LIVRE I
pounomt Ariste, oda esl vrai ; mais vous fol- «fiez notre texte. Nous vous disons seulement (|iK b pitié est celui des mouvements du discours que nous tenons le plus noble, le plus ocelient si vous voulez; je passe encore outre, a le maintiens le plus agrâd)Ie : voyez la hardiesse de ce paradoxe.
0 dieux immortels! s'écria Gelaste , y a-t-il des geos assez fous au monde pour soutenir m opinion si extravagante? Je ne cUs pas que Sopbode et Euriiude ne me divertissent davantage que quantité de iaiseurs de comédies; Mis mettez les choses en pareil degré d'excellence, quitterez*vous le plaisir de voir attraper deox vieillards par un drôle comme Phormion, pour aller i^urer avec la famille du roi Priam? Oui, encore un coup, je le quitterai, dit Ariste. Et TOUS aimerez mieux, ajouta Gelaste , écouter Sylvandre * faisant des plaintes, que d'enteadreHylasentretenantagréablementses maitrese$?C'est un autre point, poursuivit Ariste; Dettes les dioses, comme vous dites, en pareil degré d'excellence, je vous répondrai là*desns : Sylvandre, après tout, pourrait £ûre de dies i^tes, que vous les préféreriez vousnàne aux bons mots d'Hylas '.
Aux bons mots d'Hylas I repartit Gelaste : pensez-vous bien à ce que vous dites? Savezions quel homme c'est que l'Hylas de qui nous prions? C'est le véritable héros d'Astrée.: c'est on homme plus nécessaire dans le roman, qu'une douzaine de Céladons. Avec cela , dit Ariste, s*il y en avait deux, ils vous ennuienieni;et les autres, en quelque nombre qu'ils ^t, ne vous ennuient point. Mais nous ne ^ms qu'insister l'un et l'autre pour notre )rit, sans en apporter d'autre fondement que Mtre a?is même. Ce n'est pas là le moyen de lenDJoer la dispute, ni de découvrir qui a tort Mquiaraison.
Cela me iait souvenir, dit Acanthe, de cer- ^^ gens dont les disputes se passent entiè- ^à nier età soutenir, et point d'autre preuve. Vous en allez voir une pareille si vous ne vous y prenez pas d'autre sorte.
'CMoQnasedo roaaad'^jfr^. QrWaodra ettd'Urflé. Tao- ^néoedaroiiun.
*^9snTÀMtrée, IS35, iinS*, premièra partie. Ihr. I. t. I.
C'est à quoi il faut remédier, dit Ariste; cette matière en vaut bien la peine, et nous peut fournir beaucoup de choses dignes d'être examinées. Mais, comme elles mériteraiejit plus de temps que nous n'en avons, je suis d'avis de ne toucher que le principal, et qu'après nous réduisions la dispute au jugement qu'on doit faire de l'ouvrage de Polyphile, afin de ne pas sortir entièrement du sujet pour lequel nous nous rencontrons id. Voyons seulement qui établira le premier son opinion. Comme Gelaste est l'agresseur, il serait juste que ce fût lui. Néanmoins je commencerai, s'il le veut.
Non , non , dit Gelaste , je ne veux point qu'on m'accorde de privilège : vous n'êtes pas assez fort pour donner de Tavantage à votre ennemi. Je vous soutiens donc que , les choses étant égales, la plus saine partie du monde préférera toujours h comédie à h tragédie. Que dis-Je, h plus saine partie du monde? mais tout le DQonde. Je vous demande où le goût univer* sel d'aujourd'hui se porte. Là cour, les dames, les cavaliers , les savants , le peuple , tout demande la comédie; point de plaisir que h comédie. Aussi voyons-nous qu'on se sert indifféremment de ce mot de comédie pour qualifier tous les divertissements du théâtre * : on n'a jamais dit, Les tragédiens; ni, Allons à la tragédie.
Vous en savez mieux que moi la véritable raison , dit Ariste , et que cela vient du root de bourgade, en grec. Comme cette érudition serait longue, et qu'aucun de nous ne l'ignore, je la laisse à part, et m'arrêterai seulement à ce que vous dites. Parce que le mot de comédie est pris abusivement pour toutes les espèces du dramatique, la comédie est préférable à la tragédie : n'est-ce pas là bien conclure? Cela fait voir seulement que la comédie est plus commune; et parce qu'elle est plus commune, je pourrais dke qu'elle touche moins les esprits.
Voilà bien conclure à votre tour, répliqua Gelaste : le diamant est plus commun que certaines pierres; donc le diamant touche moin» les yeux. Hé! mon ami! ne voyez-vous pas qu'on ne se lasse jamais de rire? On peut se lasser du jeu, de la bonne chère, des dames; mais de
• Sous œ rapport U langue a cbansé.
LES AMOURS DE PSYCHÉ
rire , point. Avez-vous entendu dire à qui que ce soit : Il y a huit jours entiers que nous rions ; je vous prie, pleurons aujourd'hui?
Vous sortez toujours, dît Ariste^de notre thèse , et apportez des raisons si triviales » que j'en ai honte pour vous.
Voyez un peu Thomme difficile! reprit Ge* laste. Et vraiment, puisque vous voulez que je discoure de la comédie et du rire en philosophe platonicien , j'y consens ; faites-moi seulement la grâce de m*écquier. Le plaisir dont nous devons faire le plus de cas est toujours celui qui convient le mieux à notre nature; car c'est s'unir à soi-même que de le goûter. Or y a-t-ii rien qui nous convienne mieux que le rire? Il n'est pas moins naturel à l'homme que la raison; il lui est même particulier : vous ne trouverez aucun animal qui rie, et en rencontrerez quelques-uns qui pleurent. Je vous défie, tout s<uisible que vous êtes , de jeter des larmes aussi grosses que celles d'un cerf qui est aux abois , ou du cheval de ce pauvre prince dont pn voit la pompe funèbre dans l'onzième livre de YÉflétrie. Tombez d'accord de ces vérités; je vous laisserai après pleurer tant qu'il vous plaira : TOUS tiendrez compagnie au cheval du pauvre Pallas , et moi je rirai avec tous les hommes.
La conclusion de Gelaste fit rire ses trois amis, Ariste comme les autres : après quoi celui-ci dit : Je vous nie vos deux propositions , aussi bien la seconde que la première. Quelque opinion qu'ait eue l'école jusqu'à présent, je ne conviens pas avec elle que le rire appaitienne à l'homme privativement au reste des animaux. Il iaudrait entendre la langue de ces derniers, pour connaître qu'ils ne rient point. Je les tiens sujets à toutes nos passions : il n'y a , pour ce point-là , de différence entre nous et eux que du plus au moins, et en la manière de s'ei^primer. Quant à votre première proposition, tant s'en fnut que nous devions toujours courir après les plaisirs qui nous sont les plus naturels , et que nous avons le plus à commandement, que ce n'est pas même un plaisir de posséder une chose très-commune. De là vient que dans Platon l'Amour est fils de la Pauvreté, voulant dire que nous n'avons de passion que pour les choses qui nous manquent, et dont nous sommes nécessiteux. Ainsi le rire, qui nous est, à ce que
vous dites, si fisimilier, sera dans la scène le plaisir des laquais et du menu peuple; le pkttrer, celui des honnêtes gens.
Vous poussez la chose un peu trop loin , dit Acanthe ; je ne tiens pas que le rire soit interdit aux honnêtes gens. Je ne le tiens pas non plus, reprit Ariste. Ge que je dis n'est que pour payer Gelaste de sa monnaie. Vous savez combien nous avons ri en lisant Térence, et combien je ris en voyant les Italiens : je laisse à la porte ma raison et mon argent, et je ris apn^ tout mon soûl. Mais que les belles tragédies ne nous donnent une vduptépiusgrandequecelle qui vient du comique , Gelaste ne le niera pas lui-même , s'il y veut fiùre réflexion.
Il fiiudrait, repartit froidement Gelaste, condamner à une très-grosse amende ceux qui font ces tragédies dont vous nous pariez. Vousailet là pour vous réjouir, et vous y trouvez un homme qui pleure auprès d'un autre hooune, et cet autre auprès d'un autre , et tous ensemble'avec la comédienne qui représente Andromaque, et la comédienne avec le poète : c'est une chaîne de gens qui pleurent, comme dit votre Platon. Est-ce ainsi que l'on doit contenter ceux qui vont là pour se rqouir?
Ne dites point qu'ils y vont pour se réjouir, reprit Ariste ; dites qu'ils y vont pour se divertir. Or je vous soutiens, avec le même Platon, qu'il n'y a divertissement égal à la Uiigedie, ni qui mène plus les esprits où il plait au poéie. Le mot dont se sert Platon feit que je me figure le même poète se rendant maître de tout uo peuple, et fisiisant aller les âmes comme des troupeaux , et comme s'il avait en ses mains la baguette du dieu Mercure. Je vous soutiens, dis-je, que les maux d'autrui nous divertissent, c'est-à-dire qu'Us nous attachent l'esprit.
Ils peuvent attacher le vôtre agréablement, poursuivit Gelaste , mais non pas le mien. En vérité, je vous trouve de mauvais goût. Il vous suffit que l'on vous attache l'esprit; que ce son avec des charmes agréables ou non, avec les serpentsdeTisiphone, ilne vousimporie.Qoand vous me feriez passer l'effet de la wigediepoDr une espèce d'enchantement, cela ferait-il que l'effet de la comédie n'en ftt un aussi? Ces deux choses étant égales, serez-vous si fou que de préférer la première à l'autre?