LIVRE DOUZIEME
A MOIHSEIGKEtJR
LE DrC DE BOURGOGNE».
Je ne pois employer i pour OMf fables , de proMk» qél me aoii plus glorieuse qne la vôtre. Ce goât eiqois et ee jugement si solide qne vous faites paraître dans toulas choses au delà 4'uo âge oA à peine les aalrei princes soolila touchés de ce qui les eDviroaoe avee le plus d'éclat >; tout cela, joint au devoir de vooi obéir et à la passion de vous plaire y m'a obligé de vous présenter no ouvrage 4 dont l'origiiial a été 1 admiration de tous les sièdeB aossi bien que celle de tous les sages. Vous ro'aves même ordonné de coQtinoer i et , ri vous me permeltei de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable , et où voqs aves jeté des grâces qui ont été admirées de tout le monde. Noos n'avons plus besoin de eoosolter ni Apollon ni les
France, de Philibert llégemont, d'ÉUenne Perrot, de Guil* laumé de Saint-Didier, de Jean Baudoin, de Jeaq Nostradamns. de Gilles Corroiet, de Pierre yillot. de Guillaume llau* dent . de Julien , qui cbei les modernes avaient composé des fables , on traduit celles d'Ésope avant U Fontaine.
* Après des campagnes brillaotes, Louis XIV avait dicté à Nlmègue les conditions de la paix auxquelles l'Enrope se soumit i et ce fut Tannée d'après qui suivit la publication de cette quatrième i>artie des fables de notre poète, c'rst-i-dire en I6S0, que les étrangers eux-mêmes commencèrent à donner \ Louis XIV le surnom de Gaiim.
> Lonto. dnc de Bourgogne» petlt-flls de Loob XIV, élève de Féoélon, naquit à Versailles, le a août lasi, et mourut le IS février 1712- U avait douseaos lofsqiie la Fontaine « dont 11 goAtait les prodncUons . et dont il fut le bieiifaltrur, lui dédia ce dernier livre de ses fables. Voyes i ce sujet VffUtoire de la vie et des onoro^ de Jean de la Fontaine , S* édlt., p. SIS et 561.
s Ceci n'était point nne eugéralioa ni une iiatlerie : à enia ans le duc de Bourgogne av^it lu Tite-Uve tout entier en laflni il avait traduit les Cvmmentaireê do César, et comwforé una traduction de Tacite.
4 On voit par ces mots qne la FonUlne préMnti au Jean prince un exemplaire de ses fables. >
Ilf
FABLES
Muiei , ni aoeuM dei dhtnttét du Panune ; éllet se rencontrent toutei danf Ici préicnts qae tous a M ts la nature f et dans oetie tcîenœ de bien juger les oorrages de Tetprit , a quoi tous joignoi déjà celle de connaître ton'.es lef. règles qui y conTîenaent. Les fables d'Ésope sont nne ample malière pour ces talenls ; elles embrassent toutes sortes d'événemeutsiet do caraclèi'es. Ces mensonges sont proprement une mauTère d'histoire où on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de peu d'importance qne ces aujetit : les animaui «ont les pr/ceprenrs des hommes dans mon ourrage. J« ne m^étendrai pas davantage b-dessus: TOUS Toyea mieux qne moi le proflt qu'on en peut tirer. Si TOUS Tons connaisses maintenant en orateurs et en poé- ^ tes , TOUS TOUS oonnaltrea encore mieux quelque jour en bons politiques et en bons généraux d'armée; et TOus¥ons tromperes aussi pen au choix <|es personnes qu'au mérite des actions. Je ne suis pas d'un âge à espérer dVn être témoin ^ Il ïkui que je me contente de traTailler sous vos ordres. L'envie de tous plaire me tiendra lieu d'une imagination qne les ans ont alftil>lie : quand tous soabaileret quelque Ibble , je la IrouTcrai dans ce fond^-ia. Je Ton^Jrais bien que tous y pussiet trouver des louanges dignes du monarcjue qui fait maintenant le destin de tant de peuples et de nations , et qui rend toutes les parties du monde a:ten« tivrs è ses conquêtes , à ses victoin s , et à la paix qui semble se rapprocher, et dont il impose les conditions avec toute la modération qne peuvent souhaiter nos ennemis. Je me le figure comme un conquérant qui veut mettre des bornes à u gloire et à sa puissance , et de qui on pourrait dire , à meilleur titre qu'on ne l'a dit d'Alexandre, qu'il ta tenir les états de l'univers, en obligeant les ministres ds tant de princes de s'assembler pour terminer une guerre qui ne peat é:re que ruineuse à leurs maîtres *. Ce sont des sujets au-dessus de nos parola : je les laisse h de meilleures pinmes que la mienne, et sois avec un profond respect,
HONSUCTinjB ,
Totre très.1iunible . très-obébsant »
ettrAs-fidèteiervIlear,
DB LA FONTAIKB.
FABLE PREÎIIÈRE.
Les Compagnons d'Ulysse.
A U0N8EIGNBCR LB DUC DB BODRGOGXB.
Prinoe , runique objet do soin des immortels , SooOrei que mon encens parfume vos anlels. JeToos onreanpea tard ces prcsenU de ma muse ; Les ans et les travaux me serviront d'excuse. Uon esprit diminue, au lieu qu*à chaque instant
' La VonUtae était «lors âgé de solxanKstrelze ans.
• Lnenbomig avait été vainqueur i Fleuras . k Nenfaide , à «dnkerkct Câlinât, à Starbnir et à Uanailles. I.-amiéc royale avait pris Moos, Naraor. et Uuricroi. IxhiIs XIV oITrli la paix, «Misa dcscondHioos trop dores, et qui ne fur. nt poio! acoep-
On aperçoit le vôtre aller en augmentant : Il ne va pas, il court, U semble avoir des ailes. . Le héros ' dont il tient des qualités si belles Dans le métier de Mars brûle d*en faire autant : Il ne tient pas à lui que, forçant la victoire,
Il ne marche à pas de géant
Dans la carrière de la gloire.
Quelque dieu le retient : c'est notre souverain ,' Loi qu'un mois a rendu maître et vainqueur du Rhin' . Cette rapidité fut alors nécessaire; Peut-être elle serait aujourd'hui téméraire '. Je m'en tais : aussi bien les Ris et les Amours Ne sont pas soupçonnés d'aimer les longs discours. De ces sortes de dieux votre cour se compose : Ils ne vous quittent point. Ce n*est pas qu'après tout D'autres divinités n'j tiennent le haut bout : Le Sens et la Raison y règlent tonte chose. Considtéz ces derniers sur un fait oci les Grec9,
Im|irudents et pen circonspects,
S'abandonnèrent à des charmes Qui métamorphosaient en bétes les humains.
Les compagnons d'Ulysse , après dix ans d'alarmes , Erraient au gré du vent, de leur ^prt incertains.
Ils abordèrent un rivage
Oi la fille du dieu du jour,
Giroé, tenait alors sa cour.
Elle leur Ht prendre un breuvage Délicieux, mais plein d'un funeste poison.
D'abord ils perdent la raison; Quelques moments après leur corps et leur visage Prennent l'air et les trails d'animaux difTérenls : Les voilà devenus ours, lions, éléphants;
Les uns sous une masse énorme ,
Les autres sous une autre forme :
Il s'en vit de petits; bxemplum , ut talpa.
Le seul Ulysse en échappa ; D sut se défier de la liqueur t^llresse.
Comme il joignait à la sagesse La mine d'un héros et le doux entretien ,
Il fit tant que l'enchanteresse
• Loub de Bourbon, dauphin. fitodeUrals XIY.el pireds duc de Boorgotnie . auquel cette fable est dédiée.
*DaQS la campagne de lest, l'année, oonmandée par le Rmi-^ phin et le mardchal de Duras, s'empara, du iS octobre ao IS novembre, de Heidelbera, de Majenee, de PI1.IUMICIIK. de Ifaultcin. de sipire, de Worms, d*Oppenbeia, de Fnuikeodal , et de Trêves.
> Ceci nous prouve que cette Cable a dà être composée vm la fin de l'année lODO. Le Danphio. ayaot avec lui le narfehal de Loqtes, commandait alon l'année sur le nUo. Celle année, aprte avoir passé le fleuve, eut ocdra de se repiorer war la France sans avoir vu l'enoi mi et trouvé l'occasion de ae battre. Les faits mémorables de cette campagne ae pisrtrcnt en Italie et dans les Pays-Bas. Le Dauphin qottU l'armée le S* septembre 1690. et revint i Fontainefateau , où la cour se trauriit a!on. Voyei kJoumai de Dangeau , 1 1 , p. 533, 349 etSIS.