LES AMOURS
seriez touchés de trop de pitié m récit que je vous ferais.
LA finit de PfTcfaé le bonheur et ta fl(loire , Et là Totre ptaiilr pourrait eeiseraniil. Ce n*est pas mon talent d'achever nne histoire QdI te termine ainsi.
Ne laissez pas de continuer, dit Acanthe , puisque vous nous l'avez promis : peut-être aurez-vous mieux réussi que vous ne croy ez.Quand cela serait, reprit Polyphile, quelle satisfection aurez-vous? Vous verrez souffrir une beUe, et en pleurerez, pour peu que j'y contribue. Eh bien ! repartit Acanthe, nous pleurerons. Yoili an grand mal pour nous! les héros de Tantiquité pleuraient bien. Que cela ne vous empêche pas de continuer. La compassion a aussi ses charmes, qui ne sont pas moindresque ceux du rire ; je tiens même qu*ils sont plus grands, et crois qu'Ariste est de mon avis. Soyez si tendre et si émouvant que vous voudrez, nous ne vous en écouterons tous deux que plus volontiers. Et moi, dit Gelaste, que deviendrai-je?Dieu m'a fait la grâce de me donner des oreilles aussi bien qu'à vous. Quand Polyphile les consulterait, et qu'il ne ferait pas tant le pathétique, la chose n'en irait que mieux , vu la manière d'écrire qu'il a choisie.
Le sentiment de Gelaste fut approuvé.. Et Ariste , qui s'était tu jusque-là , dit en se tournant vers Polyphile : Je voudrais que vous me pussiez attendrir le cœur par le récit des aventures de votre belle ; je lui donnerais des larmes avec le plus grand plaisir du monde. La pitié est celui des mouvements du discours qui me plaît le plus : je le préfère de bien loin aux autres. Mais ne vous contraignez point pour ceU : il est bon de s'accommoder à son sujet ; mais il est encore meilleur de s'accommoder à son génie. Cest pourquoi suivez le conseil que vous a donné Gelaste.
Il faut bien que je le suive, continua Polyphile : comment ferais-je autrement? J'ai déjà
mêlé malgré moi de la gaieté parmi les endroits les plus sérieux de cette liistoire ; je ne vous assure pas que tantêt je n'en mêle aussi parmi les plus tristes. C'est un défaut dont je ne me sauraisoorriger, quelque peine que j'y apporte. l>éfiiut pour début, dit Gelaste, j'aime boau-
DE PSYCHÉ
coup mieux qu'on me fane rire quand je m pleurer, que si l'on me fiaisait pleurer lorsqal je dois rire. C'est pourquoi, encore une foii continuez comme vous avez commencé.
Laissons-lui reprendre haleine aupanvaiit dit Acanthe; le grand chaud é^nt passé, rii ne nous empêche de sortir d'ici, et de voir nous promenant les endroits les plus de ce jardin. Bien que nous les ayons vus pla sieurs fois , je ne laisse pas d'en éu% touchél et crois qu'Ariste et Polj-phile le sont ansd Quant à Gelaste , il aimerait mieux employer soi temps autour de quelque Psyché , que de co» verser avec des arbres et des fontaines. Oi| pourra tantôt le satisfoire : nous nous asseoïj rons sur l'herbe menue pourécouterPolyphib^ et plaindrons les peines et les infortunes de $4 héroïne avec une tendresse d'autant plus fjpM que la présence de ces objets nous reinplin| t'àme d'une douce mélancolie. Quand le sold nous verra pleurer^ ce ne sera pas un grand mal : il en voit bien d'autres par l'univers qui en font autant , non pour le malheur d'autroii mais pour le leur propre. Acanthe fut cru, et
on se leva.
Au sortir de cet endroit , ib firent cinq ou sii cents pas sans rien dire. Gelaste, ennuyé de ce long silence, l'interrompit ; et fronçant un peu son sourcil : Je vous ai , dit-il , tantôt laissés mettre le plaisir de rire après celui de pleurer: trouverez-vous bon que je vous guérisse* cette erreur? Vous savez que le rire e$l ami de l'homme, et le mien particulier : m'avez-was cru capable d'abandonner sa dérense sans vous
contredire le moins du monde? Hélas! non, repartit Acanthe ; car, quand il n y aurait que le plaisir de contredire, vous le trouverez asseï grand pour nous engager en une très-Jongu« et très-opiniàtre dispute.
Ces paroles, à quoi Gelaste ne s'attendan point , et qui firent foire un petit éclat de risée l'interdirent un peu. Il en revint aussitôt. Vj croyez, dit-il , vous sauver parla; c'est Iw naire de ceux qui ont tort, et qui oonnaisseni leur foible , de chercher des faites : mais éû^ tant que vous voudrez le combat, si raQ^'* que vous m'avouiez que votre proposition es absurde, et qu'il vaut mieux rire que pleurer
A le prendre en général comme vous faites