ÉPURES DÉDICATOIRES
mienne : je ne fais pas même de doute que vous n'occupiez un jour toutes celles de la Renommée; elle en attend les occasions avec une impatience qui marque bien ce que vos belles qualités et votre naissance lui ont promis : pendant que les astres les lui préparent. , permettez que je touche légèrement aux prémices de votre gloire. Le Parnasse fait peu de dons qui ne soient accompagnés de.cet encens que les dieux préfèrent à la richesse des temples et des offrandes. Votre altesse le connaîtra dans la suite de ses années mieux que personne ne Ta connu ; et je vous tiendrais malheureux si , vous devant être si familier, il ne vous était pas agréable. Oui, monseigneur, je le répète encore une fois» il n'y a sorte de louanges où vous ne puissiez aspirer : la grandeur et le haut mérite vous environnent de toutes parts , soit que vous portiez les yeux sur vous»méme , soit que vous les détourniez sur la longue suite de ces héros dont TOUS descendez , et qui vivront éternellement dans la mémoire des hommes. L'un arrête les desseins et les légions d'un grand empereur; et par son bel ordre , par sa conduite , par son courage, malgré les attaques de cent mille combattants, il conserve deux ou trois provinces, avec une ville impériale ; ville que l'on tenait pour perdue , et qui , dès les premiers jours de son siège» était menacée d'une disette de toute chose. L'autre remet sous la puissance des lis la plus importante place de nos frontières , faisant en sept jours une conquête qui avait coûté des années à nos anciens ennemis , et qui s'était affermie entre leurs mains par une possession de près de trois siècles. Un autre rassemble en lui ceque la prudence humaine , la piété , les vertus morales et politiques ont de précieux : et tous se rendant maîtres des cœurs par cent qualités agréables et bienfaisantes, ce qui est l'empire du monde le plus souhaitable, ils sont nés encore avec une certaine éloquence par laquelle ib régnent sur les esprits. La fortune les a fait courir quelquefois dans la carrière de l'adversité: cette volage et perfide amie leur a pu ravir des dignités et des biens ; mais il n'a jamais été en son pouvoir de leur ôter la valeur , la fermeté d'âme , ni l'accortise, ni enfin tous ces autres dons que vous tenez d'eux , et qui sont plus votre patrimoine que le nom même que
vous portez. Tout le monde avoue, monseigneur , que vous êtes digne de le porter. Votre altesse n'a pas manqué d'en donner des preuves aussitôt que l'occasion s'en est présentée. On n'a jamais remarqué plus d'amour de gloire , ni moins de crainte pour le péril en une si grande jeunesse '. Ce que je dis a paru aux yeux d'un monarque qui connaît par lui le véritable mérite. L'envie de répondre aux faveurs de son alliance , pour laquelle les maîtres de l'Europe soupirent tous ; l'émulation et l'exemple de vos ancêtres , mais plus que ces choses , le témoignage de notre prince , tout cela , dis* je, vous servira d'aiguillon pour courir aux actions héroïques. Après que j'aurai loué les charmes de votre personne , cette civilité engageante , et qui ne laisse pas d'avoir un air de grandeur , ces manières si gracieuses , je louerai en vous les semences de ki vertu , ou plutôt j'en louerai des fruits abondants; pour peu que le ciel accorde de terme à mes jours, et me donne de loisir de vous témoigner avec combien de zèle je suis, etc.