‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 45 sur 723 · LIVRE VIIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL

FABLE X

VOmn «f VAmaievr det jardim.

Certain oan montagiiaid , ours à demi léché.

Confiné par 1^ Sort dans an bois solitaire ,

Hoarean Bellérophon \ virait seul et caché.

D fïkt derenn foa : la raison d'ordinaire

Nliahite pas longtemps chez les^gens séquestrés.

n est bon de parler, et meillenr de se taire ;

Mais Uns deox sont maovais alors qa'ils sont outrés.

Nul animal n'avait affidre

Dans les lieux que l'oan habitait ;

Si bien que , tout oivs quUi était , D tint à s'ennuyer de cette triste vie. Padant qu'il se livrait à la mélancolie ,

Non loin de là certain vieillard

S'ennuyait aussi de sa part.

D aimait les jardins , était prêtre de Flore ,

n Tétait de Pomone encore.

Cei deux eni|»loiB sont beaux ; mais je voudrais parmi

Quelque donx et discret ami.

Les jardins parlent peu , si ce n'est dans mon livre :

De bçon que , lassé de vivre Avec des gens muets, notre homme^ un beau matin; Va diereher compagnie , et se met en campagne.

L*oorB , porté d'an même dessein %

Venait de quitter sa montagne.

Tous deux , par un cas surprenant ,

Se rencontrent en un tournant.

L'homme eut peur : mais conmient esquiver? et que Se tirer en Gascon d'une semblable affaire |foirç ? Est le mieux : il sut donc dissimaler sa peur.

L'ours , très-mauvais complimenteur, Loi dit : Viens-t'en me voir. L'autre reprit : Seigneur, Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez fidre Tant dlionnenr que d'y prendre un champêtre repas, Tù des bnits , j'ai du lait : ce c'est peut-être pas De oûaseignears les ours le manger ordinaire ' ; Mais j'offre œ que j'ai. L'ours accepte ; et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver : Arrivés , les voilà se trouvant bien ensemble \

Et bien qu'on soit , à ce qu'il semble ,

Beaucoup mieux seul qu'avec des sots , ' Cogmie l'ours en on jour ne disait pas deux mots , LlMuune pouyait sans bruit vaquer à son ouvrage. L^oors allait à la diasse , apportait du gibier ;

Faisait son principal métier

* LeTtinqiieiirde la Chioière , qui , »jmt eo le malhear de tis ioiifr«re. M pkmgé dam une méiaiioolie ti profonde li'dfe ne fiait qB'arec tt Tk.

*VAi. llgifiB,dant quelques éditfoos moderneii mais cTest ■e aMrasR leçon, qD*«iiciiiie éditloa orisliule D'aolorise.

' L'oun eomao est firaislvûfe.

D'être bon émoucheur; écartait du visage De son ami dormant ce parasite ailé Que nous avons mouche appelé.

Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme, Sur le bout de son nez une allant se placer Mit l'ours au désespoir ; il eut beau la chasser. Je t'attraperai bien , dit-il ; et voici comme. Aussitôt felt que dit ; le fidèle émoucheur Vous empoigne un pavé , le lance avec roideur, Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche ; Et , non moins bon archer que mauvais raisonneuTi Roide mort étendu sur la place il le couche.

Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami \ Mieux vaudrait un sage ennemi.

FABLE XL

Les dwx Amis.

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa ; L'un ne possédait rien qui n'appartint à l'autre.

Les amis de ce pays-là

Valent bien , dit-on , ceux du nôtre.

Une nuit que chacun s'occupait au sommeil , Et mettait à profit l'absence du soleil , Un de nos deux amis^sort du lit en alarme ; Il court chez son intime , éveille les valets : Morphée avait touché le seuil de ce palais. L'ami couché s'étonne ; il prend sa bourse , il s'arme , Vient trouver l'autre , et dit : Il vous arrive peu De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme A mieux user du temps destiné pour le somme : N'aûriez-vous point perdu tout votre argent au jeu? En voici. S'il vous est venu quelque querelle. J'ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours seul ? une esclave assez belle Était à mes côtés ; voulez-vous qu'on rappelle? Non, dit l'ami , ce n'est ni Tun ni Tautre point :

Je vous rends grâce de ce zèle.

Vous m'êtes , en dormant , un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il ne fût vrai; je suis vite accouru.

Ce maudit songe en est la cause.

Qui d'eux aimait le mieux? Que t'en semble, lecteur? Cette difficulté vaut bien qu*on la propose. Qu'un ami véritable est une douce chose I n cherche vos besoins au fond de votre cœur ;

Il vous épargne la pudeur

De les lui découvrir vous-même :

Un songe, un rien , tout lui fait peur

Quand il s'agit de ce qu'il aime.

FABLES

FABLE XIL

l» Coeko» , la CMvre et {< Mouton.

One chèvre , nn moaton , avec un cochon gras , Montés sur même char, s'en allaient à la foire. Leur divertissement ne les y portait pas ; On s'en allait les vendre , à ce que dit l'histoire : Le charton ^ n'avait pas dessein De les mener voir Tabarin \ Dom pourceau criait en chemin Comme s'il avût eu cent bouchers à ses trousses : C'était une clameur à rendre les gens sourds. Les autres animaux , créatures plus douces , Bonnes gens , s'étonnaient qu'il criât au secours ;

Ils ne voyaient nul mad à craindre.

Le charton dit au porc : Qu'as-tu tant à te plaindre? Tu nous étourdis tous : que ne te tiens-tu coi ? Ces deux personnes-ci , plus honnêtes (lue toi , Devraient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire : Regarde ce mouton ; a-t-il dit un seul mot?

n est sage. Il est un sot , Repartit le cochon : s'il savait son affaire , Il crierait, comme moi , du haut de son gosier ;

Et cette autre personne honnête

Crierait tout du haut de sa tête.

Us pensent qu'on les veut seulement décharger, La chèvre de son lait , le mouton de sa laine :

Je ne sais pas s'ils ont raison;

Mais quant à moi , qui ne suis bon

Qu'à manger, ma mort est certaine.

Adieu mon toit et ma maison.

Dom pourceau raisonnait en subtil personnage : Mais que lui servait-il? Quand le mal est certain , La plainte ni la peur ne changent le destin ; Et le moins prévoyant est toujours le plus sage.

> ChaitOD oo chareton , vieux mot pour charretier, voltnrier.

• Tabarl était le bouffon gagé d un nommé Mondor , vendeur de baume et d'onguent, qui avait établi ion théâtre it Paris, sur la place du Ponl-Nenr. du cdié de la place Daapbine , au oommnioementdndix-eepdèmeiiècle. Les fuoes comiquea et ordurlérei qui y furent jonéea eurent un succès prodigieuz, et aerrbent à duper et à divertir la cour et la viUe. Tabarin en acquît une telle célébrité qu'on fanpmna ses lazil , et que^ ce recueil eut six éditions: Q est inUtulé RtcMXL général et fanlai' sUêdê Taharin, dMsé en deux parUes, etc. Paris, 1628. Cette fable de la Fontaine et quelques vers de Boileau ont procuré à Tabarin une sorte d'immortalité qu'il n'aurait pa« obtenue par son insipide recueil et par son ignoble talent.

FABLE Xin.

Tireis d Jmaranie.

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