‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 589 sur 723 · X.— A M. DE TURENNE · texte numérisé non relu

X.— A M. DE TURENNE

Vous avez foit, seigneur, un opéra.

Quoi I le vieux duc *, suivi de Caprara'7 Quoi ! la bravoure et la matois«rie ?

Grande est la gloire, ainsi que la tuerie. Vous savez coudre avec enoor plus d'art Peau de lion avec peau de renaxd.

La joie en est parvenue à sa dncie ; Car on vous aime autant qu'on irons estime. Qui n'aimerait un Mars plein de bonté ? En telles gens ^ ce n*est pas qualité Trop ordinaire. Ds savent déconiire , Brûler, raser, exterminer, détraire; Mais qu'on m'en montre un qui sadie Marot Vous souvient-il , seigneur, que^ mot pour mot , Mes crécmciers , qui de dizains n'oiii cure ', Frère Luhîn*, et mainte autre é<riUire, Me Alt par vous récitée en cbemin f Vous alliez lors rembarrer le Lorrain.

Reviens au fait, muse , va plus grand'erre?, Laisse Marot , et reparle de guerre.

* François Batailler, sorti de l'ordre des capodu» Dommé. p9r rinnuence df la duchesse douairière d'Orléans , évéque de Pantoner*lez-Ciamecy,ou Bethléem, le 25 juin 1664. Il nwonit le 22 Juin 4701 , h l'âge de quatre-^ ingt-qtiatre aiiS.

s Le prince Charles, duc de Lorraine ,né en 4604, et par oooséquf ut alors âgé de soiiantiH]uatone ans.

> Albert, comte de Caprara . habile général dereopereor. H avait réuni sra troupes % celtes du duc de Lorraine, et ftit buta, le 46 juin 4674, par Torenne. à la bataille de sintaeim. Voyei l\4rl de vé, ififv if s dates , t. III, p. flS ; et Beboulet , HUtoirt d€ Louis Xlt^, t. TI , p. 4 19.

4 Vil. Car fn tels gens , dans les éditions modenes ; tnsii la Fontaine emploie ici le mol gens au lëmiufai . et ensuite le pronom an masculin.

> épigramme de Marot, taititulée Béphque à la royne di Navoi'rf, Voyez Maroi , t. in , p. 75 , épigr. eu.

* Ballade de Marot. ainsi intitulée. ycfffzMamt, L II, p. 234. ^ Va plus vite.

ÉPITRES

En surmontant Charles et Caprani ,

Vous avez Mt , seigneur, on opéra.

Nous en faisons un nouveau *; mais je doute

Qu'il soit si bon , quelque effort qu'il m'en coûte.

Le vôtre est plein de grands événements :

Gens envoyés peupler les monuments ,

Beaucoup d'effets de fureur martiale,

D'amour très-peu , très-peu de pastorale :

Mars sans armure y fut vu , ce dit-<m ,

Mêlé trois fois comme un simple piéton.

Bien lui valut la longue expérience ,

Et le bon sens , et la rare prudence :

Dans le combat ces trois divinités

Allaient tocgours marchant à ses côtés.

Ce Mars , seigneur, n'est le Mars de la Thrace ,

Mais pour cet an c'est le Mars de TAlsaoe ' ;

Ainsi qa*il fbt et sera d'autres fois

Très-bien nommé le Mars d'autres endroits -,

Enfin c'est vous , afin qu'on ne s'y trompe.

Or en sont Cûts feux de joie en grand'pompe :

Bien est-il vrai qu'il nous en coûte un peu .

Mais gagne-t-on sans rien perdre à ce jeu ?

Louis lui-même , effroi de tant de princes ,

Preneur de fbrts, subjugueur de provinces,

A-t-il conquis ces Etats et ces murs

Sans quelque sang, non de guerriers (Amcuts ,

Mais de héros qui mettaient tout en poudre* ?

Les Bourguignons * en éprouvant sa fbudre

Ont fait pleurer celui qui la lançait.

Sous les remparts que son bras rentersait

Sont enterrés, et quelques chefs fidèles ,

Et les Titans à sa valeur rebelles.

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