LIVRE vil
Comptait déjà dans sa pensée Tout Je prix de son lait ; en employait Targent ; Achetait un oent d'œufe^ feisait triple eoQTée : Udiose allait à bien par son soin diligent.
Dm^cst, disait^e, CMûle D'âerer des poolets autour de ma maison ;
Le renard sera bien habile SU ne m^en laisse assez pour ayoir un cochon. Le porc à s^engraisser coûtera peu de son; D était, quand je Feus, de grosseur raisonnable : raoni, le revendant, de Targent bel et bon. Et qui m^empédiera de mettre en notre étable, Va le prix dont il est ', une vache et son yeau , Qoe je TeiTai sauter au milieu du troupeau ? Penette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe ; adieu veau , yache , cochon , couTée« La dame de ces biens, quittant d'un œil marri *
Sa fortune ainsi répandue ,
Va 8*excuser à son mari,
En grand danger d'être battue.
Lerédten force en Ait fait ;
On rappela le Pot au lait.
Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne bit diâteaux en Espagne ' ?
Picrocbole 4, Pyrrhus , la laitière , enfin tous ,
Autant les sages que les fous. /
Chaoon songe en veillant; il n'est rien de plus doux : Cue flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;
Tout le bien du monde^est à nous-, Tous les honneurs , toutes les femmes.
Quand je sids seul, je fois au plus brave un défi; ^ Je m'écarte, je vais détrdner le sophi ;
On m'ait roi , mon peuple m'aime ; Les «fiadèmes vont sur ma tête pleuvant : Quelque accident fiiit41 que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean * comme devant.
* tn le prix que ▼aal le porc aUisi engraiaé. Un des oomf liiliiui de noire poëCe n'a pas bien compris cet hémistiche • et lerappoitant à la Tache dont il est fait mention dans oe Bteeyers, il y a tu nne bute de lan^e inexcosahle. U se tnnpe i cet bémisticbe est nue incise, ou une sorte de parenthèse; elle dénnlre de la phrase peint à merveille le trouble d'enicit que la Joie cause à la laitière.
«Trirte.fikdié.
* Expression proverbiale, qui signifie former des projets ou dts eolreprim chimériques. On a fait diverses coi^ectores sur l'oiliiM de eette locution , qui est bien ancienne < puisqu'on la ntraovedans le Roman delà Rose, composé Ters le milieu du trHâene siècle. (Ven 3407. tom. I, page 8S de l'édition 1735, l»iX)
« Vil. PUhroeoie, dans l'édition de I67S. dans ceUe de 1729. et âsHcelk de MoBtenanlt Mais quoique la Fontaine ait ainsi foitce nom , on a en raison de le corriger d'aprte Rabelais , tel lequel H Ta pris; et aussi d'après l'étymologie grecque, ▼or» BahelaiB, Gargantua, 1. 34 , 1. 1 , p. f 30, édit in-4*.
'EipieMionbarieH|iie, mise en usage par Habelais pourdé-
FABLE XL L$ Curé et U Mort.
Un mort s'en allait tristement
S'emparer de son dernier gîte ;
Un curé 8*en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.
Notre défunt était en carrosse porté ,
Bien et dûment empaqueté , Et vêtu d'une robe , hélas 1 qu'on tioinme bière ,
Robe d'hiver, robe d'été ,
Que les morts ne dépouillent guère.
Le pasteur était à côté,
Et récitait , à Tordinaire ,
Maintes dévoles oraisons ,
Et des psaumes et des leçons ,
Et des versets et des répons :
Monsieur le mort , laissez-nous foire , On vous en donnera de toutes les façons ;
Il ne s'agit que du salaire.
Messire Jean Chouart * couvait des yeux son mort, Comme s'il on eût dû lui ravir ce trésor ;
Et des regards semblait lui dire :
Monsieur le mort , j'aurai de vous
Tant en argent , et tant en dre ,
Et tant en autre menus coûts, n fondait là-dessus Tachât d'une feuillette
Du meilleur vin des environs :
Certaine nièce assez propette *
Et sa chambrière Pâquette
Devaient avoir des cotillons.
Sur cette agréable pensée
Un heurt ' survient : adieu le char.
Voilà messire Jean Chouart Qui du dioc de son mort a la tète cassée. Le paroissien en plomb entraîne son pasteur ;
Notre curé suit son seigneur ;
Tous deux s'en vont de compagnie.
Proprement toute notre vie Est le curé Chouart qui sur son mort comptait , Et la h^\t du Pot au lait.
signer un bomme sans conséquence . et qui est ici d'autant plue
plaisante que notre poète se nommait Jean. Voyez Babelais,
PanUtgruel . second prologue du liv. IV, L U , p.as de l'édita
in-4*.
' Ce nom se retroure plusieurs fois dans Rabe&is pour un
batteur d'or.. Il est singulier qu'A se soit présenté à la Fontaine
pour celui d'un curé, a La Fontaine a écrit propette, et non proprette, • Un cboc. Ce mot peu usité se trouve dans la (able i du
liv.X.
tti
FABLES
FABLE XIL
V Homme qui court après la Fortune ^ et rBomme qui Vaitend dans son ht
Qui ne court après la Fortune?
Je voudrais être en lieu d*où je pusse aisément
Contempler la foule importune
De ceux qui cherchent Tainement Celte fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d'un vola^ fantôme.
Quand ils sont près du bon moment, L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe. Pauvres gens I Je les plains; car on a pour les fous
Plus de pitié que de courroux.
Cet homme , disentnls, était planteur de dioox ;
Et le voilà devenu pape I Ne le valons-nous pas? Vous valez cent fois mieux :
Mais que vous sert votre mérite ?
La Fortune a-t-elle des yeux?
Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quitte , Le repos? le repos, trésor si précieux Qu*on en faisait jadis le partage des dieux 1 Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.
Ne cherchez point cette déesse,, Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi.
Certain couple d'amis , en un bourg établi , Possédait quelque bien. L'un soupirait sans cesse Pour la Fortune; il dit à l'autre un jour :
Si nous quittions notre séjour ?
Vous savez que nul n'est prophète En son pays : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez , dit l'autre ami ; pour moi , je ne souhaite
Ni climats ni destins meilleurs.
Contentez-vous, suivez vôtre humeur inquiète : Vous reviendrez bientôt. Je £bûs vœu cependant
De dormir en vous attendant.
L*ambitieux , ou , si l'on veut , l'avare ,
S'en va par voie et par chemin.
Il arriva' le lendemain En un lieu que devait la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu , c'est la cour. Là donc pour quelque temps il fixe son séjour, Se trouvant au coucher, au lever, à ces, heures
Que Ton sait être les meilleures ; Bref, se trouvant à tout , et n'arrivant à rien. Qu'est cecP? se dit-il , dierchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures ; Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci.
Chez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse ? On me l'avait bien dit, que des gens de ce lieu L on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse.
Adieu , messieurs decour ; mesaieurB de ooor, adiea : Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, ditron, des temples à Surate : Allons là. Ce tiii un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là hA sans doute Armé de diamant , qui tenta cette route , Et le premier osa l'abime défier l
Celui-ci , pendant son voyage ,
Tourna les yeux vers son village Plus d'une fois , essuyant les dangers Des pirates, des vents , du calme et des rochers, Ministres de la Mort : avec beaucoup de peines On s'en va la chercher en des rives lointaines, La trouvant assez tôt sans quitter la maison. L'homme arrive au Mogol : on lui dit qu'au Japon La Fortune pour lors distribuait ses grâces.
Il y court. Les mers ét^ent lasses
De le porter ; et tout le fhiit
Qu'il tira de ses longs voyages, Ce fut cette leçon que donnent les sauvages : Demeure en ton pays , par la nature instruit. Le Japon ne fîit pas plus heureux à cet hoomie
Que le Mogol l'avait été :
Ce qui lui lit conclure en sonmie Qu'il avait à grand tort son village quitté.
Il renonce aux courses ingrates , Revient en son pays , voit de loin ses pénates , Pleure de joie , et dit : Heureux qui vit diez soi, De régler ses désirs faisant tout son emploi t
n ne sait que par oui-dire Ce quec'est que la cour, kmer, et ton empire. Fortune, qui nous h\s passer devant les yeux Des dignitt^s , des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que TefTet aux promesses réponde. Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux.
En raisonnant de cette sorte , Et contre la Fortime ayant pris ce ccmseil ,
U la trouve assise à la porte De son ami plongé dans un profbnd sommeil.
FABLE XIIL Les deux Coqs,
Deux coqs vivaient en paix : une poule survînt^
Et voilà la guerre allumée.
Amour, tu perdis Troie 1 et c'est de toi que jint
Cette querelle envenimée Où du sang des dieux même * on vit le Xanthe teint ! Long-temps entre nos coqs le combat se maintint; Le bruit s'en répandit par tout le voisinage :
* LeiiiiguUerpoiirlepliirid,lioeBoepoétk|nedoiirootroin« de fréquent! exemples dans CoraelUe. gna Voltaire CMoae, d ouê les nammalriens ooiidamnent. ^