‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 514 sur 723 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Quatre amis, dont la connaissance avait commencé par le Parnasse, lièrent une espèce de sodété que j'appellerais académie si leur nombre eût été plus grand, et qu'ils eussent autant regardé les muses que le plaisir. Là première chose qu'ils firent, ce fut de bannir d'entre eux les conversations réglées , et tout ce qui sent sa conférence académique. Quand ils se trouvaient ensemble et qu'ils avaient bien parlé de leurs divertissements, si le hasard les faisait tomber sur quelque point de science ou de bdles-lettrcs, ils profitaleut de l'occasion : c'était toutefois sans s'arrêter trop longtemps à une même matière, voltigeant de propos en autre, comme des abeilles qui rencontreraient en leur chemin diverses sortes de fleurs. L'envie, la malignité, ni la cabale, n'avaient de voix parmi eux. Us adoraient les ouvrages des anciens, ne refusaient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues, parlaient des leurs avec modestie, et se donnaient des avis sincères lorsque quelqu'un d*eux tombait dans la maladie du siècle, et faisait un livre, ce qui arrivait rarement ^

Polyphile y était le plus sujet (c'est le nom que je donnerai à l'un de ces quatre amis). Les aventures de Psyché lui avaient semblé fort propres pour être contées agré£d)lement. U y travailla longtemps sans en parler à personne : enfin il communiqua son dessein ii ses trois amis, non pas pour leur demander s*il continuerait, mais comment ils trouvaient à propos qu'il continuât. L'un lui donna un avis, l'autre un autre: de tout cela il ne prit que ce qu'il lui plut Quand l'ouvrage fut achevé , il demanda jour et réndez-^vous pour le lire.

Acanthe ne manqua pas, selon sa coutume, de proposer une promenade en quelque lieu, hors de la ville, qui fût éloigné, et où peu de gens entrassent : on ne les viendrait point interrompre; ils écouteraient cette lecture avec moins

* La Fontaine a eo ici en Tue la liaison iuUnM qui s'était formée entre Boileau . Escine , Molière , et Ini , et les réunluos qui eurent longtemps lieu entre eux. Notre poète s'est désigné iniméme par le nom de Polyphile, Uré du grec, et qui signifie celui qui aime beaucoup de clioses.

LES AMOURS DE PSYCHÉ

de bruit et plus de plaisir. U aimait extrêmement les jardins, les fleurs, les ombrages. Poiyphile lui ressemblait en cela; mais on peut dire que celui-ci aimait toutes choses. Ces passions, qui leur remplissaient le cœur d'une certaine tendresse,serépandaientjusqu'en leurs écrits, et en formaient le principal caractère. Ils penchaient tous deux vers le lyrique, avec cette différence qu'Acantheavait quelque chose de plus touchant, Polyphile de plus fleuri. Des deux autres amis , que j'appellerai Ariste et Gelaste, le premier était sérieux sans être incommode ; Tautre était fort gai.

La proposition d'Acanthe fut approuvée.

Ariste dit qu'il y avait de nouveaux embellissements à VersaiUes : il iallait les aller voir , et partir matin , afin d'avoir le loisir de se promener après qu'ils auraient entendu les aventures de Psyché. La partie fut incontinent conclue : dès ie lendemain ils l'exécutèrent. Les jours étaient encore assez longs, et la ^ison belle: c'était pendant le dernier automne.

Nos quatre amis, étant arrivés à Versailles de fort bonne heure , voulurent voir, avant le diner, la ménagerie : c'est un lieu rempli de plusieurs sortes de volatiles et de quadrupèdes, la plupart très-rares etdepays éloignés. Ilsadmirèrenten combien d'espèces ime seule espèce d'oiseaux se multipliait^ et louèrent l'artifice et les diverses imaginadons de la nature, qui se joue dans les animaux comme elle fait dans les fleurs. Ce qui leur plut davantage, ce furent les demoiselles de JNumidie \ et certains oiseaux pécheurs qui ont un bec extrêmement long, avec une peau au-dessous qui leur sert de poche. Leur plumage est blanc, mais d'un blanc plus clair que celui des cygnes; même de près il paraît carné, et tire sur la couleur de rose vers la racine. On ne peut rien voir de plus beau. C'est une espèce de cormorans *.

« LademoiaeUedeNainidieescrariieaotivodef natonlMet. remarquable par sa taille fvelte, son ooa noir, et deux touffes de plumes Mandies effilées qui lui tombent des deux odtës de la tête. Cet otoeaux ressemblent à nos gmes ; mais on en a formé un genre à part, sous lenomiïnnthropoMet, parce qu'ils Imitent les gestes de l'homme , et aiment à se donner en spectacle. 1 ts se troaTent en Afrique ; mais ils sont rares ; et les seules observations que nous ayons sur ce qui les concerne ont été faites sur ces mêmes indiridus amenés sous,Louis X IV à la ménagerie de Versailles . et dont la Fontaine parle Ici. ■

* C'étaient des pélicans, et la description que la Fontaine en

Gomme nos gens avaient encore da loisir, ils firent on tour à l'orangerie '. La beaoté et le nombre des orangers et desautres phntesqu on y conserve ne se saurait exprimer. 11 y a tel de ces arbres qui a résisté aux attaqoes de cent hivers.

Acanthe, ne voyant personne autour de loi que ses trois amis (celui qui les conduisait était âoigné); Acanthe, dis-je, ne se put tenir de réciter certains couplets de poésie que les autrès se souvinrent d'avoir vus dans un ouvrage de sa façon.

SommeMioai, dit-Il, en Profeooe?

Quel amas d'arbres toojuart verts Triomphe id de rindémenoe Dei aquilons et des bivers?

Jaamins dont nn air doax s'exhale , Fleurs que les vents n'ont po temb*, Aminte en blaoobeor vcx» égale, £t vont m'en faites souvenir.

Orangers, arbres <iiie j'adore, Que vos parfums me leniblent donv !

Est-U dans l'empire de Flore Rien d'agréable oonmie vouif

Vos fhiits aux éooroes aolides Sont nn véritable trésor ; Et le jardin des Hespérides N'avait point d'aotres pommes d'or.

Lorsque votre antomne s'ayanœ, On voit epcor votre printemps; L'espoir avec la jouissance Logent chei vous en même temps.

Yoi fleurs ont embaumé tout l'air que je rosplre : Toujours nn aimable léphyre Autojor de vous se ya jouant.

Tons êtes nains; mais tel arbre géant.

Qui déclare au soleil la guerre ,

Ne vous vaut pas.

Bien qu'il couvre un arpent de terre Avec ses bras.

La nécessité denuinger fit sortir nos gens de ce lieu si délicieux. Tout leur dîner se passa à s'entretenir des choses qu'ils avaient vues, et à parler du monarque pour qui on a assemblé tant

donne est fort exacte X a est asses étonnant qo'n n'sit p» Gon» leur nom . plus anden que lui dans U Ungne firançaise , et q» se tronre dans Bdon. __^

'Depuis l'époque à laquelle laFODtaiMéerlftt.rofai«(!rtt de Versailles a été tort embeUie psr ta oonstmctioa d'oae Bi-

gnUiqne serre en souterrain. lailesurlesdesriosdeJ'H*'''^ sard. enlASSetiess.

Page 1