‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 5 sur 723 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

FABLE PREMIÈRE

La CigàU et la Fourmi.

La dgale, ayant cbanté

Tout Tété , Se trouTa fort dépourvue Quand la bise fût venue :

Pas un seul petit morceau De mouche ou de vennisseau.

Elle alla crier famine Chez la fourmi sa voisine , La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu^à la saison nouvelle.

Je vous paierai, lui dit-elle , ' Avant VùCiVy foi d'animal , Intérêt et principah La fourmi n'est pas prêteuse :

G^est là son moindre défout.

Que faisiez-vous au temps chaud?

Dit-elle à cette emprunteuse. — Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. — Vous chantiez I j'en suis fort aise Eh bieni dansez maintenant.

FABLE IL Le Corbeau et le Renard,

Midtre coibeau , sur un arbre perché ,

Tenait en son bec un fromage.

Maître renard, par Todeur alléché ,

Lui tint à peu près ce langage :

Hé I bonjour, monsieur du cort>eau.

Que vous êtes joli I que vous me semblez beau I

Sans mentir, si votre ramage

Se rapporte à votre plumage , Vous êtes le phénix des hdtes de ces bois. A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie ;

Et, pour montrer sa belle voix , Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le renard s'en saisit, et dit : Mon bon monsieur ,

Apprenez que tout flatteur

* Ayant b niotooo, qui se bit au mois û'août, qu'on prononce oût; et ce dernier mot, sous cette fonne. dans notre ancien langage, se prend pour la moisson. On disait autrefois un aotu- Uron (ousteron) pour un moissonneur. Vofei le Tkrésorde la langu» françoysé , de.lfioot, tn-foUo » 4006, p. SB. Vofei »oore U note sur la fatle ix du UfreV.

Vitaux dépens de celai qui Técoate :

Cette leçon vaut bien un fromage , sans doute.

Le coibeau , honteux et oonftis , Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

FABLE IIL

La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le

Bœuf.

Une grenouille vit un boeuf -

Qui lui sembla de belle taUle.

Elle , qui n'était pas grosse en tout comme un œuf , Envieuse , s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur;

Disant : Regardez bien, ma sœur; Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suisse point encore ? — Nenni.— M'y voici donc?— Point du tout.-BTy v(Mlà?— Vous n'en approchez point. La chétive pécore

S'enfla si bien qu'elle créVa.

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Toutboorgeois veut bâtir comme les grandsseigneurs. Tout petit prince a des ambassadeurs , Tout marquis veut avoir des pages.

FABIE IV. .

Les deux Mulets.

Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé ,

L'autre portant l'argent de la gabelle.

Gelui-HÙ , ^orieux d'une charge si belle , N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.

Il marchait d'un pas relevé.

Et faisait sonner sa sonnette;

Quand l'ennemi se présentant ,

Comme il en voulait à l'argent , Sur le mulet du flsc une troupe se jette ,

Le saisit au frein, et l'arrête.

Le mulet, eh se défendant , Se sent percer de coups ; il gémit, il soupire. Est-ce donc là, diMl, ce qu'on m'avait promis? Ce mulet qui me suit du danger se retire ;

Et moi j'y tombe, et je péris 1

Ami, lui dit son camarade , Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi : Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi,

Tu ne serais pas si malade.

FABLE V

Le Loup et le Chien.

Un loup n'avait que les os et la peau , Tant les chiens feisaient bonne garde.

Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,

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