‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 38 sur 723 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

Cbei en gens poor toajeiin il ae fût anèlé ,

Nonobstant la légèreté

Jl ses pareils si naturelle ;

Mais ses eonfrères les esprits Firent tant qoe le chef de cette république,

Par caprice on par politique ,

Le duôdgea bîentdt de logis.

Ordre loi vient d'aller an fond de la Norwége

Prendre le soin d^nne maison

En tout temps eouTcrte de neige ; Et d'Indoo qui! était on tous le feit Lappon. ATSit que de partir, Tesprit dit à ses hôtes :

On m*oblige de vons quitter ;

Je ne sais pas pour quelles fttutes :

Mais enfin il le Cuit Je ne puis arrêter [nudne : Qu'on temps Ibrt court, un mois , peut-être une se- Euiployez-la ; Ibrmez trois souhaita : car je puis

Rendre trois souhaits accomplis ; Trob, sans plus. Souhaiter, ce n'est pas une peine

Étiai^ et nonrelle aux humains.

Genx-d, pour premierTceu, demandent rabondance ;

Et r Abondance à pleines mains

Verse en leurs coffres la finance , En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins : Tout en crère. Comment ranger cette cfaeTance ^? Quels registres, quels soins, quel temps 0 leur flhllut 1 Tous deux sont empêchés si jamais on le ftit.

Les voleurs contre eux complotèrent ;

Les grands se^neurs leur empruntèrent ; Le prince les taxa. Voilà les pauvres gens

Malheureux par trop de fbrtune.

Otez-nons de ces biens rafOuence importune , DirentrOs Ton et l'autre : heureux les indigents I La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse. * Retîrei-vous, trésors; lïiyez .' et toi , déesse, Mèrr do bon esprit , compagne du repos , 0 Mé&crité, reviens vite t A ces mots LaMédiocrité revient. On loi fait place :

Avec elle Os rentrent en grâce, Ad bout de deux souhaits , étant aussi chanceux

Quils étaient, et que sont tous ceux ^

Qoi souhaitent toujours et perdent en chunères Le temps quils feraient mieux de^mettre à leurs af-

Le follet en rit avec eux. |lkires :

Pour profiter de sa largesse.

Quand Q voulut parthr et qu'il fût sur le point ,

Us demandèrent la sagesse :

C'est un trésor qui n'embarrasse point.

FABLE Vn.

LoL Cour du Liain.

Sa majesté lionne un jour voulut connaître De quelles nations le ciel l'avait fait maître.

Il manda donc par députés

Ses vassaux de toute nature,

Envoyant de tous les c6tés

Une circulaire écriture

Avec son sceau. L'écrit portait

Qu'un mois durant le roi tiendrait

Cour plénière , dont l'ouverture

Devait être un fort grand festin ,

Suivi des tours de Fagotin \

Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étalait sa puissance.

En son louvre il les invita.

Quel louvre ! un vrai charnier, dont l'odeur se porta D'abord au nez des gens. L'ours boucha sa narine : Il se fQt bien passé de faire cette mine ; Sa grimace déplut : le monarque irrité L'envoya chez Pluton fiûre le dégoûté.

Le singe approuva fort cette sévérité ; Et , flatteur excessif , il loua la colère * Et la griffe du prince, et l'antre, et cette odeur ;

Il n'était ambre , il n'était fleur Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès , et fut encore punie :

Ce monseigneur du lion-là

Fut parent de Caligula '.

Le renard étant proche : Or çâ, lui dit le sire , Que sens-tu , dis-ie-moi : parle sans d^uiser.

L'autre aussitôt de s'excuser, Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire

Sans odorat. Bref, il s'en tire.

Ceci vous sert d'enseignement :

Ne soyez à la cour , si vous vouiez y plaire , Ni fiide adulateur , ni parleur trop sincère , Et tâchez quelquefois de répondre en Normand \

* Rom d'un singe alon femeux k Paris par ses tiwn.

* Vers sans rime, préoédéde trob rimes masculines de suite, doable négligence qui ne se troa?e corrigée dans ancone des éditions originales.

* Calignla mit sa sœor DnuiHe an rang des divinités, et sévissait également contre cenx qui pleuraient a mort et contre ceox qui ne la pleuraient point ; les premiers parce qu'As insultaient, suivant lui , à son apothéoses les seconds parce qu'Us étalent insensibles \ sa perte. Dior. Cjuu., i7lje,. lib. LLX, cap. Il, p. 914 . édiL Relmar, In-folio ; SoiTOii. . CaliqvÀa, SI \ Ll,p. S98,édit.Womi.

4 Ce qui signifie, de ne dire ni oui ni non. De cette réputation qu'ont ks Normands es^^n cet autre proverbe : V% Noitnamd a Mon du a son dédi

est^mui

FABLES

FABLE Vm.

Lei F'aaiours et Us Pigewis,

Mars aatrefns mit tout Taîr en émute *. Certain sujet fit naître la dispute Chez les oiseaux , non ceux que le Printemps Mène à sa cour, et qui , sous la feuillée , Par leur exemple et leurs sons éclatants , Font que Vénus est en nous réveillée ; Ni ceux encor que la mère d'Amour Met à son char ; mais le peuple vautour, Au bec retors , à la tranchante serre , Pour un chien mort se fit j dit-on , la guerre. Il plut du sang : je n'exagère point.

Si je voulais conter de point en point Tout le détail, je manquerais d'haleine. Maint chef périt , maint héros expira ; Et sur son roc Prométhée espéra De voir bientôt une fin à sa peine \ estait plaisir d'observer leurs efforts; C'était pitié de voir tomber les morts, y alenr , adresse , et ruses , et surprises , Tout s'employa. Les deux troupes, éprises D'ardent courroux , n'épargnaient nuls moyens De peupler l'air que respirent les ombres : Tout élément remplit de citoyens Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres. Cette fureur mit la compassion Dans les esprits d'une autre nation Au cou changeant, au cœur tendre et fidèle. Elle employa sa médiation Pour accorder une telle querelle :

Ambassadeurs par le peuple pigeon Furent choisis, et si bien travaillèrent Que les vautours plus ne se chamaillèrent. Us firent trêve; et la paix s'ensuivit. Hélas 1 ce fut aux dépens de la race A qui la leur aurait dû rendre giâee.

La gent maudite aussitôt poursuivit Tons les pigeons , en fit ample carnage , En dépeupla les bourgades , les champs.

Peu de prudence eurent les pauvres gens D'accommoder un peuple si sauvage.

Tenez toujours divisés les méchants :

La sûreté du reste de la terre

> ÉmuU pour émeute, par licence poétique et pour la rime , et non pas, comme le dit un commentateur de notre poCte , parce que ^mute est un vieux mot qui a été remplacé par émeute. On ne pourrait fournir un seul exemple de remploi du mot émuie dans notra ancien langage:

'Tout le monde sait que, selon la table , Frométliée, pour avoir osé ciécr l'homme et dérober le feu sacré du ciel , fût endialDé sur un rocher du Caucase, o^ii. vautour lui déchirait les entniUes sans cesse renassantes.

r le leu i

Dépend de lA. Semez entre eux la guerre, Ou vous n'aurez avec eux nulle paix Ceci soit dit en passant : je me tais.

l FABLE IX.

Le Coche et la Hfouche,

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous lés côtés au soleil exposé ,

Six forts dievaux tiraient un codie.

Femmes, moines, vieillards, tout était desoenda : L'attelage suait, soufflait, était rendu. Une mouche survient, et des chevaux 8*approdie , Prétend les animer par son bourdonnement. Pique l'un , pique l'autre , et pense à tont momeot

Qu'elle fait aller la machine, S'assied sur le timon , sur le nez du cocher.

Aussitôt que le diai* diemine ,

Et qu'elle voit les gens marcher , Elle s'en attribue uniquement la gloire , Va , vient , foit l'empressée : il semble que ce soit Un sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens et hâter la victoire.

La mouche , en œ commun besoin , Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tont le soin; Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.

Le moine disait son bréviaire :

n prenait bien son temps f une femme diantait : C'éuit bien de chansons qu'alors il s'agissait 1 Dame mouche s'en va chanter à leurs oreilles ,

Et fait cent sottises pareilles.

Après bien du travail , le coche arrive an haut : Respirons maintenant 1 dit la moudie ausatôt : J'ai tant fiiit que nos gens sont eiIOn dans la plaine. Çà, messieurs les dievaux, payezHOooide mapdne.

Ainsi certaines gens , fiûsant les en^iressés ,

S'introduisent dans les affaires :

Us font partout les nécessaires , H, partout unportuns, devraient être chassés.

) FABLE X

La Laitière ek le Pot au lait.

Perrette , sur sa tète ayant un pot au lait

Bien posé sur un coussinet , Prétendait arriver sans encombre * à la ville. Légère et court vêtue, elle allait à grands pas , Ayant mis ce jour-là , pour être plus agile ,

Cotillon simple et souliers plats.

Notre laitière ainsi troussée

> Sans obstacle, sans accident ElcheuK.

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