‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 541 sur 723 · CEUSB PEUT 9 ET SI BIEN QU*ON ME PRÉFÉRA MA · texte numérisé non relu

CEUSB PEUT 9 ET SI BIEN QU*ON ME PRÉFÉRA MA

coviGNE. Elle en acquit le surnom d'Aphro-

DB&B, moi celui D'ÀNAPHRODrrE. J*EN. SUIS M&TB DE DÉPLAISIR. ADIEU , PASSANT; IB NE TE iniEXS PAS DAVANTAGE. SoiS PLUS HEUREUX QCE JE n'ai Été y ET ne te METS POINT EN PEINE OfiDO!llfER DES LARMES A MA MÉMOIRE. Si JE n'aI FAIT U JOIE DE PERSONNE; DU MOINS NE YEUX-JE nOUBLER LA JOIE DE PERSONNE AUSSI. >

Psyché ne laissa pas de pleurer. Megaoo, Mie, je ne comprends rien à ton aventure. Je f eux que Myriis eut des gvùoes : n'est-ce pas en avoir aussi que d*étre belle comme tu étais ? idiea, Hegano : ne refuse point mes larmes, je sais accoutumée d'en verser. Elle alla ensuite jeter des fleurs sur la tombe d'Aphrodisée.

Cettecérémonie étant foite , le jour se trouva assez grand pour lui faire considérer le temple à son aise. L'architecture en était exquise » et avait autant de grâce que de majesté. L'architecte s'éuiit servi de l'ordre ionique, à cause de iOQ élégance. De tout cela il résultait une vé- DDs que je ne saurais vous dépeindre. Le frontispice répondait merveilleusement bien au corps. Sur le tympan du fronton se voyait la naissance de Cy thérée en figures de haut relief. Elle était assise dans une concpie , en l'état d'une personne qui viendrait de se baigner, et qui ne ferait que sortir de l'eau. Une des Grâces lui épreignait les cheveux encore tout mouillés : tue autre tenait des habits tout prêts pour les lui vêtir dès que b troisième aurait achevé de l'essayer. La déesse regardait son fils , qui menaçait déjà Tuniversd'une de ses flèches. Deux sirènes tiraient la conque; mais, comme cette nochine était grande , le Zéphy re la poussait on peu. Des légions de Jeux et de Ris se promenaient dans les airs; car Vénus naquit avec tout son équipage , toute grande, toute formée, toute prèle à recevoir de l'amour et à en donner. Les gens de Paphos se voyaient de loin sur la rive , tendant les mains , les levant au <^l , et ravis d'admiration . Les colonnes et l'en-

tablement étairatd'un marbre plus blanc qu'aibâtre. Sur la frise, une table de marbre noir portait pour inscription du temple :

c A LA DÉESSE DES GrACES. >

Deux eniiants à demi couchés sur l'architrave laissaient pendre à des cordons une médaille à deux tètes r c'étaient celles des fondateurs. A l'entour de la médaille on voyait écrit :

c PHlLOCHARiS, ET HyRTIS ApRRODISÊE SON ÉPOUSE , ONT DÉDIÉ CE TEMPLE A VÉNUS. >

Sur chaque base des deux colonnes les plus proches de la porte , étaient entaillés ces mots :

c Ouvrage de Ltsimante ; > nom de l'architecte apparemment.

Avant que d'entrer dans le temple, je vous dirai un mot du parvis. C'étaient des portiques ou galeries basses ; et au-dessus , des appartements fort superbes, chambres dorées, cabinets et bains; enfin mille lieux oii ceux qui apportaient de l'argent trouvaient de quoi l'employer ; ceux qui n'en apportaient point , on tes renvoyait.

Psyché , voyant ces merveilles , ne se put tenir de soupirer : elle se souvmt du palais dont elle avait été la maîtresse.^

Le dedans du temple était orné à proportion. Je ne m'arrêterai pas à vous le décrire : c'est assez que vous sachiez que toutes sortes de vœux , dont toutes sortes de personnes s'étaient acquittées , s'y voyaient en des chapdks particulières , pour éviter la confusion, et ne rien cacher de l'architecture du temple. Là quelques auteurs avaient envoyé des offrandes pour re* connaissance de la venus * que leur avait départie le ciel. Ils étaient en petit nombre. Les autres arts, comme la peinture et ses sœurs , en fournissaient beaucoup davantage. Mais b multitude venait des belles et de leurs amants: l'un pour des fiiveurs secrètes , l'autre pour un mariage, celled pour avoir enlevé un amant à cette autre-là. Une certaine Callinicé , qui s'était jusqu'à soixante ans bien maintenue avec les Grâces, et encore mieux avec les Plaisirs, avait donné une lampe de vermeil doré, et la peinture . de ses amours. Je ne vous aurais jamais spécifié ces dons ; il s'en trouvait même de capitaines , dont les exploits, comme dit le bon Amyot ,

• De Usitee. — Vofes d-demif . p. 450.

LES AMOURS DE PSYCHÉ

avaient cette grâce de soudameté * qui les rendait encore plus agréables.

L'architeaure du tabernacle n'était guère plus ornée que cdie du temple , afin de garder la proportion , et de crainte aussi qne la vue , étant dissipée par une quantité d'ornements, ne s*en arrêtât d'autant moins à considérer l'image de la déesse, laqudle était véritablement un chef-d'œuvre. Quelques envieux ont dit que Praxitèle avait pris la sienne sur le modèle de celle-là. On l'avait placée dans une niche de marbre noir, entre des colonnes de cette même couleur : ce qui la rendait plus blanche, et fiiisaît un bel effet à la vue.

A Tun des côtés du sanctuaire on avait âevé un trône où Vénus, à demi couchée sur des coussins de senteurs, recevait, quand elle venait en ce temple , les adorations des mortels, et distribuait ses grâces ainsi que bon lui semblait. On ouvrait le temple assez matin, afin que le peuple fût écoulé quand les personnes qualifiées entreraient.

Gela ne servit de rien cette joumée4à ; car dès que Psyché parut , on s'assembla autour d'elle. On crut que c'était Vénus qui , pour quelque dessein caché ou pour se r«ndre plus familière, peut^tre aussi par gahinterie , avait un habit de simple bergère. Au bruit de cette merveille , les plus paresseux accoururent incontinent.

La pauvre Psyché s'alb placer dans un coin du temple, honteuse et confuse de tant d'honneurs dont elle avait grand sujet de craindre la suite , et ne pouvait pourtant s'empêcher d'y prendre plaisir. Elle rougissait à chaque moment, se détournait quelquefois le visage , témoignait qu'elle eût bien voulu feiresa prière: toatcela en vain ; elle fut contrainte de dire qui die était. Quelques-uns la crurent ; d'autres persistèrent dans l'opinion qu'ils avaient.

La foule était tellement grande autourd'elle, que quand Vénus arriva , cette déesse eut de la peine à passer. On l'avait déjà avertie de cette aventure ; ce qui la fit accourir le visage en feu comme une Mégère , et non plus la reine des Grâces, mais des Furies. Toutefois, de peur de sédition , elle se contint. Ses gardes lui ayant

* Torei d-demu, p. 486.

fiûtiisûre passage, elles'alla placer sur son tràne, où elle écouta quelques suppliants avec assezde distraction.

La meilleure partie des hommes était demeurée auprès de Psydic avec les femmes les moins jolies , ou qui étaient sans prétention et sans intérêt. Les autres avaient pris d'abord le parti de la déesse; étantde la politique, panni les personnes de ce sexe qui se sont mises sur le bon pied, de faire laguerreaui^survenantes, comme à celles qui leur ôtent , pour ainsi dire, le pain de b main. Je ne saurais vous assurer bien précisément si elles tiennent cette oootumejà des auteurs, ou si les auteurs la tiennent d'elles.

Notre bergère n'osant approcher, la déesse la fit venir. Une foule d'hommes raocompagna; et la chose ressemblait pluiôt à im triomphe qu'à un hommage. La pauvre Psyché a était nullement coupable de ces honneurs : au coutraire, si on l'eût crue , on ne l'aurait pas regardée : elle faisait , de sa part , tout ce qu'une suppliante doit faire. La présence de Vénus lui avait foit oublier sa harangue. Il est vrai qu'elle n'en eut pas besoin : car , dès que Vénus la vit, à peine lui donna-t-elle le loisir de se proste^ ner : elle descendit de son trêne. Je vous veux , dit-elle, entendre en particulier : venez à Pa* phos; je vous donnerai place en mon char.

Psyché se défia de cette douceur ; mais qnoii il n'était frius tonps de délibérer; et puis c'était à Paphos prinâpalement qu'elle espérait revoir son époux.

De crainte qu'elle n'échappAt , Vénus la fit sortir avec elle ; les hommes donnant mille bénédictions à leurs deux déesses, et une partie des femmes disant entre elles : Cest encore trop que d'en avoir nne : étaUissons parmi nous une république où les voeux , les adoraticms , les services, les biens d'Amour, seront en commun. Si Psyché s'en vient encore une fois amuser les gens qui nous serviront à quelque chose , et qu'elle prétende réunir ainsi tous les cœurs sous une même domination , fl nous la iiaut lapider. On se moqua des répubiicaîDes, et on souhaita bon voyage à notre bergère.

Gythérée b fit monter effectivement surson char ; mais ce fut avec trois divmités de sa suite peu gracieuses : il y a de toutes sortes de geas

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