‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 522 sur 723 · S9 LES AMOURS · texte numérisé non relu

S9 LES AMOURS

nymphes : elles n'ont garde de me trahir, ni de vous rendre ce mauvais office. Leur quaJité de demi-déesses les empêche d*étce envieuses; puis, je les tiens toutes par des engagements trop particuliers. Défiez-vous-du dehors. Il y a déjà deux personnes au pied de ce mont qui vous viennent rendre visite. Vous et moi nous nous passerions fort bien de ce témoignage de bienveillance. Je les chasserais, car elles me choquent, si le destin , qui est maitre de toutes choses , me le permettait. Je ne vous nommerai point ces personnes : elles vous appellent de tous c6tés. S'il arrive que le destin porte leurs voix jusqu*à vous, ce que je ne saurais empêcher, ne descendez pas, laissez-les crier, et qu'elles viennent comme elles pourront.'

Là-dessus il la quitta, sans vouloir lui dire quelles personnes c'étaient , quoique la belle promit avec grands serments de ne pas les aller trouver, et encore moins de les croire.

YoUà Psyché fort embarrassée, comme vous voyez. Deux curiosités à hi fois! Y a>t*'il fenime qui y résistât? Elle épuisa sur oe demier point tout ce qu'elle avait de lumières et de conjectures. Cette visite m'étonne , disait^elle en se promenant un peu loin des nymphes. Ne seraientF<2e point mes parents? Hélas! mon mari est bien cruel d'envier à deux personnes qui n'en peuv^t plus la satisfaction de me voiri Si les bonnes gens vivent encore, ils ne s^urs^ient être fort éloignés du dernier moment de leur course. Quelle consolation pour eux que d'apprendre combien je suis pourvue richement, et si, avant que d'entrer dans la tombe, ib voyaient au moins un échantillon des douceurs et des avantages dont je jouis, afin d'en emporter quelque souvenir chez les morts! Hais si ce sont eux, pourquoi mon m^ri se met-il en peine? ils ne m'ont jamais inspiré que l'obéissance. Vous verrez que ce sont mes sœurs. Il ne doit pas non plus les appréhender. Les pauvres fenunes n'ont autre soin que de contenter leurs maris. 0 dieux! je serais ravie de les mener en tous les endroits de ce beau séjour, et surtout de leur feire voir la comédie et ma gardè-robe. Elles doivent avoir des enfiants, si la moit ne les a privées, depuis mon départ j de ces doux fruits de leur mariage : qu'elles seraient aises de leur reporter mille menus af-

DE PSYCHÉ

flquets et joyanx de prix dont je ne tiens compte, et que les nymphes et moi nous fouioi» sn pieds, tant ce logis en est plan!

Ainsi raisonnait Psydié , sans qu'il lui fit possible d'asseoir aucun jugement certain sur ces deux personnes : il y avait même des iDte^ valles où elle croyait que ce pouvaient être quelques-uns de ses amants. Dans cette pensée, elle disait quelque peu plus bas : Ne va poini en prendre l'alarme, charmant époux! laisse* les venir : je te les sacrifierai delà plus cruelle manière dont jamais fnnme se mit avisée, et tu en auras le plaisir, ftassent^ils enfbnts ^e roi.

Ces réflexions furent interrompues par le Zéphyre, qu'elle vit venir à grands pas et fort échauffé. Û s'a{qprocha d'elle avec le respect ordinaire, lui dit que ses sœurs étaient an pied de cette montagne ; qu'elles avaient plusieurs fois traversé le petit bois sans qu'A leur eût été possible de passer outre, les dragons les arrêtant avec grand'firayeùr; qu'au reste c'était pitié que de les ouir appeler; qu'elles n'avaient tantôt plus de voix, et que les échos n'étaient occupés qu'à répéter le nom de Psyché. Le pauvre Zéphyre pensait bien iaire : son maître, qui avait défendu aux nymphes de donnw ce funeste avis, ne s'était pas aouTeno de lui en parier.

P$yché le remercia agréablement, et lui dit qu'on aurait peut-être besoin de son ministère. Il ne fut pas sitôt retiré, que la beVe, mettant à part les menaces de son ^ux, ne songea plus qu'aux moyens d'obtenir de Ini que ses sœurs seraient enlevées comme elle à la doie de ce rocher. Elle médita une haipangue pour ce sujet , ne manqua pas de s'eQ servir, de bien prendre son temps, et d'entremêler le tout de caresses : faites votre compte qu'elle n'omit rien de ce qui pouvait contribuer à sa perte. Je voudrais m'étre souvenu des termes de cette harangue ; vous y trouveriez une éloquence, non pas véritablement d'orateur, ni aussi d'une pe^ sonne qui n'aurait fiait toute sa vie qu'écouter.

La belle représenta, entre autres choses, que son bonheur serait impariait tant qu^ii demeurerait inconnu. A quoi bon tant d'habits superbes? Il savait trè^-l»en qu'elle avait de quoi s'en passer : s'il avait cru à propos de lui en foire un présent, ce devait être (ÂulAt pour b

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