LIVRE PREMIER
FABLE PREMIÈRE
La CigàU et la Fourmi.
La dgale, ayant cbanté
Tout Tété , Se trouTa fort dépourvue Quand la bise fût venue :
Pas un seul petit morceau De mouche ou de vennisseau.
Elle alla crier famine Chez la fourmi sa voisine , La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu^à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle , ' Avant VùCiVy foi d'animal , Intérêt et principah La fourmi n'est pas prêteuse :
G^est là son moindre défout.
Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse. — Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. — Vous chantiez I j'en suis fort aise Eh bieni dansez maintenant.
FABLE IL Le Corbeau et le Renard,
Midtre coibeau , sur un arbre perché ,
Tenait en son bec un fromage.
Maître renard, par Todeur alléché ,
Lui tint à peu près ce langage :
Hé I bonjour, monsieur du cort>eau.
Que vous êtes joli I que vous me semblez beau I
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage , Vous êtes le phénix des hdtes de ces bois. A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;
Et, pour montrer sa belle voix , Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le renard s'en saisit, et dit : Mon bon monsieur ,
Apprenez que tout flatteur
* Ayant b niotooo, qui se bit au mois û'août, qu'on prononce oût; et ce dernier mot, sous cette fonne. dans notre ancien langage, se prend pour la moisson. On disait autrefois un aotu- Uron (ousteron) pour un moissonneur. Vofei le Tkrésorde la langu» françoysé , de.lfioot, tn-foUo » 4006, p. SB. Vofei »oore U note sur la fatle ix du UfreV.
Vitaux dépens de celai qui Técoate :
Cette leçon vaut bien un fromage , sans doute.
Le coibeau , honteux et oonftis , Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
FABLE IIL
La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le
Bœuf.
Une grenouille vit un boeuf -
Qui lui sembla de belle taUle.
Elle , qui n'était pas grosse en tout comme un œuf , Envieuse , s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur;
Disant : Regardez bien, ma sœur; Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suisse point encore ? — Nenni.— M'y voici donc?— Point du tout.-BTy v(Mlà?— Vous n'en approchez point. La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle créVa.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Toutboorgeois veut bâtir comme les grandsseigneurs. Tout petit prince a des ambassadeurs , Tout marquis veut avoir des pages.
FABIE IV. .
Les deux Mulets.
Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé ,
L'autre portant l'argent de la gabelle.
Gelui-HÙ , ^orieux d'une charge si belle , N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas relevé.
Et faisait sonner sa sonnette;
Quand l'ennemi se présentant ,
Comme il en voulait à l'argent , Sur le mulet du flsc une troupe se jette ,
Le saisit au frein, et l'arrête.
Le mulet, eh se défendant , Se sent percer de coups ; il gémit, il soupire. Est-ce donc là, diMl, ce qu'on m'avait promis? Ce mulet qui me suit du danger se retire ;
Et moi j'y tombe, et je péris 1
Ami, lui dit son camarade , Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi : Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade.
FABLE V
Le Loup et le Chien.
Un loup n'avait que les os et la peau , Tant les chiens feisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,