LIVRE I
T joigDtDt , en cas de besoin ,
Riiel ' STeoqne ses cascades.
Cda firit , de tous les côtés ,
Plaeei en œs Ueox enchantés
Force jets affrontant la nue.
Des ciiiaax A perte de Tue; Rordex-les d'orangers , de myrtes , de jasmins , Qai soient anssi géants qne les nôtres sont nains ;
EotasMSken des pépinières i
Plaoles-en des forêts entières i
Des forêts où diante en tont temps
Phîlomèle , honneur des bocages ,
De qui le règne , en nos ombrages ,
Naitet meort avec le printemps ;
Mèlei-y les sons éolatants De tout oe que les bois ont d'agréables chantres. ChMMi de ces forêts les sinistres oiseaux ;
Qoe ks fleurs bordent leurs ruisseaux ;
Qae rAmonr habite leur» antres.
M'y laisMi entrer toutefois
Aucone hôtesse de ces bois
Qu'avec un paisible séphyre^
Et jamais avec tin satyre.
Point de tels amants dans ces lienx ;
Ptjdié s'en tiendrait offensée ;
Ne lei offres point à ses yeux.
Et moins encore à sa pensée.
Qu'en ce canton délicieux
Flore et Pomone , à qui mieux mieux «
FaMat montre de leurs richesses;
Et qne ce couple de déesses
TrenouTelle ses présents
Quatre fois au moins tous les ans<
Qoe tout y naisse sans culture;
Toujours frafcheor, toujours Terdure,
Toujours llialdne et les soupirs
D'une brigade de séphyrs.
Psyché ne se promenait au commencement que dans les jardins, n*osant se fier aux Lois , Dien qu'on Tassurât qu'elle n'y rencontrerait que des dryades, et pas un seul faune. Avec le i^ps eDe devint plus hardie.
Vn jour que la beauté d'un ruisseau l'avait attirée, elle se laissa conduire insensilienient wx replis de l'onde. Après bien des tours , «lie parvint à sa source. C'était une grotte assez spacieuse , où, dans un bassin taillé par les «oies roaios de la nature , coulait le long d'un
Vt&t ririère d'Arc. Lorsque U FonUine écrîTait sa Psyché, abuu domaine avait passé dam la maison de la Rochefou- ^M. par suite du mariage célébré, le 13 novembre f699. ™ «e prince de Ifarsillac, fils atné da doc de ]fi Rocbe- «wnid, et Charlotte du Plessis, hériUére de Lianouurt et de
'^J""* «trouvait U célèbre maison de plaisance du car- J^lde Bichdicu. dont les jardins, dans ie goût iUll-'o.
«wilmasaiBqîies.
rocher une eau argentée, et qui, par son bruit, invitait à un'doux sommeil. Psyché ne se put tenir d'entrer dans la grotte. Comme elle en visitait les recoins, la clarté, qui allait toujours en diminuant, luiMiit enfin tout à coup. Il y avait certainement de quoi avoir peur ; mais elle n'en eut pas le loisir. Une voix qui lui était familière l'assura d'abord : c'était celle de son époux. Il s'approcha d'elle , la fit asseoir sur un siège couvert de mousse, se mit à ses pieds ; et , après lui avoir baisé la main , il lui dit , en soupirant : Faut-il que je doiveà la beauté d'un ruisseau une si agréable rencontre? Pourquoi n'est-ce pas à l'amour ? Ah ! Psyché ! Psyché ! je vois bien que cette passion et vos jeunes ans n'ont encore guère de commerce ensembW. Si vous aimiez , vous chercheriez le silence et la solitude avec plus de soin que vous ne les évitez maintenant. Vous chercheriez les antres sauvages , et auriez bientôt appris que de tous les lieux où on sacrifie au dieu des amants , ceux qui lui plaisent le plus ce sont ceux où on peut lui sacrifier en secret : mais vous n'aimez point.
Que voulez-vous que j'aime ? répondit Psyché. Un mari , dit-il , que vous vous figurerez à votre mode, et à qui vous donnerez telle sorte de beauté qu'il vous plaira.
Oui : mais , repartit la belle , je ne me rencontrerai peut-étrie pas avec la nature ; car il y a bien de la fantaisie en cela. J'ai ouï dire que non-seulement chaque nation avait son goût , mais chaque personne aussi. Une Amazone se proposerait un mari dont les grâces feraient trembler, un mari ressemblant à Mars : moi je m'en proposerai un semblable à l'Amour. Une personne mélancolique ne manquerait pas de donner à ce mari un air sérieux : moi, qui suis gaie, je lui en donnerai un enjoué. Enfin je croirai vous foire plaisir en vous attribuant une beauté délicate, et peut-être vous ferai-je tort.
Quoi que c'en soit , dit le mari , vous n'avez pas attendu jusqu'à présent à vous forger une image de votre époux : je vous prié de me dire quelle elle est.
Vous avez dans mon esprit, poursui>it la belle, une mine aussi douce que irompeusc ; tous les traits fins ; l'œil ftant et fort éveillé •;
LES AMOURS DE PSYCHÉ
de Fembonpoiot et de la jeunesse, on ne saurait se tromper à ces deux points^là : mais je ne sais si vous êtes Ethiopien ou Grec ; et quand je me suis bit une idée de vous, la plus belle qu'il m*est possible, votre qualité de monstre vient tout gâter. G'e&t pourquoi le plus court et le meilleur, selon mon avis^ c'est de permeir tre que je vous voie.
Son mari lui serra la main , et lui dit avec beaucoup de douceur : C'est une chose qui ne se peut, pour des raisons que je ne saurais même vous dire. Je ne saurais donc vous aimer, reprit-elle assez brusquement. Elle en eut r^ret, d'autant plus qu'elle avait dit ceb contre sa pensée : mais quoil la faute était faite. En vain elle voulut la réparer par quelques caresses : son mari avait le cœur si serré , qu'il fut un temps assez long sans pouvoir parier. II rompit à la fin son silence par un soupir, que Psyché n'eut pas plus tôt entendu qu'elle y répondit, bien qu'avec quelque sorte de défiance. Les paroles de l'oracle lui revenaient en l'esprit. Le moyen de les accorder avec cette douceur passionnée que son époux lui faisait paraître? Celui qui empoisonnait, qui brûlait, qui faisait ses jeux des tortures, soupirer pour un simple moi ! Gela semblait tout à fïiit étrange à notre héroïne; et, à dire vrai, tant de tendresse en un monstre était une chose assez nouvelle. Des soupirs il en vint aux pleurs, et des pleurs aux plaintes. Tout cela plut extrêmement à la belle : mais comme il disait des choses trop pitoyables^elleneput souffrir qu'il continuât, et lui mit premièrement la main sur la bouche, puis la bouche même; et par un baiser, bien mieux qu'elle n'aurait fait avec toutes les paroles du monde, elle l'assura que, tout invisible et tout monstre qu'il voulait être, elle ne laissait pas de l'aimer. Ainsi se passa l'aventure de la grotte. Il leur en arriva beaucoup de pareilles.
Notre héroïne ne perdit pas la mémoire de ce que lui avait dit son époux. Ses rêveries la menaient souvent jusqu aux lieux les plus écar^ tés de ce beau séjour , et fiiisaient si bien que la nuit la surprenait devant qu'elle pût gagner
I Qui exdlaient une pllié on nne ooiii|M»kio trop forte. Au- JtMircllial on n'emploie ploi en ce tens le mai pitoyable , et il m prond prewine toi^oorLen mauvaise part.
le logis. Aussitôt son mari la venait trouver snr un char environné de ténèbres; et, plaçant à côté de lui notre jeune qpouse, ils se promenaient au bruit des fontaines. Je laisse à penser si les protestations, les serments, les entretiens pleins de passion , se renouvelai^t, et de fois à autres aussi les baisers; non point de mari à femme, il n'y a rien de plus insipide ; mais de maîtresse à amant, et, pourainsi dire, de gens qui n'en seraient encore qu'à l'espérance.
Quelque chose manquait pourtant à la satisfaction de Psyché. Vous voyez bien que j'entends parler delà fiintaisiè de son mari, c'està-dire de cette opiniâtreté à demeurer invisible, Toute la postérité s'en est étonnée. Pourquoi une résolution si extravagante? Il se peuttroover des personnes laides qui affectent de se montrer; la rencontre n'en est pas rare : mais que ceux qui sont beaux se cachent, c'est on prodige dans la nature; et peutrétre n'y avaitil que cela de monstrueux en la personne de notre époux. Après en avoir cherché la raison, voici ce que j*ai trouvé dans un manuscrit qui est venu depuis peu à ma connaissance.
Nos amants s'entretenaient à leur ordinaire, et la jeune épouse, qui ne songeait qu'aux moyens de voir son mari, ne perdait pas une seule occasion de lui en parler. De discours en autre ils vûirent aux merveilles de ce sqour. Après que la belle eut feit une longue énumêration des plaisirs qu'elle y rencontrait, disaitelle, de tous côtés, il se trouva qu'à son compte le principal point y manquait. Son mari ne voyait que trop oii elle avait dessein d'en venir; mais comme entre amants les contestations sont quelquefois bonnes à plus d'une chose, il voulut qu'elle s'expliquât, et lui demanda ce que ce pouvait être que ce point d'une si grande impoi^ tance, vu qu'il avait donné ordre aux fées que rien ne manquât. Je n'ai que £aire des fiées pour cela, repartit la belle : voulez-vous me rendre tout à fait heureuse? je vous en enseignerai un moyen bien court : il ne faut.... Mais je vous rai déjà dit tant de fois inutilement, quejen oserais plus vous le dire.
Non, non , reprit le mari; n'appréhendezpas de m'étre importune : je veux bien que vous me traitiez comme ont fait les dieux; ils prennent plaisir à se faire demander cent fois une