‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 558 sur 723 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Je ne voulais dianter que les héros d'Esope : Pour eux seuls en mes vers j'invoquais Calllope ; Même j'allais cesser , et regardais le port. La raison me disait que mes mains étaient lasses : Mais un ordre est venu plus puissant et plus fort Que la raison ; cet ordre accompagné de grâces , Ne laissant rien de libre au cœur ni dans l'esprit , M'a foit passer le but que je m'éUis prescrit. Vous vous reconnaissez à ces traits , Uranie * : C'est pour vous obéir , et non point par mon choix , Qu'à des sujets profonds j'occupe mon génie , Disciple de Lucrèce une seconde fois '. Favorisez cet œuvre ; empêchez qu'on ne die Que mes vers sous le poids languiront abattus : Protégez les enfants d'une muse hardie ; Inspirez-moi ; je veux qu'ici Ton étudie

4 ta ducbesse de Bouillon.

> Ce Yen (ait allusion an discours adieisé à madame de la SaUiènCbble première, livre X), où la Fontaine a traité de

Vâme des bétei.

LE QUINQUINA

D^un présent d'Apollon la force et les vertos.

Après que les humains , œaYre de Prométhée , Forent participants da feu qo^u sein des dienx Il déroba pour nons d'une audace effrontée , Jupiter assembla les habitants des deux. Cette engeance , dit-il , est donc notre rivale ! Punissons des humains TinlMèle artisan : Tâchons par tout moyen d'altérer son présent. Sa main du feu divin leur fut trop libérale : Désormais nos égaux , et tout fiers de nos biens , Ils ne fréquenteront vos temples ni les npens. Envoyons-leur de maux une troupe fiitale, Une source de vœux , un fonds pour nos autels. Tout rOIympe applaudit : aussitôt les mortels Virent courir sur eux aveoque violence Pestes , fièvres , poisons répandus dans les airs. Pandore ouvrit sa boite ; et mille maux divers S'en vinrent au secours de notre intempérance. Un des dieux fut touché du malheur des humains : C'est celui qui pour nous sans cesse ouvre les maina , C'est Phébus Apollon. De lui vient la lumière , La dialeur qui descend>au sein * de notre mère , Les sim[des , leur emploi , la musique , les vers , Et For , si c'est un bien que Tor pour l'univers. Ce dieu , dis-je , touché de l'humaine misère , Produisit un remède au plus grand de nos maux : C'est Técoroe du kin ', seconde panacée. Loin des peuples connus Apollon Ta placée. Entre elle et nous s'étend tobt l'empire des flots *. Peut-être il a voulu la vendre à nos travaux ; Peut-être il la devait donner pour récompense Aux hôtes d'un climat où règne Tinnocenoe. . O toi qui produisis ce trésor sans pareil , Cet aibre, ainsi que l'or digne fils du soleil , Prince du double mont , commande aux neuf pucelles Que leur obœnr ponr m'aider députe deux d'entre elles. J'ai besoin aujourd'hui de deux talents divers : L'un est l'art de ton fils ^ ; et l'autre , les beaux vers.

Le mal le plus conmiun (et quelqu'un même assure

* VAi. Dn aeiiL

* La Fontaine a écrit kki et quin. On écrivait alors kinkina

00 quinquina indifRéremmenC

1 * La Fontaine indique une contrée lotailaine, maii n'en désigne aucune en pariicnlier, parce que de son temps on était encore incertain sur le pays d'où l'on tirait le quinquina. Les uns soutenaient q^jl Tenait de la Chine , et que c'était par cette raison qu'on le nommait cMna ou M«ki; ils le désignaient en ladn par les mots de cortex eMÊt&niiSpécone de la Chine ; d'antres, mieux instruits, assuraient que c'était une production dn PércNi , et le nonmiaient cortex peruviensie, éooroe du Pérou. (Vofei de Blcgny. Remède anglais pour (a guérison des fièvres ^ 16S2 .1n-i2, p. 1S.) Le premier quinquina parait avoir été tiré de ta montagne de Loza , près de Quito , dansleFéroo.

4Bwulape, fils d'Apollon , et dleo de la médecine.

Que seul on le peut tfire un mal , à bien parler) , C'est la fièvre , autrefois espérance trop sûre A Clothon , quand ses mains se lassaient de filer. Nous en avions en vain Torigine cherchée. On prédisait son cours , on savait son progrès ,

On déterminait ses effets ;

Mais la cause en était cachée.

La fièvre , disait-on, a son siège aux hmneiin. n se Ikil un foyer qui pousse ses vapeurs

Jusqu'au cœur, qui les distribue Dans le sang , dont la masse en est bientôt imboe. Ces amas enflammés , pernicieux trésors , Sur l'aile des esprits aux familles errantes ,

S'en vont infecter tout le corps,

Source de fièvres différentes.

Si rhumeur bilieuse a causé ces transports ,

Le sang , véhionle fluide

Des esprits ainsi corrompus , Par des accès de tierce à peine interrompus , Va d'artère en artère attaquer le solide *, Toutes nos actions souffrent un changement Le test et le cerveau piqués violemment Joignent à la douleur les songes , les diimères , L'appétit de parler , effets trop ordinaires.

Que si le venin dominant

Se.puise en la mélancolie , J'ai denx jours de repos , pois le mal survenant

Jette un long ennui sur ma vie.

Ainsi parie Técole et tous aes sectateurs *. Leurs malades debout après force lenteurs

Donnaient cours à cette doctrine :

La nature, ou la médecine , Ou l'union des deux , sur le mal agissait.

Qu'importe qui? l'on guérissait.

On n'exterminait pas la fièvre , on la lainaiL Le bon tempérament , le séné , la saignée ; Celle^i , disaient-ils , ôtant le sang impur , Et non comme aujourd'hui des mortels dédaignée ; Celui-là , purgatif innocent et très-sûr ( Ils Tout toujours cru tel ), et le plus nécessaire ,

J'entends le bon tempérament ,

« Tout ceci appartient à la doctrine médicale de Galien, qsi attribuait toutes les fièrres à une dégénérescence des bumeun produites par une afbctk» particulière dn pneuma, ou ga qui circule dans les vaisseaux. Galien avait lui-même emprunté CCS idées à la philosophie du médecin ÉnsistFSte. EHn étalait encore en vigueur du temps de la FonUâne, qui ne conubsaH ni les écrits de Galien, ni la doctrine d'ÉnMtmr. ( EsAraU des notes mtéhuscriles du docteur Bresehd, lor oepoéme. )

« Le poète brappe ici tourà tour sur U folie et le ridkalede l'école, et sur te Jargon des galiénlstes. Ce tableio est «Tu»; grande vérité ; et Ton tnaive encore dans la pntiqofi »il éo médedns, soit des bonnes femmes, qui font « qa'mdiqoe notre auteur. {BxtraU des notes manuscrUes dn doitenr Brtschel. )

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