‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 64 sur 723 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

lOd

La Tidie lo donna le lait.

Japiter , s^il était malade , Rqwcndrait Tappétit en tâtant d*im tel mets.

rtn ai mangé cette éciiâncmre ; Le reste TOUS sera suffisante pâiare.

Desoeodex dans on seanqaej'ai là mis exprès: Km <|o'aa moins mal qu'il pût il ajustât riiistoire ,

Le kmpftit nnsot de le croire :

n descend ; et son poids emportant lautre part , RegoiiMle ' en haut maître renard.

Re nom en moquons point : nous nous laissons sc- Snr aussi peu de fondement ; [dnire

Et diacon croit fort aisément Ce qu*il craint et ce qu*il désire. (9

FABLE YII.^^

Le PayMon du Darî'^^

n ne but point juger des gens sdt l'apparence. Le conseil en est bon; mais il n'est pas noureau.

Jadis rerreur du souriceau Meserrit à prouver le discours que j'avance :

rai j pour le fonder à présent, Le bon Socrate , Ésope , et certain paysan Des rites da Danube , bomme dont Marc-Aurèle '

Nous fait im portrait fort Gdèle.

On connaît les premiers : quant à Taulre , voici

Le personnage en raccourci.

Son menton noorrissait une bart>e toolTue ;

Tonte sa personne relue Représentait on onrs , mais un ours mal lédië ; Sous un sourcil épais il avait Tœil caché , Le regard de traveni , nez tortn , grosse lèvre,

Portait sayon * de poil de dièvre ,

Et ceinture de joncs marins.

Cet homme ainsi bâti Ait député des villes Que bve le Danube. Il n*était point d'asiles

Où ravariœ des Romains Ne pénétrât alors, et ne portât les mains. Le député vint donc , et fit cette harangue : Romains , et vous sénat assis pour m'éoouter ,

• Terme de fauconnerie. < Beguinder le dit de l'oiseau qui ■ ba one noatdle poiole au-dessiu des nues, c'fstà-dtre qui < t'élère en haat par un nouvel enî>rt. » Langlois , Diction^ •ttln du ehOMseâ , 1730, ifrlS. p. I6S.

• Un'f a rien qui soit relalif à cet apologue dans ce qui nous Rite de Varc-Aurêle : c'est une fiction de Gnerara , quia cru devoir attriliurr œ nk:lt i cet empereur.

> Mot dériré de sagum, sorte de manteau court qui chei les lOBuini remplarait la toge en temps de guerre. La saye ou le ■Sym des Gaulois arait des mandies. On trouve encore le Bot Mffom daiis le dictionnaire de Nicot, et tans la traduction deortapoi.*-guf pir R- B>de Grise. L'emploi du mot sayf. on aoyMi pour manteau mbsbia long-temps. Egiiiliard nous dit 1K Cbar'ieniagnc était veto d'nn êoyon de Venise, saço Fe-

Je supplié avant tout les dieux de m*assister : Veuillent les immortels , conducteurs de ma langue , Que je ne dise rien qui doive être repris I Sans leur aide , il ne peut entrer daiis les esprits

Que tout mal et toute injustice :

Faute d*y recourir , on viole leurs lois. Témoin nous que punit la romaine avarice ? Rome est , par nos forfeits, plus que par 8it$ exploits ,

L'instrument de notre supplice.

Craignez, Romains, craignez que le del quelque jour Ne transporte chez vous les pleurs et la misère ; Et mettant en nos mains , par un juste retour , Les armeè dont se sert sa vengeance sévère ,

Il ne vous fesse , en sa colère,

Nos esclaves â votre tour.

Et pourquoi sommes^nous les vôtres? Qu^on me die En quoi vous valez mieux que cent peuples divers. Quel droit vous a rendus maîtres de Tunivers? Pourquoi venir troubler ime innocente vie? Nous cultivions en paix d'beurenz champs ; et noa mains Etaient propres aux arts , ainsi qu'au labourage.

Qu'avez-votis appris aux Gerraams?

Ils ont Tadresse et le courage :

S'ils avaient eu Tavidité ,

Comme vous , et la violence , Peut-être en votre place ils auraient la puissance , Et sauraient en user sans inhumanité.

Celle que vos préteurs ont sur nous exercée

N'entre qu'à peine en la pensée.'

La majesté de vos autels

Elle-même en est offensée ;

Car sachez que les immortels Ont les regards sur nous. Grâces à vos exemples , Us n*ont devant les yeux que des ohjets d'horreuri

De mépris d'eux et de leurs temples , D'avarice qui va jusques à la fureur.

Rien ne suffît aux gens qui nous viennent de Rome :

La terre et le travail de Thomme Font pour les assouvir des efforts superflus.

Retirez -les : on ne veut plus

Cultiver pour eux les campagnes.

Nous quittons les cités, nous fuvons aux montagnes^

Nous laissons nos chères compagnes; Nous ne conversons plus qu'avec des ours afflreux , Découragés de mettre au jour des malheureux , Et de peupler ponr^ome un pays qu'elle opprime.

Quant â nos enfbnts déjà nés, Nous souhaitons de voir leurs jours bientôt bornés : Vos préteurs au malheur nous font joindre le crime. Retirez-les : ils ne nous apprendront

Que la mollesse et que le vice ;

Les Germains comme eux deviendront

Gens de rapine et d*avarice.

C'est tout ce que j*ai vu dans Rome à mdki abord.

flO

FABLES

PTa^t-on poiiK ôe prêtent t .„.« , Poînt de pourpre à donner; c*est en vain qu*on espère Quelque refuge aoi lou : encor leur ministère A-t-U mille longueurs* Ce discours, un peu fort,

Doit commencer à vous déplaire.

Je finis. Punissez de mort

Une plamte un peu trop sincère.

A ces mots, il se couche; et chacun étonné Admire le grand cœur , le bon sens , l'ékN|uence -, Du sauvage ainsi prostoné.

On le créa patrice' ; et ce fut la vengeance Qu*on crut qu*un tel discours méritait. On dioiaU

D'autres préteurs ; et par écrit Le sénat demanda ce qu'avait dit cet homme , Pour servir de modèle aux parleurs à venir» . On ne sut pas long-temps à Rome

Cette éloqnenoe entretenir.

FABLE Vin.

Le Vieillard et let trois jeunes Uommee,

Un octogénaire plantait.

Passe encor de bâtii*; mais planter à cet âge ! Disaient trots jouvenceaux , enfants du voisinage :

Assurément il radotait.

Car , au nom des dieux , je vous prie , Quel fhiit de ce labeur pouvez-vous recueillir? Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.

A quoi bon charger votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous? Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées; Quittez le long espoir et les vastes pensées;

Tout cela ne convient qu*à nous.

II ' ne convient pas à vous-mêmes , Repartit le vieillard. Tout établissement Vient tard, etdure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également. Nos termes sont pareils par leur courte durée. Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment ' Qui vous puisse assurer d'un second seulement? Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :

• C*eit-à-dire»oa le fit noMe on patricien; car la dighitédc [Hitrlce est portérienre à Iftro-Aarèie . et fat créée par Consuintin. Hais oo trouve dans Snéton^ le m it paiririatut.

> Selon nu très4iabile srammairien et savant hcUéoiste , cet emploi du i/ n'est pas régulier, et tV ne se construit quVn rapport avee un nom de personne. (Voyes rédition f S25 . In-S», du I^pUimaquê, poUiée par Lefevre, 1. 1. p. W.) Je doute de rciaciitude de nette remaïque. Le vieux Nioot, dans son d(c- Uonna're. p. SIS. dit : « // est non-seulement pronom démons- • tralif. mais aussi une partie explétive du discours ; et l'on c dit il est aimi , pour cela eH ainsi. • L'arniotatcor du Télémaque cite lui-même plusieurs exemptes ssmblaMes à cf lui de UPoDlaine , dans Coneille , Fénélon, Haet et Marmonlel. I

Eb bien ! défendez- vous an sage De se donner des soins pour le plaisir d*aiHnil? Cela même est nn fruit qne je goAtt aajoiirdlttii : J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ;

Je puis enfin compter Taorore

Plus d'une Ibis sur vos tombeatnt.

Le vldllard eut taison : Tun des trois jouteiieeaat Se noya dès le port , allant â rAmédqoe ; L'autre, afin de monter aux grandes djgniWs, . Dans les emplois de Mars servant la ré|idbiique,' Par nn coup imprévu vit ses jours emportés ;

Le troisième tomba d'un atbre

Que lui-même il voulut enter ; Et, pleor|^u vieillard *, il grava sur leur maibre

Ce qR je viens de raconter.

tABLE IX.

* Les Souris et le Chat-Htiani,

t\ ne fiiut jamais dire aux gens ; Écoutez un bon mot, oyet ^ une merveille.

Savez-vons si les éôratants En feront une estime à la vôtre pareille? Voici pourtant un cas qui peut être excepté : Je le maintiens prodige , et tel que d*nne fiJble Il a Fair et les traits , encor que véritable.

On abattit un pin pour son antiquité , Vieux palais d'un liibou, triste etsombre retraite * De Toiseau qu'Atropos ' prend pour son interprète. Dans son tronc caverneux , et miné par le temps ^

Logeaient , entre autres habitants , Force souris sans pieds , toutes rondes de graisse* L'oiseau les nourrissait parmi des tas de blé , Et de son bec avait leur troupeau mutilé. Cet oiseau raisonnait : il bot qu'on le confesse. En son temps , aux souris le compagnon chassa : Les premières qu'il prit du logis échappées , Pour y remédier, le drftle estropia Tout ce qu'y prit ensuite; et leurs jambes coupées Firent qu'il les mangeait à sa commodité,

Aujourd'hui Tune, et demain lantre.

Toat manger à la fois , llmpossibtlité S'y trouvait, joint aussi le soin de sa santé. Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre :

Elle allait jusqu'à lair porter

Vivres et grains pour subsister.

Puis, qu'un cartésien s'obstine

* Tournure ctlipiique. pour dire i Ils fuient pleures d% tUUIard . et U grava , etc.

> écoulex.

* Atropoi était considérée comme la plus fiérooe des trots Parques} et la rencontre d'une diooette et d'un hibou était d'un ansure sinistre.

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