‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 665 sur 723 · CONSIDÉRATIONS SUR LES DIALOGUES DE PLATON · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LES DIALOGUES DE PLATON

POUART

L'AVERTISSBUENT DU EECUEIL QUI A POUB TITBK t

Ouoraçft de frou et de foésU deg ikur$ de Uaucroijf

et de la Fomtaine ,

IMP11SÉ8 A PABIS IH ISSB*

L'assemblage de ce recueil a quelque chose de peu ordinaire. Les critiques nous demande*

* La Footaloe tait ici aUasion aux amoan de Umii XIV.

* GeUe pbraw est teUement brouillëe dam la copie de l'anteur. <iae ïoa n'a pa U bteo décbilficer. {/ioUdêVédiimr

■ Ce Ulre a été idooté par nous. Ce moroeau. dam le recueiL ne porte pas d'autre Utre qne odvàâ^acertUsement, Bayle ealimaitbeiiiooapoea léHexioai, et a dit quelque paît que notre poète a?ait mleos ooncu requit dani lequel Platon a écrit, que

beaucoup d'érudili.

« Piene Mortier, libraire à Amalerdam. fit imprimer en I6M

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OEUVRES DIVERSES

ront pourquoi nous n'avons pas fait imprimer à part des ouvrages si différents : c'est une ancienne amitié qui en est la cause *. Je ne justifierai donc point par d'autres raisons le dessein que nous avons eu ; et, sans m'arréter non plus à mes poésies , qui ne sont pas assez importantes pour faire dessus des réflexions , je passe d'abord au second volume de ce recueil ^. Le traducteur y fait dans une préface le parallèle de Démosihène et de Qcéron, et n'a rien omis de ce qu'il était à propos de dire sur ce sujet. Comme il n'a point parlé de Platon , c'est à moi de toucher légèrement ce qui concerne ce philosophe y non pas tant pour le louer (il faudrait que j'eusse ses grâces) que pour aller au-devant des objections que les gens d'aujourd'hui lui pourront faire.

Ceux qui simplement ont oui parler de lui , sansavoir aucune connaissance ni de ses œuvres ni de son siècle , s'étonneroniqu'un homme que l'on traite de divin ait pris tant de peine à composer des dialogues pleins de sophismes, et où il n'y a rien de décidé la plupart du temps. Ils ne s'en étonneraient pas s'ils prenaient l'esprit des Athéniens, aussi bien que celui de l'Académie et du Lycée. Bien que la logique ne fût pas encore réduite en art , et qu'Aristote en soit proprement l'inventeur , on ne laissait pas dès lors d'examiner les matières avec quelque sorte de méthode , tant la passion pour la recherche de la vérité a été grande dans tous les temps; celui où vivait Platon l'a emporté en cela par-dessus les autres. Socrate est le premier qui a fait connaître les choses par leur genre et leur différence. De là sont venus nos

un recueU qui porte le même titre que celni-ci. maii qui est différemment oompoié. En effet, le premier volume renferme leg tradactiont des discours de Démostbéne et de Clcéron , et des dialogues de Platon, qui forment le tome II do recueil de Paris de 1685. La préface de François de Maucrotx se trouve en tête de ce volume, et l'avertitsement de la Fontaine est après cette prébce. Le second volume contient d'abord tout ce qui se trouve dans le premier dans l'édition de I6S5, et ensuite tout ce qui est dans le volume publié en 1682 par la Fontaine en son nom seul , et intitulé i Poëfne du Quinquina, et auîreg ouvrages en vert,

' Sur ce qui concerne de llancroix , voyez sa Vie, que nous avons donnée dans Téditlon de ses poésies . et VHUtoire de la Heeides (morage$ de la Fontaine, troisième édition, f824 p.2S.

• L« premier volume ne renferme que des poésies de ta Fontaine, et 11 n'r a rien de François de Maucroix (dans le second il n'y a de la Fontaine que cet avertissement.

univer8aux,et oe qoenons appelons idées de Platon * ; de là est venue aussi h oonnaissanœ de chaque espèce ; mais , comme le nombre en est infini , il est impossible à ceux qui examinent les matières à fond d'en venir jusqu'à la dernière précision, et de ne laisser aucun doute. Ce n'était donc pas une chose indigne ni de Socrate ni de Platon de chercher toujours, quoiqu'ils eussent peu d'espérance de rien trouver qui les satisfit entièrement. Leur modestie les a empêchés de décider dans cet abime de difficultés presque inépuisable. On ne doit pas pour cela leur reprocher l'inutilité de ces dialogues : ils faisaient avouer au moins qu'on ne peut connaître parfaitement la moindre chose qui soit au monde; telle est l'intention de son auteur, qui l'a présentée à notre raison comme nne matière de s'exercer , et qui l'a livrée aux disputes des philosophes.

Je passe maintenant au sophisme. Si on prétend que les entretiens du Lycée se devaient passer comme nos conversations ordinaires , on se trompe fort : nous ne cherchons qu'à nous amuser; les Athéniens cherchaient aussi à s'iostruire. En cda il faut procéder avec quelque ordre. Qu'on en cherche de si nouveaux et de si aisés qu'on voudra , ceux qui prétendront les avoir trouvés n'auront foit autre chose que déguiser ces mômes manières qu'ils blâment tant. 11 n'y en a proprement qu'une , et cellelà est bien plus étrange dans nos écoles qu'elle n'était alors au Lycée et parmi l'Académie. Socrate en faisait un bon usage, les sophistes en abusaient : ils attiraient la jeunesse par de vaines subtilités qu'ils lui savaient fort bien vendre. Platon y voulut remédier en se moquant d'eux , ainsi que nous nous moqucms de nos précieuses , de nos marquis , de nos entêtés, de nos ridicules de chaque espèce. Transportons-nous en ce siècle-là, ce sera d'excd-

1 Selon Platon, il n'y a qu'une seule et unique %da ponrefaa> que genre ; elle en constitue Tessenoe; elle repi^seolr toutes les espèces et tous les individus. Les sens ne nous pnfsentrac que ce qu'il y a de particulier eC d'individnri ; lentendemnit, ce qu'il y a de commun et de général. L'idée est la fonne et le prototype des chosee; elle est simple, immatérielle, alfrancbie de toutes les conditions de l'étendue, de l'espace. Les idéts ti \tAifna^es sensibles n'ont point la même origine; les idt'es stmt indépendantes de l'expérience, et par conséquent inn^, cV-st- À-dire. placées dans l'esprit immédiÉteraent par Oieo pour servir de principes à nos oonnaisBanoea.

ÉPITRES DÉDIGATOIRES

lentes oomédies que ce philosophe nous aara données tantôt aux dépens d'un feux dévot « d'un ignorant plein de vanité, d'un pédant : voiJà proprement les caractères d*Eutyphron , d'Hippias, et des deux sophistes. Il ne faut point craire que Platon ait outré ces deux derniers ; ils portaient le sophisme eux-mêmes au delà de toute croyance, non qu'ils prétendissent faire autre chose que d'embarrasser les auditeurs par de pareilles subtilités : c'étaient des impertinents , et non pas des fous ; ils voulaient seulement fisûre montre de leur art, et se procurer par là des disciples. Tous nos collèges retentissent des mêmes choses. 11 ne faut donc pas qu'elles nous blessent, il faut au contraire s en divertir, et considérerEuthydemus etDionysodore comme le docteur de la comédie, qui de la dernière parole que l'on profère prend occasion de dire une nouvelle sottise. Platon les combat eux et leurs pareils de leurs propres armes , sous prétexte d'apprendre d'eux : c'est le père de l'ironie. On a de la volupté à les voir ainsi confondus. Il les embarrasse euxmêmes de telle sorte qu'ils ne savent plus ou ils en sont , et qu'ils .sentent leur ignorance. Parmi tout cela leur persécuteur sait mêler des grâces infinies. Les circonstances du dialogue, les caractères des personnages , les interlocutions et les bienséances ; le style élégant et noble, et qui tient en quelque foçon de la poésie : toutes ces choses s'y rencontrent en un tel degré d'excellence, que la manière de raisonner n'a plus rien qui choque : on se laisse amuser insensiblement comme par une espèce de charme*. Voilà ce qu'il faut considérer là-dessus : laissons-nous entraîner à notre plaisir, et ne cherchons pas matière de critiquer : c'est une chose trop aisée à faire. Il y a bien plus de gloire à Platon d'avoir trouvé le secret de plaire

* Malgré cette appréciation si Juste et al bien exprimée du Défile de Platoo , Perrault osa . daus son poème intitulé le Siéde de LomU le Grand , prononcer, dans une des séances de TAcadéoie française, le Zf janvier I6B7, le Jugement suivant sur le philosophe grec i

Platoo, qui foldltln da temps de nos aloaz, Cofomence à derenlr qualquafol* ennoyeu : En Tain «on traducteur*. pirllnD de l'anllque. En coiuerre la grire et tout le ael alllqne; Dm lectcor le ploa Ipre ei le plut rèiola Dn dlalogoe enUer ne Morolt Aire la.

' M. Pabbé de Maucroli. ( IMâ *i PemmU^

dans les endroits mêmes qu'on reprendra ; mais on ne les reprendra point si on se transporte en son siècle.

J'ai encore à avertir d'une chose qui regarde l'oraison contre Verres. Mon ami , voyant qu'il n*y a de péroraison ni d'exorde qu'au commencement et à la fin des Verrines , qui toutes en« semble ne font qu'un corps , et que celle-ci ne devait pas être considérée comme une œuvre à part , et qui aurait eu toutes ses parties, il n'en a pas voulu traduire la fin , qui ne contient que des formalités de justice, et n'est pas si agréable que ce qui précède. C'est ce que j'avais à dire pour prévenir ces objections, que peut-être on ne fera point. Nous laissons le reste au jugement du lecteur.

ÉPITRES DÉDIGATOIRES

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