LIVRE I
En vérité, Je le crains, non pas que je sois devenue moiiis belle; mais, comme vous dites ^t)iis-ffléiDey je suis plus vôtre que je n'étais, Serait-3 possible, après tant de cajoleries et de sermeots, que j'eusse perdu votre amour? Si ce malheurJà m'est arrive, je ne veux plus >i>Te.
A peine eut-elle achevé ces paroles , que te monstre fit un soupir, soit qu'il fût touché des dioses qu'elle avait dites, soit qu'il eût un pressentiment de ce qui devait arriver. 11 se mit ensuite à pleurer, mais fort tendrement ; puis, cédant à la douleur, il se laissa mollement aller sar ie sein de sa jeune épouse, qui de son côté, poor mêler ses larmes avec celles de son mari, pendia doucement la tète; de sorte que leurs bouches se rencontrèrent,etnosamants, n'ayant pas le courage de lesséparer,demeurèrentlongtanps sans rien dire.
Toutes ces circonstances sont déduites au long dans le manuscrit dont je vous ai parlé tan- 1^. Il faut que je vous l'avoue ; je ne lis jamais cet endroit, que je ne me sente èmu. En effet, dit alors Gelaste, qui n'aurait pitié de ces pauTFes gens? Perdre la parole! Il faut croire que leurs bouches s'étaient bien malheureusement rencontrées : cela me semble tout à feit digne de compassion. Vous en rirez tant qu'il vous plaira, reprit Polyphile; mais , pour moi, je plains deux amants de qui les caresses sont mâéesde crainte et d'inquiétude. Si , dans une ^Ue assiégée ou dans un vaisseau menacé de la tempête, deux personnes s'embrassaient ainsi, les tiendriez-vous heureuses? Oui vraiment, repartit Gelaste ; car en tout ce que vous dites ^ le péril est encore bien éloigné. Hais, vu l'intérêt que vous prenez 'à la- satisfaction de ^ deux éponx, et la pitié que vous avez d'eux, vous ne vous bâtez guère de les tirer de ce mi- ^énhk état où vous les avez laissés : ils mourn)ut si vous ne leur rendez la parole. Rendonsla-leur donc, continua Polyphile*
Au sortir de cette extase, la première chose que fit Psyché, ce fiit de passer sa main sur les yeux de son époux, afin de sentir s'ils étaient humides ; car elle craignait que ce ne fût feinte. I^ ayant trouvés en bon état , et comme eUe les demandait , c'est-à-dire mouillés de larmes , elle OMidamna ses soupçons, et fit scrupule de
démentir un témoignage de passion beaucoup plus certain que toutes les assurances de bouche, serments, et autres. Cela lui fît attribuer le chagrin de son mari à quelque défaut de tempérament , ou bien à des choses qui ne la regardaient point. Quant à elle , après tant de preuves , la puissance de ses appas lui sembla trop bien établie, et le monstre trop amoureux, pour foire qu'elle craignît aucun changement.
Lui, au contraire, aurait souhaité qu'elle appréhendât; car c'était l'unique moyen de la rendre sage, et de mettre un frein à sa curiosité, n lui dit beaucoup de choses sur ce sujet, moitié sérieusement, et moitié avec raillerie; à quoi Psyché repartait fort bien , et le mari déclamait toujours contre les femmes trop curieuses.
Que vous êtes étrange avec votre curiosité! lui dit son épouse. Est-ce vous désobliger que de souhaiter de vous voir, puisque vous dites vous-même que vous êtes si agréable? Hé bien ! quand j'aurai tâché de me satisfaire, qu'en sera-t-il? Je vous quitterai, dit le mari. Et moi je vous retiendrai, repartit la belle. Mais si j'ai juré par ie Styx? continua son époux. Qui esw il ce Styx? dit notre héroïne. Je vous demanderais volontiers s'il est plus puissant que ce qu'on appelle beauté. Quand il le serait, pourriez-vous souffrir que j'errasse par l'univers, et que Psyché se plsiignît d'être abandonnée de son mari sur un prétexte de curiosité, et pour ne pas manquer de parole au Styx? Je ne vous puis croire si déraisonnable. Et le scandale, et la honte...
Il parait bien que vous ne me connaissez pas, repartit l'époux, de m'alléguer le scandale et la honte : ce sont choses dont je ne me mets guère en peine. Quant à vos plaintes, qui vous écoutera? et que direz-vous? Je voudrais bien que quelqu'un des dieux fût si téméraire que de vous accorder sa protectioa! Voyez-vous, Psyché, ceci n'est point une raillerie: je vous aime autant que l'on peut aimer; mais ne me comptez plus pour ami dès le moment que vous m'aurez vu. Je sais bien que vous n'en parlez que par raillerie, et non pas avec un véritable dessein de me causer un tel déplaisir : cependant j'ai sujet de craindre qu'on ne vous conseille de l'entrefîrendre. Ce ne seront pas les