SUR LA NAISSANCE DB SON DERNIER FILS A FONTAINEBLEAU
Vous avez (kit des poupons le héros , Et l'avez fait sur un très-bon modèle. Il tient déjà mille menos propos; Sans se méprendre il rit à la plus belle. C'est, ce ditron, la meilleure cervelle De nourrisson qui soit sous le soleil : Pour bien teter il n'a pas son pareil ; Il fait en tout son jugement paraître.
Quelqu'un m'a dit qu'il sera du conseil (Saas y manquer) du Dauphin qui va naître.
Or vous voilà mère de trois Amours ;
Dieu soit loué ! La reine de Cythère
N'en a qu'un seul qu'elle montre toujours ;
Et cet enfant ne va pas sans sa mère :
A se conduire il n'a pas peu d'affaire ,
Etant privé de la clarté des cieux.
Mais vos trois fils * ont chacun deux beaux yeux,
1. 1, p. 27S et 2S5. parle des belles peintures que Fouquet avait fiit exécuter à S^iot-Mandé . et pour lesquelles la Fontaine avait composé des vers français . et Nicolas Gervaise, médecin et ami dé Fouquet. des vers latins.
* Immédiatement après le marhge du duc d'Orléans. la cour alla à Fontainebleau. Elle y fut plus brillante qu'elle n'avait jamais été. Les profusions du Mirintendjnt Fouquet y muitiplièrent les promenades, les festins et les fêtes galantes ^n faveur de la jeune reine. Voyez Reboulet, IlUtoire du siècle de Louis X IF, in -4», tom. I, p.86S; Motteville, Mémoires, année f06i. t. v, p. f H-II6 de l'édiUoQ de Petitot. IS24, in-8». t. XL de la ooUection.
* Ces trois fila étaient Nicolas Fouquet. comte de Vaux; Armaiid, qui se Ht oratorien, et Louis, marquis de Belle-Ile. C'est
Deux magasins de lumière et de flamme, Deux vrais soleils dont Tédat radieux Éblouira quelque jour plus d'une âme.
De vos atnés d^autres gens ont écrit ; De ce cadet je dirai quelque chose.
C'est un enfant tout sens et tout esprit : D'un feu de joie au Parnasse il est cause ; A le louer déjà Ton se dispose.
Son nom, chanté par cent auteors divers, Sera bientôt le sujet de nos vers , Et remplira, selon son horoscope, Tous les échos qui sont dans l'univers : Pour un tel nom trop petite est l'Europe.
J'ai de mon dire Apollon ponr garant.
Voici de plus ce qu'ajoute Urante :
Notre petit doit un jour être grand ; C'est Jupiter qui réglera sa vk :
Il lui promet des biens dignes d*envie, De hauts emplois , des honnears à foison ; Et cet enfant est né dans sa maison', Ce qui présage une grandeur suprême.
Vous voyez bien que la Muse a raison Car Jupiter et Louis c'est le même.
Dans l'horoscope il est encor parlé Des qualités nobles, grandes et belles Par qui sera cet enfant signalé,^ Et dont il a déjà des étincelles.
Je crois qu'en lui la raison a des ailes. Comme son père il aimera Thonneur ; Il logera quelque jour dans son cœur De rares dons une troupe infinie :
Ce me serait un insigne bonheur Si je logeais en telle compagnie.