LIVRE ONZIEME
FABLE PREMIÈRE
Le Lion»
Sultan léopard autrefois
Eut , ce dit-on , par mainte aubaine *, Force hœah dans ses prés, force cerfe dans ses bois,
Force moutons parmi la plaine, n naquit un J|on dans la forêt prochaîne. Après les complunents et d'une et d*antre part,
Comme entre gramls il se pi-alique, Le sultan fit venir son vizir le renard,
• far Irt mccealoiH det étnnsen. confiaqgëei à «on profil Aferto do droit d'aubaine dont il Jouifiah comnie sultan.
Vieux routier, et bonpditique. Tu crains, ce lui dit-il , lionceau mon voisin;
Son père est mort ; que peut-il faire ?
Plains plutôt le pauvre orphelin.
Il a chez lui plus d*une afiaire ,
Et devra beaucoup au Destin S*il garde ce qu'il a , sans tenter de conquête.
Le renard dit, branlant la tête :
Tels orphelins, seigneur, ne me font point pitié; Il fout de celui-ci conserver l'amitié,
Ou s'efforcer de le détruire
Avant que la griffe et la dent Lui soit cnie , et qu'il soit en état de nous nuire.
IS'y perdez pas un seul moment.
Tai fait son horoscope : il croîtra par la guerre } , Ce sera le meilleur lion
Pour ses amis , qui soit sur terre !
Tâchez donc d'en être ; sinon Tâchez de l'affaiblir. La harangue fut vaine.' Le sultan dormait lors ; et dedans son domaine Chacun dormait aussi , bétes , gens : tant qu'enfin Le lionceau devient vrai lion. Le tocsin Sonne aussitôt sur lui ; l'alarme se promène
De toutes parts ; et le vizir.
Consulté là-dessus, dit avec un soupir : Pourquoi Tirritez-vous? La chose est sans remède. En vain nous appelons mille gens à notre aide : Plus ils sont , plus il codte ; et je ne les tiens bons
Qu'à mang^ leur part des moutons.
Apaisez le lion : seul il passe en puissance Ce monde d'alliés vivant sur notre bien. Le lion en a trois qui ne lui coûtent rien, Son courage, sa force, avec sa vigilance. ^ Jetez-lui promptement sous la griffe un mouton ; S'il n^en est pas content , jetez-en davantage : Joignez-y qnehin^ bœuf; choisissez , pour ce don |
Tout le plus gras du pâturage.
Sauvez le reste ainsi. Ce conseil ne plut pas.
n en prit mal ; et force étals
Voisins du sultan en pâtirent :
Kul n'y gagna , tons y perdirent.
Quoi que fit ce monde ennemi , Celui qu'ils craignaient fut le maitre.
Proposéz-voos d'avoir le lion pour ami , SI vous voulez le laisser craltre '.
• TAB. Croare, dans loutrs les éditîooi modernei. Malt la Fontaine a écrit eratti'e pour b rime , en Tertu de celte Ifcenoe poétique dont nous avons d(^J4 vu dam notre auteur plutleun exeniiilcs. O'aiU^ui^ on prononce encore eraUre dam pludeun pruviiicct. et prut-ctre ftait-ce li prononciation de ce mot la plus usiu!e à iïtpoque où noire poète é<:rivalt. Nous avom entendu , dans notre Jcuncsac . pluaieun vlcUlardsprononcer ainri ce mol*
FABLES
FABLE U
Us Dieux voulant instruire un fils de Jupiter.
POUR MO>SB16!fBUA LB DUC DU UÀINB '.
Jupiter eut un fib , qui , se sentant du lieu
Dont il tirait son origine , . Avait Tâme toute divine.
L'enfance n'aime rien : celle du jeune dieu
Faisait sa principale affaire
Des doux soins d aimer et de plaire.
En lui Tamour et la raison Devancèrent le temps , dont les ailes légères N'amènent que trop tôt, hélas I cliaque saison. Flore aux regards riants, aux diarmantes manières, Toucha d'abord le cœur du jeune Olympien. Ce que la passion peut inspirer d'adresse, Sentiments délicats et remplis de tendresse , Pleurs, soupirs, tout en fut : bref , il n'oublia rien. Le fils de Jupiter devait , par sa naissance, Avoir un autre esprit, et d'autres dons des cieax,
Que les enfants des antres dieux :
Il semblait qu'il n'agît que par réminiscence , Et qu'il eût autrefois fait le métier d'amant ,
Tant il le fit parfaitement 1 Jupiter cependant voulut le faire instruire. .B^assembla les dieux , et dit : J'ai su conduire , Seul et sans compagnon, jusqp'ici l'univers;
Mais il est des emplois divers
Qu'aux nouveaux dieux je distribue.
Sur cet enfant chéri j'ai donc jeté la vue : C'est nson sang; tout est pleui déjà de ses autels. Afin de mériter le rang des immortels , n Ûkui qu'il sache tout. Le maître du tonnerre Eut à peine achevé, que chacun applaudit ^our savoir tout, l'enfant n'avait que trop d'esprit.
Je veux , dit le dieu de la guerre ,
Lui montrer moi-même cet art
Par qui mabits héros ont eu part Aux honneurs de l'Olympe, et grossi cet empire.
Je serai son maître de lyre ,
Dit le blond et docte Apollon.
Et moi , reprit Hercule à la peau de lion ,
Son maître à surmonter les vioes , A dompter les transports, monstres empoisonneurs, Commehydrès renaissants ' sans cesse dans les cœurs:
- » Loais-Anguste de Boarbon, duc du Maiiki. fils de Loofs X IV et de madame de IIontesp.in « et élève de madama de lialn(e> non. Il naquit ï Versailles, le 30 mai 1670; et il n'avait cjae sept ^à huit ans lorsque la Fontaine lui adre^ssa cette Julie allégorif*, 'I laquelle H a donné le titre de fjble. Le duc du Maine fut lé- 'gitimé le 29 décembre l(>7S, et motinit le 14 mai 1756. * • Vab. /fenalstant» dam toutes les éditions modernes, excepté celle de llootenault, io-folio (t. IV, p. 4S)» qui a conservé
Ennemi des molles délices , n apprendra de moi les sentiers peu batlos Qui mènent aux honneurs sur les pas des rertos.
Quand ce vint au dieo de Gyûière ,
U dit qu'il lui montrerait tout.
L'Ampur avait raison. De quoi ne vient à bout L'esprit joint au désir de plaire 1
FABLE m.
. Le Fermier^ le Chien, et le Rinaré.
Le loiipetle renard sont dMtranges voisins 1 Je ne bâtirai point autour de leur demeore.
Ce dernier guettait à toute heore Les poules d'un fermier ; et, quoique des plus fins, Il n'avait pu donner d'atteinte à la volaille* D'une part rappétit , de l'autre le danger, N'étaient pas au compère un embarras léger.
Hé quoi l dit-il j, cette canaille
Se moque impunément de moi !
Je vais , je viens , je me travaille , J'imagine cent tours : le rostre , en paix chez soi , Vous fait argent de tout , convertit en montmie Ses chapons, sa poulaille * ; il en a même au croc ; Et moi, maître passé, quand j'attrape un vieux cuq ,
Je suis au comble de la joie 1 Pourquoi sire Jupin m'a-t-ildonc appelé Au métier de renard? Je jure les puissances De l'Olympe et du Styx , Ht en sera parlé.
Roulant en son oœnr ces vengeances, U choisit une nuit libérale en pavots : Ghaean était ploqgé dans un profond repes ; Le maître du logis ^ les valets , le chien même , Poules , poulets , chapons , tout donnait. Le fermier,
Laissant ouvert son poulailler,
Commit une sottise extrême.
Le voleur tourne tant qu'il entre au lieu guetté, Le dépeuple , remplit de meurtriss la cité.
Les marques de sa cruauté Parurent avec Taube : on vit un étalage
De corps sanglants et de carnage.
Peu s'en fallut que le soleil Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide.
Tel , et d'un spectacle pareil , Apollon irrité contre le fier Atride *
avec raison la leçon des éditions originales. V9jei à oe sujet la note sur h table xvi du li^re VII.
' On d't uip poufaiUêt' pour désisoer cdoi qui bit métier de vendre de U volaille i mais Je ne connab pat d'au'orité plus antenne que la Fontaine . relatif ement à remploi du mot ]io«lailte. J. B. nonsscaii s'en est scni d'apw^ lui.
* Agameran"n, l'alné des Atrldcs ou des p^tltsAb d*Atiée. ayant enlevé Cliryséis A Chrysès son (lère, pontife d'Apolloo, le