LIVRE VII
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FABLE XYIL
la TiU ei la Quénede Serpent
Le serpent a deux parties
Do genre humain ennemies ,
Tête et queue ; et toutes deux
Ont acquis un nom fameux
Auprès des Parques cruelles :
Si bien qu'autrefois entre elles^
n survint de grands débats Pour le pas.
La tête avait toujours marché devant la queue.
La queue au ciel se plaignit , Et lui dit :
Je fais mainte et mainte lieue
Oxnme il plait à celle-ci :
Crok-elle que toujours j'en veuille user ainsi ?
Je suis son humble servante.
On m'a fait , Dieu merci ,
Sa sœur et non sa suivante.
Toutes deux de même sang ,
Traitez-nous de même sorte :
Aussi bien qu'elle je porte
Un p(Mson prompt et puissant * .
Enfin, vmlà ma requête :
C'est à vous de commander
Qu'on me laisse précéder,
 mon tour, ma sœur la tête.
Je la conduirai si bien ,
Qu'<Hi ne se plaindra de rien.
Le ciel eut pour ses voeux une bonté cruelle. Souvent sa con^plaisance a de méchants effets, n devrait être sourd aux aveugles souhaits, n ne le fut pas lors * ; et la guide ' nopvelle ,
Qui ne voyait , au grand jour,
Pas plus dair que dans un four,
Donnait tantôt contre un mai^^re , '
do tempt de notre poétsi Molière, Boflean, ce EedM • oftnentde IMiueiiti eiemples de U dédinalflonde ce pmicipik Ce ^ hit ipie wm I6i0 qae l'Académie se détennina k ne |itai le dédioer, '^Of a HariMiiaida Journal (f ai savantg, ttan182«. p.149.
■ Bnear dliMoire natureUe t malgré le provaHbe in eauda tmtmMm » U n'j a point depoboodam la queue des serpents.
* lera poor tdori est d'an nsage fréi^oent dans nos premiers po€les; Maroc, Malheibe, et Bacan, en fournissent de nombreuK exemples.
■ Le mot 911^6 était autrefois féminin , ainsi que pinsieurs ■Mis dérivée de l'espagnol ou de l'italien , appartenant k l'art niitaire ; mais du temp de la Fontaine ce mot n'était plus emplojé au féminin que pour rappeler les titres d'anciens onnaiçes ascétiques . tels que la Guide du ^pécheur» , etc. Cependant ce changement d'usage était, à oet égard, asseï récent; (W le dictionnaire deZfioot, Imprimé en 1606, fait encore 9»MeMnilnin.
Contre un passant , contre un arbre :
Droit aux ondes du Styx elle mena sa sceur.
Malheureux les éUts tombés dans son erreurf
FABLE XVIIL
Un Animal dont la Lune *,
Pendant qu^nn philosophe * assure Que toujours par leurs sens les hommes sont dupés ,
Un autre philosophe ' jure
Qu'ils ne nous ont jamais trompés.
Tous les detix ont raison ; et la philosophie Dit vrai quand elle dit que les sens tromperont Tant que sur leur rapport les hommes jugeront ;
Mais aussi , si l'on rectifie L^image de l'objet sur son éloignement ,
Sur le milieu qui l'environne ,
Sur l'organe et sur l'instrument ,
Les sens ne tromperont personne.
La nature ordonna ces choses sagement : J'en dirai quelque jour les raisons amplement. J'aperçois le soleil : quelle en est la figure ? Ici-bas ce grand corps n'a que trois pieds de tour; Mais si je le voyais là-haut dans son séjour, Que serait-ce à mes yeux que l'œil de la nature f . Sa distance me fait juger de sa grandeur ; Sur l'angle et les côtés ma inain la détermine. L'ignorant le croit plat; j'ép^ssis sa rondeur : Je le rends immobile ; et la terre chemine. Bref, je démens mes yeux en toute sa machine } Ce sens ne me nuit point par son illusion.
Mpn âme, en toute occasion , Développe le vrai caché sous Tapparenoe;
Je ne suis point d'intelligence Avecque mes regards peut<^tre un peu trop prompts , Ni mon oreille *, lente à m'apporter les sons. Quand l'eau courbe un bâton , ma raison le redresse :
La raison décide en mal tresse.
Mes yeux , moyennant ce secours , Ne me trompent jamais en me mentant toujours.* Si je crois leur rapport, erreur assez commune , Une tête de femme est au corps de la lune. Y peut-elle être? Non. D'où vient donc cet objet ? Quelques lieux inégaux font de loin cet effet.
< Le chevalier Paul Neal, un des membres de la Société royale de Londres . crut avoir aperçu au travers de son télescope un éléphant dans la lune ; mais on découvrit bientôt que cet éléphant n'était qu'une souris qui s'était glissée eotrs les deux verres du télescope. Ce fait suggéra k U Fontaine , sur les errenrs de nos sens , des réfleiions philosophiques auiqnellei I lui a plu de donner le titre de fable.
s Démocrite.
* épicure.
* NI avec mon oreille. Ellipse.
Va lone noUe part n a sa suifioe unie:
Montaeuse en des lieux , en d'KDtres «pbmie , L'ombre aTec la lumière y peut tracer soOTent
Un homme , on bœof , on éléphant.
Naguère TAngleterre y vit chose pareille. La lunette placée , un animal nouveau
Parut dans cet astre si beau ;
Et chacun de crier merveille.
H était arrivé là*haut un changement Qui présageait sans doute un grand événement. Savait-on si la guerre entre tant de puissances N'en était point Teffel ? Le monarque accourut : Il favorise en roi ces hautes connaissances. Le monstre dans la lune à son tour lui parut. C'était une souris cachée entre les verres : Dans la lunette était la source de ces guerres On en rit. Peuple heureoz I quand poorront les François. Se donner, oomme vous, entiers à ces emplois 1 Mars nous fait recueillir d^amples moissons de ^oire : C'est à nos ennemis de craindre les combats , A nous de les chercher, certains que la Victoire , Amante de Louis, suivra partout ses pas. Ses lauriers nous rendront célèbres dans Thistoire.
Même les Filles de Mémoire Ne nous ont point quittés ; nous goûtons des plaisirs: La paix fait nos souhaits, et non point nos soupirs. Charles * en sait jouir : il saitfait dans la guerre Signaler sa valeur, et mener l'Angleterre A ces jeux qu^en repos elle voit aujourd'hui. Cependant s'il pouvait apaiser la querelle , Que d'encens ! est-il rien de plus digne de lui ' ? La carrière d'Auguste a-t-elle été moms belle Que les fameux exploits du premier des Césars ? O peuple trop heureux I quand la paix viendra-t-elle Nousrendre,conmie vous, tout entiersaux beaux-arts?
* L'AnsMerre était en paix arec tootei les poiasanoea, tandis qae la France faisait alors i la fois la guerre à la Hollande , à l'Espagne , et à TRinpire.
> Charles 11, roi d'Angleterre.
■On voit par ces vers que cette foMe a été composée fers le eommencement de l'année len. Alors 1 A puissances se trou- Talent épuisées parla guerre , et désiraient la paix. L'Angleterre • qui seule était restée neutre, devint, par cette raison , l'arbitre des négociations qui se poursuivaient k Nimègue. Toutes les parties belligérantes int oqualent sa médiation : mais Charles II se trouTalt fort emban-assé. parce que ses liaisons secrètes avec Louis XIV lui bisalent désirer de prescrire des condittons qui fussent avantageuses à ce monarque, et que d'un •tttre côté il craignait ropinion du peuple anglais, si, trahiisant les intérâU de l'Angleterre, Il ne Cavorisalt pas les nations alliées ft coalisées contre la France.