‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 666 sur 723 · EN · texte numérisé non relu

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Monseigneur ,

Je n'ai pas assez de vanité pour espérer que ces fruits de ma solitude-vous puissent plaire : les plus beaux vergers du Parnasse en produisent peu qui méritent de vous être offerts. Votre esprit est doué de tant de lumières, et fiaût voir un goût si exquis et si délicat pour tous nos ouvrages , particulièrement pour le bel art de célébrer les hommes qui vous ressemblent avec le langage des dieux , que peu de personnes seraient capables de vous satisfaire. 'Je ne suis

• Ce sont seulement odlei qui se trouvent au-devant des racneits qui ont d<i être autrement distrlboés. Lee autres ép! tra dédicatoires de la Fontaine sont en tète de tes différents ouvii» 908, et où lui-même les a placées.

s Cette épitre dédlcatolre se trouve en tête du beau manuscrit dn poème à'/id<mU de la Fontaine, écrit par le flameui caliigraphe Jarry en 1758. Nous avons bit imprimer ce manuscrit en Janvier 1S25, à cinquante exemplaires, d'après une copie exacte que nous avons acquise à la vente de tf. Chardin en lévrierlS24.

ŒUVRES DIVERSES

pas de oe petit nombre , et je me serais contenté , monseigneur , de vous révérer au fond de mon âme , si le zèle que j*ai pour vous eût pu souffrir des bornes si étroites et garder un silence respectueux. Certes votre mérite nous réduit tous à la nécessité d'un ciioix bien difficile ; il est malaisé de s'en taire, et l'on ne saurait en parler assez dignement. Car, quand je dirai que l'État ne se peut passer de vos soins, et que les ministres de plus d'un règne n'ont point acquis une expérience si consommée que la vôtre; quand je dirai que vous estimez nos veilles, et que c'est une marque à laquelle on a toujours reconnu les grands hommes; quand je parlerai de votre générosité sans exemple , de la grandeur de tous vos sentiments, de cette modestie qui nous charme; enfin quand j'avouerai que votre esprit est infiniment élevé, etqu'avec cela j'avouerai encore que votre ame l'est davantage que votre esprit , ce seront quelques traits de vous à la vérité, mais ce ne sera point ce grand nombre de rares qualités qui vous fait admirer de tout ce qu'il y a d'honnêtes gens dans la France. Et non-seulement, monseigneur, vous attirez leur admiration , vous les contraignez même par une douce violence de vous aimer. On ne l'a que trop remarqué pendant cet extrême péril dont vous ne faites que de sortir : vous savez bien qu'ils vous regardent comme le héros destiné pour vaincre la dureté de notre siècle et le mépris de tous les beaux-arts. Les Muscs , qui commençaient à se consoler de la mort d'Armand par l'estime que vous laites d'elles , en vous voyant malade se voyaient sur le point de perdre encore une fois leurs amours; elles se condamnaient déjà à une solitude perpétuelle , et la gloire , avec tous ses charmes , allait devenir une chose indifférente à ceux d'entre nous qui en ont toujours été les plus amoureux. Le ciel nous a garantis du malheur qui nous menaçait : agréez , monseigneur , que je vous en témoigne ma joie en vous offrant mon dernier ouvrage. Ce sont les amours de Vénus et d'Adonis , c'est la fin malheureuse de ce beau chasseur, sur le tombeau duquel on a vu toutes les dames grecques pleurer, et que la divine mère d'Amour a regretté pendant tout le temps du paganisme, elle qui n'avait pas accoutumé de

jeter des larmes pour la perte de ses amants. Si la matière vous en semble assez belle , et que je sois assez heureux pour obtenir quelques moments de votre loisir, ne jugez pas de nioî par le mérite de mon ouvrage , mais par le respect avec lequel je suis,

BfONSEIGNEUR ,

Votre très-humble et trè»-obâsiant •enitear,

DB LA VONTAI9B.

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