‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 520 sur 723 · LIVRE T · texte numérisé non relu

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ffiéine chose : <pi voua a dil que je ae suis pas de leur natord ?

Notre hérome» enooaragée par ces paroles, lui repardl : Puisque vous me le permettez, je TOUS dirai framdiement que tous vos palais , tous vos meubles, tous vos jardins, ne sauraient 06 réoDmp^Dser d'un moment de votre présence, et vous voulez que j*en% sois tout à fait IHiiée : car je ne puis appder présence un bien ou les yeux n'ont aucune part.

Quoi! je ne suis pas maintenant de corps aiprès de vous, reprit le mari, et vous ne me toochezpas?

Je TOUS touche, repartit-elle, et sens bien ([oe TOUS avez une bouche, un nez, des yeux , un râage, tout cela proportionné comme il fout, et, selon que je noi'imagine, assorti de traits qui noot pas leurs pareils au monde; mais jusqu'à ce que j'en sois assurée, cette présence de corps (ioot vous me parlez est présence d'esprit pour moi. Présence d'esprit! repartit l'époux. Psyché Tempécha de contmuer , et lui dit en l'interrompant : AppreneMUoi du moins les raisons qui TOUS rendent si opiniàtve.

Jenevousles dirai pas toutes, reprit l'époux ; Duis afin Je tous contenter en quelque fiiçon , euminez la chose en voufr-méme; vous serez contrainte de m'avouer qu'il est à propos pour Tan et pour l'antre de demeurer en l'état où nous noas trouvons. Premièrement, tenez-vous certaine que du moment que vous n'aurez plus rien à souhaiter, vous vous ennuierez : et comment ne vous ennuieriez-vous pas? les dieux s'ennoient bien ; ils sont contraints de se foire <i6 temps en temps des sujets de désir et d'inqoiéuide: tant il est vrai que l'entière satisfoctioD et le dégoût se tiennent la main! Pour ce qui me touche , je prends un plaisir extrême à vous voir en pdne ; d'autant plus que votre imagination ne se iFbrme guère de monstres, [entends d'images de mapersonne,qui nesoient très-agréables. Et pour vous dire une raison pbis particulière, vous ne doutez pas qu'il n'y A qadqne chose en moi de surnaturel. Néces* ssirement je suis dieu , ou je suis démon , ou bien enchanteur. Si vous trouvez que je sois dé- ■tKm, TOUS me haïrez : et si je suis dieu, vous tresserez de m'aimer, ou du m«ns vous ne m'aitoerez plus avec tant d'ardeur; car il s'en fout

bien qu'on aimeles'dieux aussi violemment que les hommes. Quant au troisième, il y a des enchanteurs agréables : je puis être de ceux-là ; et possible suis-je tous les trois ensemble. Ainsi le meilleur pour vous est l'incertitude, et qu'après la possession vous ayez toujours de quoi désirer : c'est un secret dont on ne s'était pas encore avisé. Démeurons-en là , si vous m'en croyez: je sais ce que c'est d'amour, et le dois savoir.

Psyché se paya de ces raisons, ou, si elle ne s'en paya , elle fit semblant de s'en payer^ Cependant elle inventait mille jeux pour se divertir. Les parterres étaient dépouillés, l'herbe des prairies foulée: ce n'étaient que danses et combats de nymphes, qui se séparaient souvent en deux troupes, et, distinguées par des écharpes de fleurs, comme par des ordres de chevalerie, se jetaient ensuite tout ce que Flore leur présentait ; puis le parti victorieux dressait un trophée, et dansait autour, couronné d'œillets et de roses. D'autres fois Psyché se divertissait à entendre un défi de rossignols, ou à vmr un combat naval de cygnes, des tournois et des joutes de poissons. Son plus grand plaisir était de présenter un appât à ces animaux, et, après les avoû* pris, de les rendre à leur élément. Les nymphes suivaient en cela son exemple. U y avait tous les soirs gageure à qui en prendrait davantage. La plus heureuse en sa pèche obtenait quelque foveur de notre héroïne : la plus malheureuse était condamnée à quelque peine, comme de foire un bouquet ou une guirlande à chacune de ses compagnes. Ces spectacles se terminaient par le coucher du soleil.

n était témoin de la fête/ Paré d'un magnifique atour ; Et, caché te reste do jour, Sur te loir il montrait sa tète.

Hais comment la montrait-il? environnée d'un diadème d'or et de pourpre, et avec toute la magnificence et la pompe qu'un roi des astres peut étaler.

Le logis fournissait pareillement ses plaisirs» qui n'étaient tantôt que de simples jeux, et tantôt des divertissements plus solides. Psyché commençait à ne plus agir en enfont. On lui racontait les amours des dieux, et les cnauge-

ar.

mente de forme qu*a causés cette passion, source de bien et de mal. Le savoir des fées avait mis en tapisseries les malheurs de Troie, bien qu'ils ne fussent pas encore arrivés. Psyché se les faisait expliquer. Mais voici un merveilleux effet de Fenchantement. Les hommes, comme vous savez, ignoraient alors ce bel art que nous appelons comédie; il n'était pas même encore dans son enfance; cependant on le fit voira la belle dans sa plus grande perfection, et tel que Hénandre et Sophocle nous Font laissé. Jugez si l'on y épargnait les machines, les musiques, les beaux habite, les ballete des anciens, et les nôtres. Psyché ne se contenta pas de la fable, il fallut y joindre l'histoire, et l'entretenir des diverses foçons d'aimer qui sont en usage chez chaque peuple; quelles sont les beautés des Scythes ; quelles sont celles des Indiens, et tout ce qui est contenu sur ce point dans les archives de l'univers, soit pour le passé, soit pour l'avenir, à l'exception de son aventure, qu'on lui cacha, quelque prière qu'elle fit aux nymphes de la lui apprendre. Enfin , sans qu'elle bougeât de son palais, toutes les affaires qu'Amour a dans les quatre parties du monde lui passèrent devant les yeux.

Que vous dirai-je davantage? On lui enseigna jusqu'aux secrète de la poésie. Cette corruptrice des cœurs acheva de gûter celui de notre héroïne, et la fit tomber dans un mal que les médecins appellent glycomorie^ qui lui pervertit tous les sens, et la ravit comme à ellemême. Elile parlait, étant seule,

Ainsi qa'en usenl les amants Dans les vers et dans les romans.

Aller rêver au burd des fontaines, se plaindre aux rochers, consulter les antres sauvages, c'était où son mari latiendait. 11 n'y eut chose dans la nature qu'elle n'entrelfnt de sa passion. Hélas! disait-elle aux arbres, je ne saurais graver sur votre écorce que mon nom seul, car je ne sais pas celui de la personne que J'aime. Après les arbres, elle s'adressait aux ruisseaux : ceux-ci étaient ses principaux con-

> Ce mot. d'après son étjmologie jtreoqne. signifie une douce foUe , un temlrà délire i mais nons n'arons pa découvrir un autre exemple de son emploi, même parmi les auteurs qui ont écrit sur la médecine. Cependant ce n*est pas la Fontaine qui • pu le forger.

fidente, à cause ds l'aventure que je vous ai dite. S'imaginant que leur rencontre lui était heureuse^ il n'y en eut pas un auquel elle ne s'arrêtât, jusqu'à espérer qu'elle attraperait snr leurs bords son mari dormant, et qu'api^ H serait inutile au monstre de se cacher.

Dans cette pensée, elle leur disait à peo près les choses que je vais vous dire, et les leur disait en vers aussi bien que moi.

Ilnisseaux , enseignei-moi l'objet de mon amour; Guides vers loi mes pas, vous dont ronde est si pore. Ne dormnrait-U point en œ sonil>re séjour, Payant un doni tritrat A TOtre doux mnrmnre? En vain , pour le sa?oir, Psydié toos teit la ooor» En Tain elle ?oos vient conter son aventure: Vous n'oseï déceler cet ennemi du jour, Qni rit en quelque coin du toomient qne fendnrp.

n s'envole avec Tombre, et me laisse appeler. Hélas I j'use an hasard de œ mot d'envoler : Car je ne sais pas même encore i"û a des aiies. J'ai beau suivre vos bords , et chercher en tous lirai : Les antres seulement m'en disent des nouvelles, Et ce qne je chéris n'est pas fait pour mes yeux.

Ne doutez point que ces peines dont parlait Psyché n'eussent kurs plaisirs; elle les passait souvent sans s'apercevoir de la durée, je oe dirai pas des heures, mais des soleils; de sorte que l'on peut dire que ce qui manquait à sa joie faisait une partie des douceurs qu'ellegoôtait en aimant; mille fois heureux si elle eât suivi les conseils de son époux, et qu'elle eût compris l'avantage et le bien que c'est de ne pas atteindre à la suprême félicité! car, sitôt que Ton en est là, il est forcequerondescende, la fortune n'étant pas d'humeur à laisser reposer sa roue. Elle est femme; et Psyché rétait aussi, c'est-à-dire, incapable de demeurer en un même état. Notre héroïne le fit bien voir par la suite.

Son mari, qui sentait approcher ce moment fatal , ne la venait plus visiter avec sa gaieté ordinaire. Cela fit craindre à la jeune épouse quelque refroidissement. Pour s'en édaircir, comme nous voulons tout savoir, jusqu'aux choses qui nous déplaisent, elle dit à son époui: D'où vient la tristesse que je remarque depuis quelque temps dans tous vos discours? Rien ne vous manque, et vous soupirez! que feriei* vous donc si vous étiez en ma plaœ? N'est-ce point que vous commencez à vous dégoâter?

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