‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 39 sur 723 · LIVRE vil · texte numérisé non relu

LIVRE vil

Comptait déjà dans sa pensée Tout Je prix de son lait ; en employait Targent ; Achetait un oent d'œufe^ feisait triple eoQTée : Udiose allait à bien par son soin diligent.

Dm^cst, disait^e, CMûle D'âerer des poolets autour de ma maison ;

Le renard sera bien habile SU ne m^en laisse assez pour ayoir un cochon. Le porc à s^engraisser coûtera peu de son; D était, quand je Feus, de grosseur raisonnable : raoni, le revendant, de Targent bel et bon. Et qui m^empédiera de mettre en notre étable, Va le prix dont il est ', une vache et son yeau , Qoe je TeiTai sauter au milieu du troupeau ? Penette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe ; adieu veau , yache , cochon , couTée« La dame de ces biens, quittant d'un œil marri *

Sa fortune ainsi répandue ,

Va 8*excuser à son mari,

En grand danger d'être battue.

Lerédten force en Ait fait ;

On rappela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?

Qui ne bit diâteaux en Espagne ' ?

Picrocbole 4, Pyrrhus , la laitière , enfin tous ,

Autant les sages que les fous. /

Chaoon songe en veillant; il n'est rien de plus doux : Cue flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;

Tout le bien du monde^est à nous-, Tous les honneurs , toutes les femmes.

Quand je sids seul, je fois au plus brave un défi; ^ Je m'écarte, je vais détrdner le sophi ;

On m'ait roi , mon peuple m'aime ; Les «fiadèmes vont sur ma tête pleuvant : Quelque accident fiiit41 que je rentre en moi-même ;

Je suis gros Jean * comme devant.

* tn le prix que ▼aal le porc aUisi engraiaé. Un des oomf liiliiui de noire poëCe n'a pas bien compris cet hémistiche • et lerappoitant à la Tache dont il est fait mention dans oe Bteeyers, il y a tu nne bute de lan^e inexcosahle. U se tnnpe i cet bémisticbe est nue incise, ou une sorte de parenthèse; elle dénnlre de la phrase peint à merveille le trouble d'enicit que la Joie cause à la laitière.

«Trirte.fikdié.

* Expression proverbiale, qui signifie former des projets ou dts eolreprim chimériques. On a fait diverses coi^ectores sur l'oiliiM de eette locution , qui est bien ancienne < puisqu'on la ntraovedans le Roman delà Rose, composé Ters le milieu du trHâene siècle. (Ven 3407. tom. I, page 8S de l'édition 1735, l»iX)

« Vil. PUhroeoie, dans l'édition de I67S. dans ceUe de 1729. et âsHcelk de MoBtenanlt Mais quoique la Fontaine ait ainsi foitce nom , on a en raison de le corriger d'aprte Rabelais , tel lequel H Ta pris; et aussi d'après l'étymologie grecque, ▼or» BahelaiB, Gargantua, 1. 34 , 1. 1 , p. f 30, édit in-4*.

'EipieMionbarieH|iie, mise en usage par Habelais pourdé-

FABLE XL L$ Curé et U Mort.

Un mort s'en allait tristement

S'emparer de son dernier gîte ;

Un curé 8*en allait gaiement

Enterrer ce mort au plus vite.

Notre défunt était en carrosse porté ,

Bien et dûment empaqueté , Et vêtu d'une robe , hélas 1 qu'on tioinme bière ,

Robe d'hiver, robe d'été ,

Que les morts ne dépouillent guère.

Le pasteur était à côté,

Et récitait , à Tordinaire ,

Maintes dévoles oraisons ,

Et des psaumes et des leçons ,

Et des versets et des répons :

Monsieur le mort , laissez-nous foire , On vous en donnera de toutes les façons ;

Il ne s'agit que du salaire.

Messire Jean Chouart * couvait des yeux son mort, Comme s'il on eût dû lui ravir ce trésor ;

Et des regards semblait lui dire :

Monsieur le mort , j'aurai de vous

Tant en argent , et tant en dre ,

Et tant en autre menus coûts, n fondait là-dessus Tachât d'une feuillette

Du meilleur vin des environs :

Certaine nièce assez propette *

Et sa chambrière Pâquette

Devaient avoir des cotillons.

Sur cette agréable pensée

Un heurt ' survient : adieu le char.

Voilà messire Jean Chouart Qui du dioc de son mort a la tète cassée. Le paroissien en plomb entraîne son pasteur ;

Notre curé suit son seigneur ;

Tous deux s'en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie Est le curé Chouart qui sur son mort comptait , Et la h^\t du Pot au lait.

signer un bomme sans conséquence . et qui est ici d'autant plue

plaisante que notre poète se nommait Jean. Voyez Babelais,

PanUtgruel . second prologue du liv. IV, L U , p.as de l'édita

in-4*.

' Ce nom se retroure plusieurs fois dans Rabe&is pour un

batteur d'or.. Il est singulier qu'A se soit présenté à la Fontaine

pour celui d'un curé, a La Fontaine a écrit propette, et non proprette, • Un cboc. Ce mot peu usité se trouve dans la (able i du

liv.X.

tti

FABLES

FABLE XIL

V Homme qui court après la Fortune ^ et rBomme qui Vaitend dans son ht

Qui ne court après la Fortune?

Je voudrais être en lieu d*où je pusse aisément

Contempler la foule importune

De ceux qui cherchent Tainement Celte fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d'un vola^ fantôme.

Quand ils sont près du bon moment, L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe. Pauvres gens I Je les plains; car on a pour les fous

Plus de pitié que de courroux.

Cet homme , disentnls, était planteur de dioox ;

Et le voilà devenu pape I Ne le valons-nous pas? Vous valez cent fois mieux :

Mais que vous sert votre mérite ?

La Fortune a-t-elle des yeux?

Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quitte , Le repos? le repos, trésor si précieux Qu*on en faisait jadis le partage des dieux 1 Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.

Ne cherchez point cette déesse,, Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi.

Certain couple d'amis , en un bourg établi , Possédait quelque bien. L'un soupirait sans cesse Pour la Fortune; il dit à l'autre un jour :

Si nous quittions notre séjour ?

Vous savez que nul n'est prophète En son pays : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez , dit l'autre ami ; pour moi , je ne souhaite

Ni climats ni destins meilleurs.

Contentez-vous, suivez vôtre humeur inquiète : Vous reviendrez bientôt. Je £bûs vœu cependant

De dormir en vous attendant.

L*ambitieux , ou , si l'on veut , l'avare ,

S'en va par voie et par chemin.

Il arriva' le lendemain En un lieu que devait la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu , c'est la cour. Là donc pour quelque temps il fixe son séjour, Se trouvant au coucher, au lever, à ces, heures

Que Ton sait être les meilleures ; Bref, se trouvant à tout , et n'arrivant à rien. Qu'est cecP? se dit-il , dierchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures ; Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci.

Chez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse ? On me l'avait bien dit, que des gens de ce lieu L on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse.

Adieu , messieurs decour ; mesaieurB de ooor, adiea : Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, ditron, des temples à Surate : Allons là. Ce tiii un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là hA sans doute Armé de diamant , qui tenta cette route , Et le premier osa l'abime défier l

Celui-ci , pendant son voyage ,

Tourna les yeux vers son village Plus d'une fois , essuyant les dangers Des pirates, des vents , du calme et des rochers, Ministres de la Mort : avec beaucoup de peines On s'en va la chercher en des rives lointaines, La trouvant assez tôt sans quitter la maison. L'homme arrive au Mogol : on lui dit qu'au Japon La Fortune pour lors distribuait ses grâces.

Il y court. Les mers ét^ent lasses

De le porter ; et tout le fhiit

Qu'il tira de ses longs voyages, Ce fut cette leçon que donnent les sauvages : Demeure en ton pays , par la nature instruit. Le Japon ne fîit pas plus heureux à cet hoomie

Que le Mogol l'avait été :

Ce qui lui lit conclure en sonmie Qu'il avait à grand tort son village quitté.

Il renonce aux courses ingrates , Revient en son pays , voit de loin ses pénates , Pleure de joie , et dit : Heureux qui vit diez soi, De régler ses désirs faisant tout son emploi t

n ne sait que par oui-dire Ce quec'est que la cour, kmer, et ton empire. Fortune, qui nous h\s passer devant les yeux Des dignitt^s , des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que TefTet aux promesses réponde. Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux.

En raisonnant de cette sorte , Et contre la Fortime ayant pris ce ccmseil ,

U la trouve assise à la porte De son ami plongé dans un profbnd sommeil.

FABLE XIIL Les deux Coqs,

Deux coqs vivaient en paix : une poule survînt^

Et voilà la guerre allumée.

Amour, tu perdis Troie 1 et c'est de toi que jint

Cette querelle envenimée Où du sang des dieux même * on vit le Xanthe teint ! Long-temps entre nos coqs le combat se maintint; Le bruit s'en répandit par tout le voisinage :

* LeiiiiguUerpoiirlepliirid,lioeBoepoétk|nedoiirootroin« de fréquent! exemples dans CoraelUe. gna Voltaire CMoae, d ouê les nammalriens ooiidamnent. ^

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