 qui connaît que vous les beautés et les grâces 1 Paroles et regards , tout est charme dans vous.
Ma muse , en un sujet si doux ,
Voudrait s'étendre davantage ; Mais il faut réserver à d'autres cet emploi ;
Et d'un plus grand maître que moi
Votre louange'est le partage * .
Olympe, c'est assez qu'à mon dernier ouvrage Votre nom serve un jour de rempart et d'abri ; Protège? désormais le livre favori Par qui j'ose espérer une seconde vie -,
Sous vos seuls auspices ces vers
Seront jugés, malgré l'envie ,
Dignes des yeux de l'univers.
Je ne mérite pas une foveur si grande ;
La fable en son nom la demande :
Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous. S'il procure à mes vers le bonheur de vous plaire, Je croirai lui devoir un temple pour salaire : Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous.
FABLE PREMIÈRE
Les Animcmx malades de la peste»
Un mal qui répand la terreur ,
Mal que le ciel en sa fîireur Inventa pour punir les crimes de la terre , La peste ( puisqu'il fout l'appeler par son nom ), Capable d'enrichir en un jour l'Achéron ,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous , mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés A chercher le soutien d'une moiurantc vie;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie;
' Ce grand maître était Louto XIV.
Les tourterelles se fuyaient : ,
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit : Mes chersamîs,
Je crois que le del a permis
Pour nos péchés cette infortont.
Que le plus coupable de non»
Se sacrifie aux traits du céleste coarnmx ; Pent-étie il (^tiendra la goérison commnne. L'histmre nous apprend qu'en de tels accidents
On fiiit de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point ; voyons sans Indolgenoe
L'état de notre conscience.
Pour moi , satîsfiiisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force montons.
Que m'avaient-ils f^t? nulle offense ; Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc , s'il le dut : mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi ; Car on doit souhaiter , selon toute justice ,
Que le plus coupable périsse.
Sire , dit le renard , vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de diélicaiesse. Eh bien 1 manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur ,
En les croquant , beaucoup d'honneur ;
Et quant au berger , l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux.
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le renard; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir Du tigre , ni de l'ours , ni des autres puissances ,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins , Au dire de chacun , étaient de petits saints. L'âne vint à son tour, et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant , La Êiim , Foccasion , l'herbe tendre , et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant , Je tondis de ce pré la largeur de ma langue ; Je n'en avais nul droit , puisqu'il Siiut parler net. A ces mots , on cria haro sur le baudet. Un loup, quelque peu clerc\ prouva par sa harangue Qu'il fidlait dévouer ce maudit animal , Ce pelé , ce galeux , d'où venait tout leur mal. Sa peccadille fht jugée un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui 1 quel crime abominable !
Rien que la mort n'était cartable
' Un peu inatniit Pasquier dit : t Le mot de dere appartleol » aaz ecclésIasUqnesi et comme aliui fut qu'il D'y eut qu'eni ■ qui fiasent profetaion de bonnes lettres . aussi par métaphore » nous appelâmes grand dere l'homme sjTant, manderc e^ » lui qu'on tenait pour bêle, et la sdenee dergie* •