SCÈNE PREMIÈRE
M. DE LA BAGUENAUDIÈRE, DEBOISGOUPÉ, DE PRÉRAZÉ, DE MOUSSEVERTE , DES LENTILLES.
LA BAGDBNAUDiiERS.
Vous qu*on nomme à bon droit les doctes du pays , Qui , frappés en naissant au coin des beaux esprits, Savez parfaitement faire un beurteux triage Du beau , du laid, du bon, du mauvais, d'un oonage, A Taspect de celui que Ton va déclamer. Contre tous ses dé£aiuts n'allez pas vous araier; Tempérez la censure , ayez de Tindulgence Pour la fragilité d^un auteur qui commence , D'un novice rampant dans le sacré vallon , Qui , quoique vieux , est jeune au métier d'ApolioD.
DES L£l«iTlLLBS.
Autant qu'Argus eut d'yeux je voudrais des oreilles, Pour de ce grand ouvrage entendre les merreilles.
DE BOISCODPÉ.
Je voudrais le louer avec autant de voix Que le grand Briarée eut de bras autrefois.
DE pherazé.
De savourer vos vers mon esprit est avide.
DE MOUSSEVERTE.
Je les crois d'un savoir où le bon sens préside.
LA BAGUENAUDlàRB.
Ah ! messieurs , vous parlez en amis de Tauleur. Revêtus d'un esprit fiicUe admirateur, Vous chantez son triomphe , enflez sa reDommée , Avant qu'on ait enoor la chandelle allumée.
DBS LENTILLES.
Au flairer, à l'odeur, on connaît le poisson.
DE BOISCODPÉ.
Le bon terroir produit Texcellente moisson.
DE PRERAZE.
La beauté du ruisseau se juge par sa source.
DE MOUSSEVERTE.
La bonté du cheval se connaît à la course.
LA BAGUENAUDIÈRE
Trêve d'encens ; messieurs , cessez de me louer : Un auteur n'est que trop facile à s'engouer. La pièce qne j'expose à vos doctes génies Est un beau composé de ces rares saillies , De ce bon goflt nouveau , digne ouvrage do temps, Où l'esprit prend partout le dessus du bon sens. Fi t fi I de>ces auteurs enchaînés par les règles , Qui, venant sur nos mœiu^ fondre comme des aig(&> Pensent, en beaux discours nous peignant la vertu, Mous donner de rhorreur pour le vice abatte.