‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 51 sur 723 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

FABLE PREMIÈRE

Le Dipositaire infidèle.

Grâce aux Foies de Hénurire , Tai dianté des ammaax ; Peot-èlre d'antres héros ITanraient acquis moîiis de gloire.

Le loop , en langue des dieax , Parie an chien dans mes oaTrages :

Les bêles , à qoi nûeiix nûeiix , T fNH divers personnages , Lésons fbos, les antres sages; De telle sorte pourtant Qoe les foos vont TempiHtant : ' La mesore en est plus pleine.

Je mets aussi sur la scène Des trompeurs , des soâërats , Des tyrans , et des ingrats , Mainte imprudente pécore , Force sots , force flatteurs ; Je pourrais y joindre encore Des légions de jnentenrs :

Tout homme ment , dit le sage.

SU n'y mettait seulement Que les gens du bas étage, On pourrait aucunement SoQlfrir ce début aux hommes ; Mais que tous , tant que nous scmunes, Noos mentions , grand et petit, Si quelque autre Pavait dit , Je soutiendrais le contraire.

Et même qui mentirait Comme Ésope et comme Homère , Un vrai menteur ne serait :

Le doux charme de maint songe Par leur bel art inventé , Soos les habits du mensonge Nous olfre la vérité.

L'un et l'autre a fiût un livre Que je tiens digne de vivre Sans fin , et plus , s'il-se peut.

Comme eox ne ment pas qui veut. Mais mentir comme sut faire Un certain dépositaire , Payé par son propre mot ,

Est d'un méduuit et d'un sot.

fiût:

Un trafiquant de Perse , ^3^ez son voisin^'en allant en commerce ,

Mît en dépôt un cent de fer un jour.

Mon fer? dit-il , quand il fut de retour. — Votre fer 1 il n'est plus : j'ai regret de vous dire

Qu'un rat l'a mangé tout entier.

Ten ai grondé mes gens ; mais qu'y dire? un grenier A toujours quelque trou. Le trafiquant admire Un tel prodige , et feint de Je croire pourtant. Au bout de quelques jours il détourne l'enfent Du perfide voisin ; puis à souper convie Le père, qui s'excuse , et lui dit en pleurant :

Dispensez-moi , je vous supplie ;

Tous plaisirs pour moi sont perdus.

J'aimais un fils plus que ma vie; Je n'ai que lui ; que dis-je? hélas I je ne l'ai plus 1 On me l'a dérobé : plaignez mon infortune. Le marchand ropartit s Hier au soir, sur là brune, Un chat-huant s'en vint votre fils enlever ; Vers un vieux bâtiment je le lui vis porter. Le père dit : Comment voulez-vous que je croie Qu'un hibou pôt jamais emporter cette proie ? Mon fils en un besoin eût pris le chat4iuant Je ne vous dirai point, reprit l'autre, comment : Hais enfin je l'ai vu, vu de mes yeux, vous dis-je ;

Et ne vois rien qui vous oblige D'en douter un moment après ce que je dis.

Faut-il que vous trouviez étrange

Que les chats-hnants d'un pays Où le quintal de fer par un seul rat se mange , Enlèvent un garçon pesant un demi-cent?

L'autre vit où tendait cette feinte aventure :

n rendit le fer au mardiand ,

Qui lui rendit sa géniture ^

Même dispute avint entre deux voyageurs.

L'un d'eux était de ces conteurs Qui n'ont jamais rien vu qu'avec un microscope ) Tout est géant chez eux : écoutez-les, l'Europe , Comme l' Afrique , aura -des monstres à foison. Cdâ-d se croyait l'hypertMle permise.

J'ai vu , dit-il, un chou plus grand qu'une maison. Et moi , dit l'autre , un pot aussi grand qu'une église. Le premier se moquant , l'autre reprit : Tout doux ;

On le fit pour cuire vos choux.

L'homme au pot fut (dalsant; l'hommeau fer fot habile Quand l'absurde est outré , Ton lui foit trop d'honneur De vouloir par raison combattre son erreur* : Endiérir est plus court , sans s'échauffer la bile.

• soofili, odoiqii'aaeQBffMlié, Ce mot eit visu, «tdnilylf. fulgatre; maii tt eit eipreMir.

FABLES

FABLE IL

Lei deux Pigeons.

Denx pigeons s'aimaient d'amour tendre :

L'on d^eux, s^ennuyant au logis,

Fat assez fou pour entreprendre

Un Yoyage en lointain pays.

L'autre lui dit: Qu'allez-voas Ikire?

Voulez-Toos quitter votre frère?

L'absence est le plus grand des maux : Non pas pour tous , cruel 1 A.u moins,t]qe les travaux,

Les dangers , les soins du voyage ,

Changent un peu votre oouAige*.

Enoor , si la saison s'avançait davantage ! Attendez les zéphyrs : qui vous presse? un ooiiieau Tout à Fheure annonçait malheur à quelque dseau. Je ne songerai plus que rencontre ftmeste , Que fonçons , que réseaux. Hélas ! dirai-je , il pleut :

Mon frère a-t-ii tout ce qu'il veut ,

Bon soupe, bon gîte , et le reste?

Ce discours ébranla le cœur

De notre imprudent voyageur :

Mais le désir de voir et Thumeur inquiète L'emportèrent enfin. U dit : Ne pleurez point ; Trois jours an plus rendront mon âme satîsfrûte : Je reviendrai dans peu conter de point en point

Mes aventures à mon frère ; Je le désennuierai. Quiconque ne voit guère N*a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint

Vous sera d'un plaisir extrême.

Je dirai : Tétais là ; telle diose m'avint :

Vous y croirez être vous-même.

A ces mots , en pleurant , ils se dirent adieu. Le voyageur s'éloigne : et voilà qu'un nuage L'oblige de chercher retraite en quelque lieu. On seul arbre s'offrit, tel énoor que Torage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage. L'air devenu serein , il part tont morfondu , Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie ; Dans un champ à l'écart voit du blé répandu , Voit im pigeon auprès : cela lui donne envie ; D y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un lacs

Les menteurs et traîtres appâts.

Le lacs était usé ; si bien que , de son aile , De ses pieds , de son bec, l'oiseau le rompt enfin : Quelque plume y périt ; et le pis du destin Fut qu'un certain vautour , â la serre cruelle Vit notre malheureux , qui , traînant la ficelle Et les morceaux du lacs qui l'avait attrapé ,

SenAlait un fbrçat édiappé.

Le vautour s'en allait le lier % quand des nues

• Pbrate diiptiqoe, poar dire : iHTalblisseiit votre oourage au point de tous blre dianger de réeolutioo. '* Terme de boooiiDerle , qui t id une euctitade rigoiureue.

Fond â son tour un aigle anx ailes étendoes. Le (Mgeon profita du conflit des voleurs , S'envola , s'abattit auprès d'tme masure ,

Crut pour ce coup que ses malheurs

Finiraient par cette aventure; Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié ) * Prit sa fronde , et d'un coup tua plusà^â mxÂûé

La volatile malheureuse , Qui , maudissant sa curiosité ,

Traînant Taile et tirant le pied ,

Demi-morte et demi-boiteuse ,

Droit au logis s'en retourna :

, Que bien , que mal *y elle arriva

Sans autre aventure fâcheuse.

Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

Amants , heureux amants , vonlez-vons voyager?

Que ce soit aux rives prochaines. Soyez-vous l'un â Tautre un monde toujours beau ,

Toujours divers , toujours nouveau ; Tenez-vous lieu de tout , comptez pour rien le reste. J*ai quelquefois aimé : je n'aurais pas alors ,

Contre le Louvre pi ses trésors, Contre le firmament et aa voûte céleste ,

Changé les bois , changé les lieux Honorés par les pas , éclairés par les yeux

De l'aimable et jeune bergère

Pour qui , sous le fils de Cythère , Je servis , engagé par mes premiers serments. Hélas! quand reviendront de semblables moments! Faut-il que tant d'(Â>jets si doux et si diarmants Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ! Ah I si mon cœur osait encor se renflanuner 1 • Ne sentirai-je plus de charme qui m'anèie?

Ai-je passé le temps d'aimer?

FABLE IlL

Le Singe et le Léopard,

Le singe avec le léopard Gagnaient de l'argent â la foire.

Us afiichaient , chacun â part.

L'un d'eux disait : Messieurs > mon mérite et ma gloire

« Uer se ditlonqoe le faoooo enlève en Tair n proie dans «s I serres, ou lorsque l'ayant assommée il la /ie de'ses serres, et « b tient à terre. » Langlois, Dietimnoire des chasses, 179» in-l2,p. 117.

* Pour tant bien que mai. Locntkm qn'oo rencontre Mqaemment dans nos viens anleon.

* Ces mots pnmrent. aiosi que le remarque très-Uen nn des oommentatenrs de notre fabuliste . que le stnse et le léopard . mis en scène dans cette fable , sont derrière le iUea« , et sont censés parler par Tintennédialre deleua afliches NspecUves , ou des bUelenn qui les montrent*

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