‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 40 sur 723 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

et

Il fOBl qui porte crête au spectade accoanit ;

nos d*iiiie Hélène au beau plumage E^rtlepri^darâaqueur.LeYaincuclMparut: .

Dalla se cacher au fond de sa retraite ,

Pleura sa gloire et ses amours, Ses amours qu'on rival, tout fier de sa défiiite , Pwaédâtàsesyeux. U voyait tous les jours Getoliiet rallumer sa faaine et son courage; Il aiguisait son bec, battait Tair et ses flancs ,

Et , s'exerçant contre les vents ,

S^annait d'une jalouse rage.

D n*en eut pas besoin. Son vainqueur sur les toits S*aila peidier , et chanter sa victoire.

UnTautour entendit sa voix :

Adieu les amours et la gloire ; Tout 0^ orgueil périt sous Fongle do vautour.

Enfin , par on fotal retour ,

Son rival autour de la poule

S'en revint (aire le coquet.

Je laisse à penser quel caquet ;

Car il eut des femmes en foule.

La Fortune se plaît à faire de ces coups : Tout vainqueur insolent à sa perte travaille. ])éfions4ioosduSort, et prenons garde à nous Après le gain d'une bataille.

FABLE XIV

Z'iagmliliMie ^ l'injuittos des tfommes eaveit

laForfiuie.

Un trafiquant sur mer , par bonheur , s'enrichit, n triompha des vents pendant plus d'un voyage : Gonflte , banc , ni rocher , n'exigea de péage D'ancun de ses ballots ; le Sort l'en afft'anchit. Sur tous ses compagnons Atropos el Neptune Recueillirent leurs droits , tandb que la Fortune Prenait scMn d'amener son marchand à bon port. Ï^Mïteurs, associés, chacun lui Ait fidèle. n vcnfit son tabac , son sucre , sa cannelle ,

Ce qu'il voulut , sa porcelaine encor ; Le loxeet la folie enflèrent son trésor;

Bref , il plot dans son escarcelle.

On ne pariait diez lui que par douMes ducats ; Bi mon hoDune d'avoir chiens , chevaux, et carrosses :

Ses jours de jeûne étaient des noces.

Un flien ami , voyant ces somptueux repas , Lndit :£ld^oà vient donc un si bon ordinaire? — Et d*Ott me viendraitril que de mon savoir-fiiire ? Jen'endois rien qu'à moi , qu'à mes soins, qu'au talent I>e risquer à propos, et bien placer l'argent, le profit loi semblant une fort douce diose , 11 risqua de nouveau le gain qu'il avait fiiit ;

Mais rien , pour cette fois , ne lui vmt à souhait.

Son imprudence en fiit la cause :

Un vaisseau mal frété périt au premier vent ; Un autre , mal pourvu des armes nécessaires ,

Fut enlevé par les corsaires ;

Un troîsièine au port arrivant , Rien n'eut cours ni débit \ le luxe et la folie

N'étaient plus tels qu'auparavant

Enfin ses fiicteurs le trompant , Et lui-même ayant fait grand fracas , chère lie % Mis beaucoup en plaisirs, en bâtiments beaucoup ,

Il devint pauvre tout d'un coup.

Son ami , le voyant en mauvais équipage , Lui dit : D'où vient cela ? —De la Fortune , hélas I Consolez-vous , dit l'autre ; et s'il ne lui plaît pas Que vous soyez heureux , tout au moins soyez sage.

Jene sais s'il crut ce conseil ; Mais je sais que chacun impute, en cas pareil ,

Son bonheur à son industrie ; Et si de quelque échec notre faute est suivie ,

Nous disons injures au Sort.

Chose n'est ici plus commune.

Le bien, nous le (kisons; le mal, c'est la Fortune \ On a toujours raison , le Destin toujours tort.

FABLE XY

Les Dêvinêresseg,

C'est souvent du hasard que naît l'opinion ^ Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.

Je pourrais fonder ce prologue Sur gens de tous états : tout est prévention , Cabale , entêtement ; point ou peu de justice. C'est un torrent : qu'y faire? Il fout qu'il ait son cours «

Cela fut et sera toujours.

Une femme , à Paris , faisait la pythonisse : On Fallait consulter sur chaque événement-; Perdait-on un chiffon , avait-on un amant , Un mari vivant tiop , au gré de son épouse , Une mère fâcheuse, une femme jalouse ;

Chez la devineuse * on courait ^ Pour se fûre annoncer ce que Ton desirait.

Son fait consistait en adresse :

Quelques termes de l'art , beaucoup de hardiesse , Du hasard quelquefois , tout cela concourait , Tout cela bien souvent fl^sait crier miracle.

■ Chère tnociilaile et Joyease. Cetto expR«k>Q de ehàre iU ert iuniUère km» Tieoi oonlean. Toyei nàbel9iB,Pantagruel IV, 44.

• Pour dtvkiêreite. On troare dam Marot le mot deoinmr: tt est de la langue { mab deoinêuse est de rinvenUoD de notre poète.

FASLES.

Enfin , quoique Ignorante à vingt et trds carats \

Elle passait pour un oracle.

L'orade était logé dedans an galetas :

Là f cette femme emplit sa bourse ,

Et , sans avoir d^autre ressource , Gagne de quoi donner un rang à son mari , Elle achète un oflke , une maison aussir

Voilà le galetas rempli D'une nouvelle hôtesse , à qui toute la ville , Femmes, filles, valets , gros messieurs , tout enfin Allait , comme autrefois , demander son destin ; Le galetas devint Tantre de la Sibylle^ L'autre femelle avait achalandé ce lie». Cette dernière femme eut beau foire , eut beau dire , Moi devine M on se moque : eh I messieurs, sais-jelire? Je n*ai jamais appris que ma croix de par Dieu. Point de raisons : fallut deviner et prédire,

Mettre à part force bons ducats , Et gagner malgré soi plus que deux avocats. Le meuble et Tcquipage aidaient fort à la chose : Quatre sièges boiteux , un manche de balai, Tout sentait son sabbat et sa métamorphose.

Quand cette femme aurait dit vrai

Dans une chambre tapissée , On s'en serait moqué : la vogue était passée

Au galetas ; il vivait le crédit.

L'autre femme se morfondit.

L'enseigne fiiit la chalandise '.

J'ai vu dans le palais une robe mal mise

Gagner gros : les gens lavaient prise Pour maitre tel , qui traînait après soi ' Force écoutants. Demandez-moi pourquoi.

FABLE XVL Le Chaly la Behtie, et le petit Lapin,

Du palais d'un jeune lapin

Dame belette , un beau matin ,

S*empara : c'est une rusée.

Le maître étant absent , ce lui fut chose aisée. Elle porta chez lui ses pénates, un jour Qu'il était allé feire à l'aurore sa cour

Parmi le thym et la nisce.

Après qu'il eut brouté , trotté , fait tous ses tours ,

' Expression proYerbial« . pour dire presque entièrement , presque complètement . de même que For \. vingt-trois carats . qui est presque entièrement pur.

• Pour devineretse. On dit devin ; mais çUiHnâ ne se dit pas pins que deuhieuse, si ce nVst parmi le peuple . dont notre puéte emprunte ici le langage pour ajouter k l'illusion. Remarquons qu'il met ce mot dans la bouche d'une fenmiequi ne sait pas même lire.

> Rabltode d'acheter ches un marchand.

Jeannot lapin retourne aux souterrains s^oors. La belette avait mis le nez à la fenêtre. Odieux hospitaliers 1 que vois-je ici paraître? Dit ranimai ehassé du paternel logis^

Holà 1 madame la belette ,

Que Ton dcloge sans trompette , Ou je vais avertir tous les ratar du pays. La dame au nez pointu répondit que la terre

Était an premier occupant.

C'était un beau sujet de guerre , Qu'im logis où lui-même il n'entrait qu'en rampant l

Et quand ce serait un* royaume, Je voudrais bien savoir , dit-elle , quelle loi

En a pour toujours fait Toctroi A Jean , fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume ,

Plutôt qu'à Paul , plutdt qu'à moi.

Jean lapin allégua la coutume et l'usage. Ce sont^ ditril , leurs lois qui m'ont de ce logis Rendu maitre et seigneur , et qui , de père en fils , L'ont de Pierre à Simon , puis à moi Jean , transmis» Le premier occupant, est-ce une loi plu» sage?

Or bien , sans crier davantage.

Rapportons-nous , dit-elle , à Raminagrobis '. C'était un chat , vivant comme un dévot ermite ,

Un chat faisant la chattemite \ Un saint honune de chat , bien fourré , gros et gras ,

Arbitre expert sur tous les cas.

Jean lapin pour juge l'agrée.

Les voilà tous deux arrivés

Devant sa majesté fourrée.

Grippeminaud ' leur dit : Mes enfants , approchez, Approchez , je suis sourpl , les ans en sont la cause. L'un et l'autre approcha , ne craignant nulle chose. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,

Grippeminaud , le bon apôtre , Jetant des deux côtés la griffe en même temps , Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et Tautre.

Ced ressemble fort aux débats qu'ont parfois Les petits souverains se rapportants * aux rois,

* Nom oomiqne tiré de Rabelais. < Nous avons (cl , près la c Villaum^re, un vieux poète t c'est RaminagrobU. leqttel en < seconde nopce épousa la grande gourre dont naquit la bella «Basoche^ •Pantagruet, liv. III. cb. xzi. Ge nom pourrait bien être plus ancien que Rabelais. Dans Bidpal 11 y a un chat qui se nomme RoumL KalUa and Dimna , or th^ Fables of Bidpal, translated from ihe arabie ; byW. Knaldtt>nlJ, ISIS. hi-8* . p. 275.

> Voyez ci-après . llv. IX . fable zif ; et dan» Rabelais, L IV. ancien prologue, tom. II.

s Autre nom burlesque emprunté de Rabelais, Pantagruel . iir. V, ch. u , intitulée t Gomment nous pasaasmes le gulscbct « habité par Grippeminaud. archiduc des chats fourres. >

4 Vab. Se rapportant. Cette leçon est celle de toutes les édi^ tiens modernes ; la nôtre est celle de toutes les éditions origlsales. Si elle forme aoloardliul une faute gnunmadcale, il n'en

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