D'ALEXANDRE , DE CÉSAR, ET DE MONSIEDE
UB PRINCE s.
Monseigneur ,
Sans une indisposition qui me retient , j'aurais été à Chantilly pour m*acquitter de mes très-humbles devoirs envers votre altesse séré- 'nissime. Ce que je puis fiaire à Paris est de chercher dans les ouvrages des anciens et parmi les nôtres quelque chose qui vous puisse plaire , et qui mérité d'entrer dans les contestations de monsieur le prince. Elles sont fort vives, et font honneur aux sujets qu'elles veulent bien agiter. n n'ignore rien , non plus que vous. Il aime extrêmement la dispute , et n'a jdmais tant d'esp prit que quand il a tort. Autrefois la Fortune ne l'aurait pas bien servi, si elle ne lui avait opposé des ennemis en nombre supérieur , et desdifficultés presque insurmontables. Aujourd'hui il n'est point plus content que lorsqu'on le peut combattre avec une foule d'autorités , de raisonnements et d'exemples; c'est là qu'il triomphe. Il prend la Victoire et la Raison à
« Loato-Anniiid, prince de Conti, nerea un grand Coodé, qal moarat le 5 noTembre 1685.
* Louton de Boorixm-CoDdé, romomnié le grand Goodë . né à Parie le • leptembre 1601 , roott à Pontalnefaleia le 4f décemlxe 1696.
la gorge, pour les mettre de son eAtë *. ToSà l'homme le plus extraordinaire qui ait jamais mérité d'être mis au nombre des dieux. Vous voulez bien, monseigneur, que je me serve pour un peu de temps de ces termes ; ib sont d'une langue qui convient merveilleusement bien i tout ce qui regarde monsieur le |»rince. On prépare son apothéose au Parnasse; mais oomine il n'est nullement à propos de se hâter de mourir pour se voir bientôt placé dans le rang des immortds, monsieur le prince laissera passer encore un nombre d'années avant le temps de sa déification : car, de son vivant, il aurait de la peine à y consentir. C'est proprement de lui qu'on peut dire :
Gui maie si palpere, recaldtrat ondûiae tolas *.
Si fiaut-n ' que je le mette en parallèle avec quelque César ou quelque Alexandre. Je ne serai pas le premier qui aura tenté un pareil dessein ; c'est à moi de lui donner une forme toute nouvelle. II ne sera pas dit que monsieur le prince me liera la langue comme il a lié les bras à des millions d'hommes. Je pouirais aussi le comparer à Achille. Une forme résolution de ne point céder, l'amour des combats, la valeur, y sont tout entiers des deux côtés. Ils se ressemblaient assez quand monsieur le prince était jeune ; à présent l'épithète de pied léger fe* rait clocher quelque peu la comparaison. Puis j'ai réservé le caractère d'Achille pour votre altesse sérénissime; et je crois qu'en temps et
* Ces expreesiotts de notre poète rar le grand Condé : ■ Il n'a c Janufs tant d'esprit qne quand il a tort.. Il prend U Tictoiie « et la Raison à la gorge, etc., > renferment des leçons donnéet a?ee autant de rcserre que de finesse, et se trouvent bien éclairdes par le passage suivant des Mémoires de Louis Radoe sur la Tie de son père i c Le grand Condé rassembiail souTsnt
à CbantiUy les gens de leUres . et se plaisait à s'entreledlt avec eux de leurs ouvrages , dont il était bon juge. Lorsque dans ces conversations littéraires tt soutenait une bonne cause, il parlait avec beaucoup de grâce et de donccur ; mais, quand il en soutenait une mauvaise, il ne fallait pas le contredire :' sa vivacité devenait si grande, qu'on voyait bien qo'il était dangereux de lui disputer U victoire. Le feu de ses yeux étonna une Ibis si fort Boilean , dans une dispute de cette nature, qu'il céda par pmdence. et dit tout bas à son voisin : Dorénavant je serai toujoun de l'avis de M. le prince quand il anra tort » {Œuvres de JêanBoekiê , édition de Uftvre,
fSO.in^. tI,p.lviQ.) s HoiiT.. lib. U. sat f, V. 90. c Toqjouit sur MS|iides, S
■ repousse tout flatteur maladroit •
• Pourtant faut-il.
OPUSCULES EN PROSE
SSTy
lieu ropiniàtretë et la vëhémeoce ne vous manqueront non plus qu'à ce Grec, non plus qu'à votre oncle y si vous voulez. Je me restreins donc à César et à Alexandre : mais pour les mieux comparer à monsieur le prince, il faut que je les compare auparavant l'un à Tautre.
Il y a des gens qui ont trouvé quelque chose de surnaturel et de divin dans Alexandre. Je suis bien de leur avis ; car , sans recourir aux fobles que l'on a cru être obligé de chercher touchant le secret de sa naissance , afin de justifier une telle opinion, je vois un enfant qui n'a rien que d'homme, ou pour mieux dire, de jeune dieu. II ne veut pas envoyer aux jeux Olympiques, et dédaigne de remporter un honneur que célébraient tous les poètes , et que recherchaient des rois mêmes.
Il ne faisait guère plus d*élat de la puissance de son père ni de la sagesse de ses conseils, quoique ce père fût habile homme , et qu'il entendit à merveille ses intérêts. Cependant son fils se moquait de lui. Ne vous semble-t-il pas, monseigneur , que vous yoyez Jupiter qui fait croire à Saturne que c'est un vieux radoteur, et qui le chasse du ciel ? Alexandre ensuite se propose de détruire le roi de Perse avec trente ' mille hommes de pied seulement et cinq mille hommes de cheval , quarante mille écus pour tout fonds. Il ne faisait pourtant point ces choses ea étourdi , et était très-bien instruit des difficultés de cette entreprise, des fatigues et des périls qu'il lui faudrait essuyer, et dcmille obstacles presque invincibles; le tout pour la gloire, et principalement pour être loué des Athéniens. 11 le dit lui-même au passage d'une rivière: c O Athéniens! pourriez-vous bien croire combien de travaux j'endure pour être loué de vous? >£t puis, que monsieur le prince aille condamner l'amour des louanges ! Je sais ce qu'il me dira : On ne les apprête plus aussi bien qu'on faisait alors : en effet , les batailles qu*il a gagnées , et tous ses autres exploits , nous ont fourni une matière assez ample. L'avons-nous loué comme les Athéniens auraient fait? Que César aussi n'ait été plus ambitieux en sa plus grande jeunesse, on le pent juger par ses premières démarches. Elles tendaient toutes à brouiller l'État, à se rendre chef de parti, à se faire des amis de toutes sortes de gens , jusqu'à
les servir dans leurs passions et dansleurs débauches. Il eût mieux aimé être le premier dans un petit village , que d'être le second à Rome. Je ne dis cela qu'après lui , et ce fut sans exagérer et de l'abondance du cœur qu'il le dit. S'il eut tort ou s'il eut raison , j'en fais juge monsieur le prince. Pour procéder avec ordre dans mon ouvrage, je considérerai premièrement l'adolescence de ces héros, puis le temps de leurs expéditions militaires , et enfin les dernières années de leur vie.
J'ai déjà parlé de l'adolescence de César et de celle d'Alexandre ; et j'ai particulièrement attribuéàce dernier le surnaturel et ledivin ,c'est-è* direlemerveilleux.Maiscommentappellera-t-on ce trait-ci , qui est de César ? En sa plus grande Jeunesse il fut pris par des corsaires. Tant qu'il demeura leur prisonnier, il leur parla comme s'il eût été leur maître. Il les menaça de les faire pendre; au moindre bruit qu'ils faisaient, il leur envoyait dire qu'ils se tussent, et ne l'empêchassent point de dormir. Ils luidemandèrent douze mille écus de rsùiçon , il leur en donna trente mille; et, étant sorti de leurs mains, il défit leur flotte , se saisit d'eux , et les fit pendre en effet. Il y a plus de merveilleux en cela qu'en aucune chose qu'Alexandre ait faute jusqu'à l'âge de vingt ans. Je ne saurais toutefois m'empêcher de reconnaître en la jeunesse de ce prince, et dans son enfonce même , ce surnaturel et ce divin qui l'eût fait tirer du nombre des hommes , sans en excepter César ni monsieur le prince; en quoi , si on y veut prendre garde , je donne plus de louanges à ceux-ci : car quelle merveille y a-t-il que la fortune et l'opH nion des hommes ayant résolu d'en mettre un au-dessus de tous les autres, il profite de ces faveurs , et y contribue du sien ? Mais de parvenir sans ces avantages au degré de gloire où César et monsieur le prince sont parvenus, c'est ce que j'admire , et plus encore en monsieur le prince que dans le Romain. Il y a plus loin de l'état où monsieur le prince s'est vu dans sa première jeunesse; il y a, dis-je, plus loin de cet état à la bataille de Rocroi , et de la bataille de Rocroi à celle de Lens , que de la réputation où était César quand il commença d'avoir une puissante cabale, et d'être suspect aux Romains à la charge de dictateur.
OEUVRES DIVERSES
Pour comparer ces trois personnages selon Tordre que je me suis imposé » ils ont foit voir au sortir de leur enfonce beaucoup de vivacité, de hardiesse et d'esprit : mais , monsieur le prince n*ayant eu aucune occasion d'éclater avant la bataille de Rocroi * , quiconque écrira sa vie (plût à Dieu qu'il m'en crài capable! ) , quiconque , dis-je , écrira sa vie , ne la commencera que par cet endroit ; et ainsi les compétiteurs que je lui donne l'emporteront à l'égard du premier temps. Ce que je trouve de singulier» c'est que tous trois ont eu du savoir , et que la lecture les a occupés plus qu'elle n'a coutume de (aire des gens de leur sorte. Outre le savoir y César eut de l'éloquence. Alexandre et monsieur le prince se sont peu souciés de porter cet avantage aussi haut que Jules César a fait. Alexandre Ta méprisé , lui qui avait Aristote pour précepteur , et qui était fils d'un père fortéloquent. Il voulait tout emporter de force, et eût cru se Faire tort s'il se fût servi d'insinuations ; mais je crains fort que monsieur le prince ne tienne un peu de lui de ce côté-là. Cependant il est toujours beau de pouvoir ré^ gner sur les esprits : cette sorte de domination n'est au-dessousd'aucun prince» quelque grand qu'il soit. Je ne veux pas dire qu'Alexandre ni monsieur le prince aient entièrement négligé le soin des paroles : je dis , sans plus» qu'ils ne les ont pas considérées comme un ornement en la personne d'aucun héros; en un mot, je dis que» selon toutes les dispositions du monde, il n'a tenu qu'à Alexandre d'être éloquent , et il n'a pas voulu l'être. Il se peut foire que la jalousie d'Aristote contre les habiles gens de son temps, ouplutôt les haranguesdesorateurs contre Philippe et contre Alexandre méme^ aient rendu cet art odieux à ce jeune prince. Jules César n'a nullement négligé celte partie : c'est par là qu'il s'est rendu recommandable avant que d'avoir acquis aucune réputation par les armes; et ceux qui s'appliqueront à la lecture de ses Commentaires s'étonneront qu'il ait cultivé sa langue avec tant de soin. On ditqu il en a composé des livres : c'est peut-être pousser trop loin unesemblable occupation. Jedirai» par parenthèse » que Jules César a écrit ses
• Gasnéepar le dnc d'BngUeii, dqmii prince de Coodé^ le 19 nuliea. 00 le dnqulèmejoar dn rtsne de liOttia XIV.
Commentaires comme si c'était on antre que lui qui les eût écrits , et qu'il n'eût pas raconté ses propres guerres; plus louable encore que Thucydide, qui ne laisse découvrir à personne s'il est d'Athènes ou s'il est de Lacédémone : car il est plus malaisé de cacher Tamoar que l'on a pour soi que celui que l'on a pour sa patrie. Les Mémoires de"** et ceux de M. de Bassompierre * sont bien éloignés du caractère de ceux de Jules César. Enfin ce Romain a excellé en trois choses principales, la politique, l'art militaire» et l'art de bien dire. Il a même plaidé des causes. Cela nelui était pasplus séant qu'à notre Hercule gaulois de se servir du discours aussi bien que d'une massue. On le peint avec des chaînes qui lui sortent de la bouche» comme s'il eût entraîné les hommes par ses paroles. C'est un équipage qui m'a étonné plus d'une fois ; et si votre altesse y veut foire réflexion , je crois qu'elle s'en étonnera aussi. Je ne me serais jamais avisé de proposer à l'éloquence un dieu comme Hercule » et encore moins un Gaulois : ce sont des disconvenances qui me donnent envie de chercher ce qui en est répandu dans les livres.
Pour revenir à mon parallèle , le merveilleux d'AI( xandre dans sa jeunesse n'exclut pas celui de César , et encore moins celui de monsieur le prince , lequel je fois consister en ce que d abord le talent qu'il a pour la guerre s'est fait connaître. Les habiles gens de ce métier, à voir comme il s'y prenait, ont jugé parla de ce qu'il a fait depuis; je l'ai ouï dire à quelqu'un d'eux , et plus d'une fois. Je laisserai pourtant Alexandre en possession du privilège que tout le monde lui attribue : car d'entreprendre à vingt ans la conquête de l'Asie avec aussi peu de troupes qu'il en avait, et ne vouloir démordre d'aucune chose, cela ressemble assez à Achille ; aussi se proposait- il de l'imiter. César hésita beaucoup davantage dans l'entreprise de se rendre maître de Rome» quoiqu'il dispo-
* François de Banompierre. marédial de Fnooe, né le «a aTril 1579. mort le 12 ocU4in 1646. Il a composé des MémtH»^. I66S, trois TOlumes in-ia. «tdes ObgervatUmt sur les riçnes des rois Hmri If^st LouU XtlL ■ Baaumpiem, ao JuR»c ment d'AiMpieta, dit les dioses comme 0 les a vnei. ctilln ■ a Tues comme il était affecté. On peut conclura de set ouTia- • (tes qu*nn courtisan en proie à set haims. à set aniUéi. et à
« ses préventions, écrirait fort mal rkiHolR. > (r/nli^c «te €abin£i, 1 1. p. nviQ.)
OPUSCULES EN PROSE
8ât de quantité. d'excellentes troupes, qu'elles lui fussent affectionnées à un point qu'il en pouvait tout attendre y et qu'il eiit déjà gagné un nombre infini de batailles. Il fit des propositions d'accommodement, ayant un parti formé» et sachant qu'au bruit de sa marche chacun s'enfuyait de Rome. Alexandre , dénué de ces avantages, n'eût pas marchandé pour passer le Rubicon ; et c'est en partie cette hardiesse qui lui a fait attribuer le surnaturel et le merveilleux. Cette qualité n'éclate pas moins dans les premières actions de monsieur le prince. Vérita-, blement il s'est rencontré des occasions oit il n'a pas tant donné à la fortune que le prince de Macédoine. Celui-ci a entrepris beaucoup de choses qui semblaient au-dessus de son pouvoir, et en est venu à bout; et monsieur le prince est louable def n'avoir pas toujours entrepris iopt ce qu'il pouvait. Je ne parle point des occasions particulières que la guerre lui a fournies; comme il n'en était pas toujours le maître, on n'a rien à lui imputer sur ce sujet.
A l'égard de ses deux rivaux , il serait à souhaiter que leurs projets eussent été aussi légitimes qu'ils ont été bien conduits. Alexandre avait un prétexte assez honnête quand il passa dans la Perse ; il voulait venger les Grecs et contenir les Barbares. Hais qui l'obligea de pas* ser aux Indes, qu'une ambition insatiable? Pourquoi troubler le repos d'une nation qui ne lui en avait donné aucun sujet , et qui faisait un meilleur usage que lui des bienfaits de la nature ? Encore n'a-t-il pas détruit sa patrie , ce que Ton reproche à César.
Je m'amuse ici à balancer le droit et le tort que ces conquérants ont eus , comme si c'était de ces choses-là qu'il s'agît entre des gens de leur caractère. On ne regarde pas s'ils sont justes , on regarde s'ils sont habiles ; c'est assez même qu'ils soient heureux : on les loue alors. Quand le succès manque à quelqu'une de leurs entreprises , tout le reste a beau s'y trouver, le peuple le blâme sans l'examiner, et les sages l'examinent à la rigueur. Ces réflexions m'ont écarté du merveilleux que je donne à Alexandre , et dont je ne prive pas les deux autres : en sorte pourtant que je penche un peu plus vers le Macédonien que vers le Romain; sauf le jugement que votre altesse en fera , car le
merveilleux vous est familier, et mille fois plus connu qu'à nous autres poètes, encore que nous nous piquions de l'employer dans nos poèmes.
Si on me demande auquel des trois je prétends donner jusque-là la préférence , je dirai que, dès l'abord, mon intention n'a été que de prononcer entre ceux qui ne sont plus. On en peut parler comme on veut : ce sont les gens du monde les plus commodes. Pour les vivants, il faut prendre garde avec eux à ce que l'on dit. Que si par hasard (comme toutes choses peuvent arriver ) j'allais mettre monsieur le prince au-dessus des autres , je lui attirerais trop d'envie , et offenserais la délicatesse qu'il a sur le fait des panégyriques. De le faire marcher le dernier, il en aurait du dépit. Je ne lui dirai jamais en face : Vous êtes plus grand qu'Alexandre ; et lui dirai encore moins : Alexandre doit être mis au-dessus de vous. Le plus sûr est de laisser la chose indécise à son égard. Mon avis est donc que la jeunesse d'Alexandre a quelque chose de plus héroïque que celle de Jules César. Véritablement, si dans les premières années de celui-ci tout ressemblait à cette hauteur avec laquelle il traita les corsaires qui l'avaient piîs , je lui donnerais le premier rang : cela n'étant pas , je me laisse emporter au surnaturel que l'on attribue à l'autre.
Il se peut faire que dans la suite je balancerai davantage. Alexandre agit d'abord pour de plus grands intérêts. Toute la terre y prend part. Il n'est pas jusqu'à l'Écriture sainte qui n'en fasse mention , et qui ne représente le monde entier attentif et dans le silence devant ce prince. In cujus compectu terra iiltùt. Encore aujourd'hui l'Orient est rempli du bruit de son nom et de ses conquêtes; elles vont fonder des empires au delà du Gange * ; tout cela avec une rapidité inconcevable , et comme si les dieux lui eussent envoyé la science de conquérir. Démosthène l'avait appelé enfant. 11 lui fit dire qu'il était passé à l'adolescence en passant par la Thessalie , et qu'on le trouverait homme fait devant les murailles d'Athènes. Monsieur le
* Akundn pénétra dans rinde Jnaqa'au ddà do fleuve lodos; mais Q n'alla point Jusqu'au Gange. Ce fut Séleocœ Nica. (or. on de ies suooeMenn, qui parvint Jniqo'à ce fleure s na'i U ne fonda point d'empire tur tes rivet ; il établit MQlenieBt des relations oommerciaics arec les rldies contrées qaH arroseei la Perse, par le moyen de son alliance avec Sandtocottos.
ŒUVRES DIVERSE»
prince ne loi en doit guère pour ce point-là. Il n*y a point non plus de différence entre les premières et les dernières années de guerre dans la vie de Jules César. Ceux des juges qui lui seront favorables dans le différend dont il s'agit diront qu'il était aisé à Alexandre de vaincre les Perses , gens efféminés et ignorants aux combats. S'ils avaient été aussi bons soldats que les Macédoniens , comme ils étaient vingt contre un , je pense bien que la chose se serait tournée autrement ; mais» outre qu'il y avait de la hardiesse à l'entreprendre » il y a aussi du bon sens et de la conduite à l'exécuter. Elle ne s'est pas feite d'elle-même. Il a fallu donner trois grandes batailles dans la Perse , sans parler de celles des Indes y plus glorieuses encore que les autres , et de quantité de combats particuliers à travers un nombre infini de difficultés, de fatigues et de périls. Du côté de César les batailles ont été en plus grand nombre et plus contestées , les dangers aussi fréquents, la valeur égale, et l'habileté dans la guerre bien mieux marquée. Tout cela se trouve dans monsieur le prince avec avantage. Ajoutez-y qu'il a quelquefois commandé de mauvaises troupes, et que la fortune ne lui a pas toujours été favorable. La bataille de Lens , la retraite de devant Arras , et cent autres choses de cette sorte , passeront dans tous les siècles pour les chefs-d'œuvre de ce métier. Je ne parle point des campements et des mar^ ches , bien qu'en cet article seul je trouve de quoi donner à monsieur le prince , je n'oserais dire la préférence , encore que j'en sois tenté , mais la concurrence du moins ; et en cela je crois être un loueur modeste. Une chose fait pour Alexandre, c'est qu'il a formé je ne sais combien de capitaines, qui ont tous été de véritables Césars. On me dira que, par leurs conseils et avec leur assistance , il a exécuté les merveilles que nous lisons ; mais, si on y veut bien prendre garde , on confessera que toute l'action roulait sur lui. II y a eu des occasions où on l'a pu accuser de témérité , et en ce cas-là j'aurai recours au surnaturel. Ce seul mot justifiera ce qu'il fit en se précipitant d'un rempart dans une ville, sans prendre garde s'il était suivi. Les témoignages de valeur qu'il y rendit vont au delà de toute imagination , et méritent bien
excuse justifiera je ne sais combien de blessures qu'il se serait épargnées s'il avait voulu. Elle justifiera encore l'envie qu'il a eue de passer une rivière sur son écu , faute de savoir nager. Les héros se laissent emporter à la chaleur du combat. Cela n'est-il pas arrivé quelquefois à monsieur le prince? Quand la témérité est heureuse, elle met les hommes au nombre des dieux. On me répondra que celui de qui dépend le salut de toute une armée ne doit jamais devoir le sien propre à un bienfait du hasard. Toutes ces cho6e&-là ont deux faces, aussi bien que la plupart de celles que nous louons ou que nous blâmons tous les jours. On peut disputer de part et d'autre tant qu'on voudra.
Pour en revenir au jugement que j'ai résolu de fiiire , ce que César exécuta dans les Gaules n'était peut-être pas d'un si grand édat que la délaite de Darius , et peut-être aussi était-il plus difficile , et par conséquent plus glorieux ; mais dans la bataille de Pharsale on rencontre tout ce qui peut mettre un homme au suprême degré de la gloire. Les guerres d'Afrique qui l'ont suivie ne sont guère moins fameuses , et ne méritent pas moins de louanges. Que si on considère le fruit de ces entreprises , se rendre nuiftre de Rome était encore un plus grand événement que de détruire les Perses ; mais c'était aussi une chose plus odieuse. Je m'arrête trop de fois à un scrupule que les conquérants n'ont guère. Ainsi je donnerais volontiers l'avantage à Jules César, en ce qui regarde ce second temps; et, si monsieur le prince voulait le lui contester, je m'y trouverais si embarrassé que je jetterais au sort, ou aurais recours à quelque orade. Ne pourriez- vous point m'en servir? Je vous ai toute ma vie entendu appeler ainsi, et lors même que vous n'étiez qu'un enfant; et, comme on s'en rapporta à cdui de Delphes sur le différend du trépied qui devait être donné au plus sage , je suis d'avis que vous prononciez entre ces héros sur la préférence qui dcMt être donnée au plus grand.
Puisque je vous ai constitué jugedu diflferend , vous considérerez , s'il vous plaît , en faveur de mon^ur le prince, comme je l'ai déjà dit (car on ne pent trop le répéter), que la fortune a toujours mené ses deux rivaux par la main , et
qu'on lui pardonne cette imprudence. La même i lui a été souvent opposée ; qu'il n'a été maftre
OPUSCULES EN PROSE
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ni de Targent ni des troupes dont il s'est servi ; qu*îl a eu à combattre d'habiles gens et de vaillants hommes, au lieu que les Perses étaient imbéciles, les Gaulois courageux et forts à la vérité, mais sans expérience à la guerre ; que César a eu les meilleures troupes du monde, et les plus affectionnées à leur capitaine. Yérita* blement il a en aussi des Romains en tète , et leur a (ait voir qu'il était le plus vaillant et le plus habile de tous les Romains. Il y a encore une chose en quoi Alexandre l'emporte sur les deux autres ; c'est qu'il a acquis en moins de temps qu'eux cette gloire si éclatante.
Je ne m'arrêterai pas davantage sur ce second temps de leur vie : il faut passer au troisième, et regarder quel usage ils ont fait de leur gloire et de leur grandeur ; il (aut , dis-je , regarder comme leur carrière s'est achevée.
Alexandre a soutenu jusqu'au bout ce surnaturel et ce divin qui le distingue des autres hommes. Notre monde est à la fin trop petit pour le contenir. On lui dit qu'il y en a d'autres ; cela le fait soupirer de ce qu'il n'était pas encore le maître de celui-ci. Il n'y a pas moins d*excè8 dans sa colère que dans les marques de son amour. Il tue son ami, et fait bâtir une ville à la mémoire de son cheval. Il est vrai que le meurtre de cet ami se peut excuser. Plutarque fait mention d'un incident qui doit noircir davantage la mémoire de ce prince : c'est un manque de parole à certaines troupes qui s'étaient accommodées avec lui sous certaines conditions ^ La débauche et la flatterie de ses courtisans , ou plutôt son propre tempérament , ne sont pas seulement coupables de ce qu'il fit pour punir Clitus; on voit en mille autres actions qu'il porte tout dans l'excès. Il fit brûler le palais des rois de Perse sur la proposition qu'en avait fixité une courtisane , et prit cette résolution dans la chaleur d' un repas , sans considérer
* On Yolt que ta Footalne ne se reoouTeDait qu'fanpatfaUement du fiiit rapporté par Plutarqne. Le conquérant macédonien, après aToif accordé la paix à nue Tille indienne, retourna •ar les pas, entra dans cette Tille, et en lit massacrer tons les haMtants. • C'est ta seule tache, dit Pintarque, qui ternit les
• exploits d'Alexandre ; d'ailleurs il fit ta guerre en roi, et con-
• fonnémentaux lois. » Arrien. pins véridique, ne dissimule pas les inclinatioos d*Alexandre pour les exécutions injustes et sanguinaires. Voyex Plutarcb.. ru. Ji€x.,p, SO: Arrien, 1. VI, cb. XVII. et I. VII, cb. it; et Sainte-Croix, Examen du hisUh rient d'Jleaandre t p SUS.
davantage Persépolis. Quelques-uns de nos débauchés en ont fait autant à l'Échelle du Temple. Les provinces entières sont ses présents. D'un jardinier il en fait un roi. Il tâche à se persuader à lui-même qu'il est fils de Jupiter; et, contraint par ses soldats de retourner en arrière et d*abandonner certains pays, il fait laisser des brides et des mangeoires pour les chevaux beaucoup plus grandes qu'à lordinaire , afin de passer pour quelque dieu qui commandait à des géants, lui qui était d'une taille au-dessous de la médiocre : tout cela par une vanité aussi ridicule qu'était celle de Néron , qui se fit tailler en colosse , et se crut bien grand quand il eut fait foire de lui une statue de cent pieds de haut. Voilà de l'ostentation et du feux que je pardonne à Néron , qui n'avait point de véritable mérite ; mais , dans Alexandre, cela m'étonne. Il était assez terrible d'ailleurs, sans qu il eût besoin de recourir à ces artifices. Sa simple statue fit frémir après sa mort; Gassander, qui à cet aspect se souvint de queDe manière il l'avait autrefois menacé, en trembla. Je croirais assez que celle de monsieur le prince pourrait produire de ces effets.
Enfin , selon l'idée du divin que j'ai d'abord établie , et par laquelle je considère simplement cette qualité comme quelque chose au-dessus de l'homme , soit à reprendre , soit à louer, Alexandre y a répondu parfiaitement. Que si je veux étendre cette même idée, je trouverai aussi du divin dans la clémence de Jules César. Y a-t-il rien qui approche plus près des dieux que de conserver les hommes? Il ne veut point ôter b vie à Brutus , quelque avis que l'on lui donne que ce Romain conspirera contre lui. Il pardonne à Ligarius sur une harangue de Cicéron , comme s'il n'eût pu résister à l'éloquence de cet orateur; car il avait apporté, dit-il, un arrêt de mort. Quant à moi , je crois qu'il voulut gratifier l'avocat et le criminel, et accompagner son bienfeit d'une double grâce. Pouvait-â se laisser surprendre à des charmes qui lui étaient si connus et si familiers? Alexandre s'est montré humain en plusieurs occasions. Il ne fisiut que voir comme il traita la mère et la femme de Darius. Je doute fort que César eût regardé celles-ci des mêmes yeux. Il ne manque rien â l'honnêteté du prince de Ma<^oine. Sdpion
ŒUVRES DIVERSES
renvoya, ayant pris Carthage , une jeune et belle princesse à son fiancé. C'était sa captive , il en eût pu faire ce qu'il eût voulu ; mais en la rendant il évitait une occasion continuelle de succomber, au lieu qu'Alexandre garde Statira dans son camp , et en la gardant il se lait même un scrupule de la voir et de donner à Darius le moindre soupçon. Non-seulement il a eu de l'humanité, il a aussi eu de la tendresse. Antipater lui ayant écrit une lettre contre Olympias, il dit à ceux qui la lui avaient présentée : c Antipater ne sait pas qu'une seule larme de c mère efiace dix mille lettrescommecelle-là. > Qui ne sait que monsieur le prince est un père à adorer, et outre cela patruus pcuruissimus i f Je serais seulementçurieux desavoirs'il pleure , et encore plus curieux de le voir en cet étal-là : non qu'Achille n'ait pleuré abondamment , et que cela n'arrive aux héros avec bienséance. On reproche à Alexandre d'avoir fait mourir Parménion, qui ne trempait pas dans le crime de son fils, et à qui il avait de grandes obligations ; mais il y eût eu du danger à le laisser vivre. C'était un homme qu'il devait craindre , et pour la capacité et pour la puissance. Si monsieur de Guise n'eût point pardonné à Gennare Annèse ^, les malheurs qui lui arrivèrent par la trahison de cet homme ne lui seraient peut-être pas arrivés. Quelques gens ont voulu justifier celle foute, et ont dit qu'il y avait de la prudence à user d'humanité el de grandeur d'àme en cette rencontre ; qu'elle acheva de lui gagner les esprits; qu'elle fut suivie d'acclamaiions et de louanges sur l'heure même; qu'on n'en a pas moins eslimé ce prince, tout malheureux
* Onde , et oncle très-clier. PeUi'UiisimuM est on sopertatif qnine se troa?e que dans Plante, Pœnulus, acte v, scène iy, ▼en 24 et 28. Le mot palruuâ était chez les Romains synonyme d'iiomme sévère ; mab ce n*eat pas dans ce sens que la Fontaine l'entend ici. Le prince de Cnndé était très-bon et très-tndulgent pour ses deux neveux les princes de Conii; il avait surtout une alTection toute particulière pour le plus Jeune , Fraoçois-Lonis, pritrede la Roche^ur-Yon.
* Gennaro Annèse, simple armurier, fut le suooeaeor de Malaniello dans le commandement des révoltés de Naples, en 1647 et en I64S. U avait lui-même déterminé les Napolitains H appeler Henri de Lorraine, duc de Guise : mais bientôt 11 ne voulut pas le reconnaître pour son supérieur : il le trahit . et aima mieux traiter avec les Espagnols. Ceux-ci, lorsqu'ils furent maîtres de Naples, firent périr sur l'échabud les chels des révoltés. et Gennaro Annèse fut exécuté un des premiers. Nous avons un •xemplaire des Mémoires de Guise avec la signature de la Fontaine ; ce qui prouve qu'il les avait lus.
qu'il s'est vu depuis. Mon sentiment est qu*fl devait pourvoir à sa gloire de telle sorte qu'il pourvût aussi à sa sûreté, et à celled'un peuple qu*il aimait tant * • J'en reviens à dire que la plupart des choses ont deux faces, Charles Stuart a empêché de tout son pouvoir qu'on n'ait cherché les conspirations qui se faisaient contre lui. Il ne voulait point qu'on punit les conspirateurs : par làilseJfitaimer,etnesefitpasassezcraîndre.
Quoi qu'il en soit, César eût pu pardonner à Brutus sans mettre sa propre vie en danger. Sa clémence lui nuisît moins qu'une autre faute qu'il fit. Je tiens celle-ci plus grande que toutes celles du prince de Macédoine, et d'une conséquence tout autre que de se faire appder dieu , ce qui déplut aux Macédoniens et aux Perses. C était une bien plus grande sottise i César de se faire appeler roi. Les Romains lui eussent plutôt érigé des temples qu ils ne lui eussent laissé prendre le diadème. Cependant Cromwell est aussi tombé dans cette erreur, tout habile qu'il éuiit. Ne suffisait-il pas à l'un et à l'autre d'avoir l'essentiel de la royauté , sans en affecter aussi les apparences , qui ont pensé perdre Cromwell, et qui ont été cause de la mort de Jules César? Pauvres gens! de courir après le nom quand la chose leur devait suffire! Si d'ailleurs ils ont abusé de leur fortune , et que par là Alexandre se soit attù^ les reproches de Callisthène, je dis que le philosophe eut plus de tort que le roi. C'est à la fortune qu'il s'en faut prendre , et non pas à ceux qu'elle prend plaisir à corrompre. Savons-nous ce que monsieur le prince aurait fait s'il avait été en leur place? La modération est une vertu de particulier et de philosophe, et non point de majesté ni d'altesse. Mais j'ai tort de me défier de la sagesse de monsieur le prince : son séjour à Chantilly en fait voir assez pour ne pas donner à croire qu'il fût tombé dans les fautes qu'ont feites les autres , s'il fut parvenu au même degré de fortune.
Avant que je parle de Chantilly, voici le ju-
* Le duc de Guise eût socoombé daoa son enfreptiae. Ion même qu'A se serait détail de Gennaro Annèse. La France raba» donna, et.Maurin même intrigua contre lui. Tandis que l'Bspagne envoya don Juan d'Autriche pour vlce^oi . et ne le litaa manquer ni d*arsent ni d'hommes ; tt réunit la ftlémeace et l'adresse à ces puiasanu moyens, et ses uiooès devinrent inlaiili> Ues. Voyei U. le comte Paitoret : U due de GhIm é N&pUr, on Bf Moires sur tes révoiulioms de ce rwycuiNie, f liB; ln«% p. 226 el 274.
OPUSCULES EN PROSE
(ement que je fais en gros des trois personna- , ges qoe ^introduis sur la scène. Jules César est un homme qui a eu moins de défauts et plus de bouies qualités qu'Alexandre. Par ses défouls mêmes il s*est élevé au-dessus de l'homme : que Ton juge de quel mérite ses bonnes qualités pouvaient être! Monsieur le prince participe de tous les deux. N'est-il pas au-dessus de l'homme à Chantilly , et plus grand cent fois que sesdeux rivauxn'étaientsur le trône? Il y a mis à ses pieds des passions dont les autres ont été esclaves jusqu'au dernier moment de leur vie.
Charles-Quint a toujours tourné les yeux du côté du monde, et ne l'a quitté qu'en apparence; Dîoclétien , par un pur dégoût ; et Scipion , par contrainte. Monsieur le prince , sans y renon* cerentièrement» trouve lesecrct de jouir de soi. 11 embrasse tout à la fois et la cour et la campagne, la conversation et les livres, les plaisirs des jardins et des bâtiments. 11 fait sa cour avec dignité; aussi la foil-il à un prince qui mérite qu'on la lui fasse , et qui en est plus digne qu'aucun monarque qui ait su régner. C'est ce que Louis XIV sait bien faire ; il n*est pas jusqu'à la fortune qui n'en convienne. Monsieur le prince n'a pas de peine à rendre ce qui est dû à une puissance et à un mérite si élevé. Il y a de la grandeur aussi bien que de la sagesse à s'acquitter de bonne grâce d'un pareil devoir, et plus de grandeur qu'à y résister. Si on lisait dans le cœur du maître, je crois que l'on y verraitqu'il estime plus les hommages de monsieur le prince que ceux que lui pourrait rendre tout le reste de l'univers.
Je m'ingèro de raisonner sur des choses qui sont au-dessusdemoi. L'imagination des poêles n'a point de bornes ; la mienne pourrait m'emporter trop loin. Il faut donc que je finisse ce parallèle , après avoir donné à monsieur le prince l'avantage du dernier temps. Alexandre s'y comporta comme un homme que la bonne fortune et la gloire avaient achevé de gâter. Jules César a des traits d'humanité et de démence. Mais j'ai peine à lui pardonner deux fautes : Tune, de ne s'être point encore assez défié de Bnitus; l'autre, de s'être laissé présenter le diadème et d'avoir fait une tentative si périlleuse : car , quant à l'amour de Qéopâtrc, je trouverais les grands personnages bien
malheureux s'ils étaient obligés de ne vivre que pour la gloire. J'estime autant la conquête de celte reme que celle de TÉgypte entière. Du tempérament dont César était , il en devait devenir amoureux; c'est une marque de son bon goût. Je le loue d'avoir été formarum speciaior elegans. Votrealtessesérénissime refuserait-elle cette louange? Je ne le crois pas. Il suffit qu'on traite ces choses d'amusement, et qu'elles ne détournent pas un grand personnage de son chemin. Alexandre et monsieur le prince en ont usé de la sorte. Je pourrais tirer mes exemples de plus haut , et alléguer Jupiter. Quem deum * ? Tiendriez-vousà honte de l'imiter? Jules César a donc pu le faire. Je souhaiterais seulement que sa passion ne l'eût point rois en un danger aussi grand que celui où il se trouva. Je souhaiterais encore, pour le bien universel de tous les peuples d'alors , qu'il eût été aussi superstitieux et aussi adonné aux devins et aux songes que l'était le prince de Macédoine ; il n'aurait pas été au sénat se livrer à ses ennemis. Je conclus de là que la défiance est bonne quand on est au suprême degré de la fortune. Dans ce chemin 'je conseille la confiance; et après les réflexions, dicenda tacenda loculus. Je vous supplie d'agréer ce petit ouvrage , aussi bien que les assurances du profond respect avec lequel je suis , etc.