‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 674 sur 723 · V. — Â LA MÊME · texte numérisé non relu

V. — Â LA MÊME

SUITE DU MÊMB VOTAGB.

A Lbnoges , oe IS Mptanbra 1668.

Je VOUS promis par le dernier ordinaire la description du château de Richelieu ; assez légèrement, pour ne vous en point mentir, et sans considérer mon peu de mémoire, ni la peine que cette entreprise me devait donner. Pour la peine, je n'en parie point, et, tout mari que je suis, je la veux bien prendre : ce qui me retient, c'est le défaut de mémoire; pouvant dire la plupart du temps que je n'ai rien vu de ce que j'ai vu, tant je sais bien oublier les choses. Avec cela, je crois qu'il est bon de ne point passer parndessus cet endroit de mon voyage sans vous en faire la relation. Quelque mal que je m'en acquitte, il y aura toujours à profiter; et vous n'en vaudrez que mieux de savoir, sinon toute l'histoire de Richelieu, au moins quelques singularités qui ne me sont point échappées, paroeque je m'y suis particulièrement arrêté. Ce ne sont peut-être pas les plus remarquables; mais que vous importe? de l'humeur dont je vous connais , une galanterie sur ces matières vous plaira plus que tant d'observations savantes et curieuses. Ceux qui chercheront de ces observations savantes dans les lettres que je vous écris se tromperont fort. Vous savez mon ignorance en matière d'architecture , et que je n'ai rien dit de Vaux que sur des mémoires *. Le même avantage me manque pour Richelieu : véritablement, au lieu de cela, j'ai eu les avis de la concierge et ceux de H. de Châteauneuf ; avec l'aide de Dieu et de ces personnes , j'en sortirai. Me laissez pas de mettre la chose au pis; car il vaut miedx, ce me semble, être

• La Footafaie n'a point achevé cet ovmge. Ce qu*fl dit Id prouve qa*fl ne Tarait composé qae aor la demande de Fou- 4|net Celo^cl avait eommenoé, dès Tannée KM , à emltelliraa ferra de Vaaz-le-Vioomte; mais c'est en 1683 lealement qu'A mit à ezécQtlon les plans qui co Aient le lien le plus magniAque delà France ( Voyei l'interrogatoire de POuquet dans les Con* eituùms de teg défenses, I66S, in-18, p. 90). La Fontaine, dans TAvertiisement du recueil Intitule Fables nouvelles et aU' très poésies , qui toi achevé d'imprimer en mai 1871 , dit qu'il avait entrepris la description de Vaui , U y a environ douae ans; ce qui noua reporte vers la fin deTannée 1658 pour l'ëpo- 4|oek laquelle notre poète oomoençaoet ouvrage, il dit luimême qu'il y travailla trob ans • i» hit donc la disgrloa de Vouqnat qui Tempécha de Tadiever.

trompée de cette façon que de l'autre. En tous cas, vousaurez recours à ce que M. Desmarests a dit de cette maison : c'est un grand maiU'e en lait de descriptions. Je me garderais bien de particulariser aucun des endroits où il a pris plaisir à s'étendre » si ce n'était que la manière dont je vous écris ces choses n'a rien de ooouDun avec celles de w&Promena(U$ * .

Nous arrivâmes donc à Richelieu par mt avenue qui borde un o6té du parc. SeloD la vérité cette avenue peut avoir une demi-iieue; mais, à compter' selon l'impatience où fêlais, nous trouvâmes qu'elle avait une bonne iieue tout au moins. Jamais préambule ne s'est rencontré Si mal â propos, et ne m'a semblé si long. Enfin on se trouve en une place fort spacieuse: je ne me souviens pas bien de quelle figure elle est : demi-ronde ou demi-ovale, cela ne tut rien à l'histoire ; et pourvu que vous soyezaver* tie que c'est la principale entrée de ceue maison , il suffit. Je ne me souviens pas non plus en quoi consistent la basse-cour, l'avant-cottr, les arrière«cours, ni du nombre des pavilloos et corps de logis du château, moins encore de leur structure. Ce détail m'est échappé; de quoi vous êtes femme, encore une fois, à ne pas vous soucier bien fort : c'est assez que le tout est d'une beauté, d'une magnificence, d'une grandeur, dignes de celui qui l'a fait bâtir. Les fossés sont larges, etd'uneeau trës-pure.Quand on a passé le pont-levîs, on trouve la porte gardée par deux dieux , Mars et Hercule. Je louai fort l'architecte de les avoir placés à ce poste-là; car, puisque Apollon servait quelquefois de simple commis â son éminence , Mars et

* La Fontaine désigne id Ton vr^e intitulé toProMMaA<<'< IHehelieu , on Us Vérins ehréUetmes, par J. Dcsnaroti. 1^ lis, Henri le Grai,l68S,petH in-S» de 6S pages. L'nteardi oe poème est Jean Desmarests de Saint-Soriln , devenu oélèbic par son fanatisme religleui . ses paradoxes contre les »cia»> sa comédie des Visionnaires, <|ai eut un «nml sucoèi. etm poème de Cloois, que BoOean a toarnéen ridicide.Deioar«ti nai^ult en IflM . et mourut à rSge de quatre-vinsti a» . ^^ <^' tobre 1676. Il a composé qnarante^trois ouvrages. Bei Prt<^ nades de Richelieu sont huit sermons en ven sur U M . J» péranoe. et U charité, etc. Le dernier chant seul eiti«i<n' U description du château de RicheUeo. 11 exisie noe miaotiense descripUondo château de Richelieu en proseet aiveo* taititulécl^ Chdieau de Rieheliem, on rmstoire des dieux d des héros de raniiqnlié. par M. VIgniv; Smiomt, chei Peibordes, 1676. tai^. Mais U Fontaine ne poofalt b oovuHR. puisqu'elle n'était pas imprimée lonqu'U écativait «Ut W»^

• VAS. La FontainsaécritMnem

LETTRES A MADAME DE LA FONTAINE

Hercule pouvaieni bien lui servir de suisses. Ib mériteraient que je m'arrêtasse à eux un peu davantage, si cette porte n'avait des choses encore plus singulières. Vous vous souviendrez surtout qu'elle est couverte d*un dôme , et qu'il y a une Renommée au sommet : c'est une déesse qui ne se plaît pas d'être enfermée , et qui s'aime mieux en cet endroit que si on lui avait donné pour retraite le plus bel appartement du logis.

Même eOe ot en une pottare Tonte prête à prendre re«or; Un pied dant l'air, à chaque main on eor, Légère et déployant les ailes.

Comme allant porter les nonveUes Des aelions de Ricbelien , Cardinal, duc, et demi-dieu :

Telle enfin qu'elle devait être Pour bien servir un si bon maître a Car tant moins elle a de loisir, Tant plus on lui bit de plaisir.

Cette figure est de bronze, et fort estimée *• Aux deux côtés du frontispice que je décrison a élevé, en manière de statues , de pyramides, si vous vouiez, deux colonnes du corps desquelles sortent des bouts de navires. (Bouts de navires ne vous plaira guère , et peut-être aimeriezvous mieux le termede pointes ou celui de becs : choisissez le moins mauvais de ces trois motslà : je doute fort que pas un soit propre; mais j'aime autant m'en servir que d'appeler cela colonnes rostrales. ) Ce sont des restes d'amphithéâtre qu'on a rencontrés fort heureusement, n'y ayant rien qui convienne mieux à l'amirauté , laquelle celui qui a foit bâtir ce château joignait à tant d'autres titres'. De dedans la cour, et sur le fronton de la mêma entrée, on voit trois petits Hercules, autant poupins et autant mignons que le peuvent être de petits Hercules ; chacun d'eux garni de sa peau de lion et de sa massue ' (cela ne vous foi t-il point

■ BUe était deBeitiielot. alnd qu'une statue en martire blanc de Louis Xlli , et se trouvaU en bce de ce petit ddme . qui était d'ordre dorique (Vignier , p. 10. Voyes aussi DesmaresCs, /i« Promêmadêi dé Mehêiieu, cb. IT , p. 33, ▼. 21-32 ).

• Le cardinal de RicbeUeu était revêtu de la change de giand amlial. C'est par celle raison qu'on Toit dans une des ailes du Palab-Royal, qu'occupe actoeUement monseigneur le duc d'oiléam. des proues de ▼ihseaux sculptées, parceque cette aile fainit partie de l'ancien PaiaU-CardkuiL

*f Du côté de ce petit ddme qui regarde la cour 11 f a deux • obélisqocs de marbre , et dans l'ouverturs du dOme trois

souvenir de ce saint Uichel garni de son diable?). Le statuaire, en leur donnant la contenance du père , et en les proportionnant à sa taille, leur a aussi donné l'air d'enfonts, ce qui rend la chose si agréable qu'en un besoin ils passeraient pour Jeux ou pour Ris, un peu membrus à la vérité. Tout ce frontispice est de l'ordonnance de Jacques Lemercier *, et de part et d'autre un mur en terrasse qui découvre entièrement la maison, et par où il y a apparence que se communiquent deux pavillons qui sont aux deux bouts.

Si le reste du logis m'arrête à proportion de l'entrée, ce ne sera pas ici une lettre, mais im volume : qu'y ferait-on? il fout bien que j'emploie à quelque chose le loisir que le roi nous donne. Autour du château sont force bustes et force statues, la plupart antiques : comme vous pourriez dire des Jupiters et des Apollons, des Bacchus, des Hercures, et autres gens de pardlle étofFe'; car, pour les dieux, je les connais bien , mais pour les héros et grands personnages, je n'y suis pas fort expert : même il me souvient qu'en regardant ces chefo-d'œuvre je pris Faustine pour Vénus (à laquelle des deux fout-il que je fosse réparation d'honneur?); et puisque nous sommes sur le chapitre de Vénus, il y en a qimtre de bon compte * dans Richelieu, une entre autres divinement belle, et dont H. de Blaucroix dit que le Poussin ^ lui a fort parlé , jusqu'à la mettre au-dessus de celle de Hédids*^. Parmi les autres statues qui ont là

• petfts Herculesde nuurbre, antiques, et trèsJieaux. > ( v|. gnier.p. 10.)

< Jacques Lemercler fat un de nos plus grands architectes , et se rendit anvl estimable par son désintéresienient que par ses Ulents. U Ait premier archllecte du roi; et . après avoir construit la Sorbonne . le Palais-Cardinal , le Palais-Royal , l'égliie de roratoire, l'église Saint-Rodi à Paris, ceUe de l*Annondade à Tours , l'église paroissiale et le châtesu de Bicheilen, et d'autres édiftces encore , il mourut en I6G0 . dans un état ▼oisin de la pauTreté.

*Ou peut euToir les détails dans VIgnIer, p, 1S-54. Il donne la liste de plus de cent statues ou bustes antiques» et a bit sur chacun des Tcrs qui sont au-deisous du médiocre.

" Vab. La FonUine a encore écrit ici conte,

4 Nicolas le Poussin , né aux Aadelys en Nonnandle . en lOM. mort à Rome le 19 nOTcmbre 1665. à l'âge de sotxante-ouae ans et cinq mois, selon Perrault , yiedes Hommes illuêtres , kh folio, 1607, p. 90. Ce grand peintre a pu s'entretenir stcc de Mancroix, uon-aeulement en France , mais à Rome , ou ce der> nier fUtenrojé par Fouquet

■ vignier lait menlion de six statues de Véuus dans le palais de RicbeUeu: l'une» suivant lui , était admlnbiemantbaMai on

OEUVRES DIVERSES

leur appartement et leurs niches, l'Apollon et le Bacchus * emportent le prix , au goût des savants : ce fut toutefois Mercure que je considérai davantage, à cause de ces hirondelles qui sont si simples que de lui confier leurs petits, tout larron qu'il est : lisez cet endroit des Promenades de Richelieu^; il m'a semblé beau, aussi bien que la description de ces deux captifs' dont M. Desmarests dit que l'un porte ses chaînes patiemment , l'autre avec force et contrainte. On les a placés en lieu remarquable , c'est-à-dire à l'endroit du grand degré , l'un d'un côté du vestibule , l'autre de l'autre ; ce qui est une espèce de consolation pour ces marbres, dont Michel-Ange pouvait faire deux empereurs.

L'an tooteftïlide ion destin soupire.

L'autre parait on peu moins mutiné.

Heoreai captifs i si cela se peut dire D'un marbre dur et d'un homme enchaîné.

Je ne Tondrais être ni l'un ni l'autre Pour embellir un séjour si charmant :

En d'autres cas , votre seie et le nôtre De l'un des deux se pique également.

Nous nous piquons d'élre esclaves des dames ; Vous TOUS piques d'être marbres pour nous ; Mais c'est en vers , où les fers et les flammes Sont fort communs, et n'ont rien que de doux.

Pardonnez -moi cette petite digression; il m'est impossible de tomber sur ce mot d'esclave sans m'arréter : que voulez-vous ? chacun aime à parler de son métier, ceci soit dit toutefois sans vous foire tort. Pour revenir à nos deux captifs , je pense Lien qu'il y a eu autrefois des esclaves de votre façon qu'on a estimés ; nuds ils auraient de la peine à valoir autant que ceux-ci. On dit qu'il ne se peut rien voir de plus excellent, et qu'en ces statues Michel-

la'croyait ronvrage de Praxitèle (voyei p. 22). C'est probaUement ceUe dont la Fontaine parle Ici. VIgnIer ( p. 28 et 49 ) nomme aussi dans sa liste deux stataes de Faustloe.

* Vlgnier £iit mention de trois stataes d'Apollon , p. 12, 28 et 42, etde trois stataes de Baochus, p. 27, 43, 46. Mais le Bacchus dont la Fontaine parle en œt endroit fut transporté depuis par le maréchal de Richelieu dans son h^I à Paris. H a passé depuis dans la collection du Musée royal , et a été grayé dans la grande collection de Laurent sous la dénominatioa de Bacchut'Riehelieu.

* Ce passage forme le commenoement de la quatrième promenade, p. 22.

" Pitmière promenade , p. S.

Ange a surpassé non-seulement les sculpteurs modernes, mais aussi beaucoup de choses des anciens. Il y a un endroit qui n'est quasi qu'ébauché , soit que la mort, ne pouvant souffrir l'accomplissement d'un ouvrage qui devait ^tre immortel, ait arrêté Michel-Ange en cet endroit-là , soit que ce grand personnage l'ait fait à dessein , et afin que la postérité reconnût que personne n'est capable de toucher à une figure après lui. De quelque façon que cela soit, je n'en estime que davantage ces deux captifs, et je tiens que l'ouvrier tire autant de gloire de ce qui leur manque que de ce qu'il leur a doimé de plus accompli.

Qn*on ne se plaigne pas que ûi ctiose ait été

ImparCsite troorée :

Le prix en est pins grand , raatenr plus regretté

Qne b'H l'edt acherée <•

Au lieu de monter aux chambres par le grand degré , comme nous devions, en étant si proches, nous nous laissâmes conduire par la concierge; ce qui nous fit perdre l'occasion de le voir, et il n'en fut feit nulle mention. H. de Ghàteauneuf lui-même , qui l'avait vu, ne se souvint pas d'en parler.

De quoi je ne Ini sais aucunement bon gré : Car d'antres gens ni*ont dit qu'ils avaient admiré Ce degré.

Et qn*il est de marbre jaspé *.

Pour moi , ce n'est ni le marbre ni le jaspe que je regrette, mais les antiques qui sont au haut; particulièrement ce favori de l'empereur Adrien, Antinoiis,qui dans sa statue contestait de beauté et de bonne mine contre Apollon, avec'cette différence pourtant que celui-ci aurait l'air d'un dieu, et l'autre d'un homme*.

Je ne m'amuserai point à vous décrire les divers enrichissements ni les meubles de ce palais. Ce qui s'en peut dire de beau, M. Desmarests l'a dit : puis nous n'eômes quasi pas le loisir de considérer ces choses, l'heure et la

< Cesdeux stataes, données psr Robert Strozslt Tnaçotol", et par celui-ci au connétable de M onbnorencf , qui l« !▼« mises à Bcouen, et enralte acquises par le cardinal . m^ tiennent actuellement au Musée royal de Pari^ **^"Lr Montpenderen fUt aussi mentkm ôêob w» Mémoku , 46sr. t. XI. p. SM de l'édition de Petitot.

s Desroaresti en parte . p. SSL

* V^nier en fait mention , p. 90.

LETTRES A MADAME DE LA FONTAINE

concierge noos faisant passer de chambre en chambre* sans nous arrêter qu'aux originaux des Albert-Dure y des Tilians'» des Poussins, des Pérugins , des Mantègnes , et autres héros dont l'espèce est aussi commune en Italie que les généraux d'armée en Suède. ^

Il y eut pourtant un endroit où je demeurai longtemps. Je ne me suis pas avisé de remarquer si c'est un cabinet ou une antichambre' : quoi que ce soit, le lieu est tapissé de portraits,

Pour la plopurt eoTiron grands Comme des miroirs de toilette :

Si nous eossioDs ea plus de temps»

Moins de hâte , nne antre interprète , Je Toos dirais de quelles gens.

Vous pouvez juger que ce ne sont pas gens de petite étoffe. Je m'attachai particulièrement au cardinal de Richelieu, cardinal qui tiendra plus de place dans Thistoire que trente papes; au duc^ qui a hérité de son nom , de ses belles inclinations, et de son château ; au feu amiral de Brézé ^; c'est dommage qu'il soit mort si jeune, car chacun en parle comme d'un seigneur qui était merveilleusement accompli, et bien auprès de Mars, d'Armand, et de Neptune. Monsieur le prince et lui auraient entrepris de remplir le monde de leurs merveilles : monsieur le prince la terre, et le duc de Brézé la mer. Le premier est venu à bout de son entreprise, l'autre l'aurait fort avancée, s'il eût vécu ; mais un coup de canon l'arrêta, et l'alla choisir au milieu d'une armée navale. Je ne sais si on me montra le marquis*

* Madame de Montpeosieriioas apprend que les appartements étaient petits, et répondaient mal à la grandeur du dehors ; ce qui venait de ce que le cardinal avait voulu que l'on conservât la chambre où il était né. Voyei Uontpensier , Mémoires, année I6S7 , t XL , p. S87de la collection de PetitoL

>Vlgnier écrit aussi toujours TUian, comme Is Fontaine.

■ On voit , par la description de Vignler , que ces portraits étaient dans la chambre même du cardinal . ainsi que dans l'antichambre et le cabinet qui en dépendaient {Le ehdteau RicA«il0M. p. 99-05).

4 Armand- Jean de VIgnerot. substitué par son grsndnmcle aux noms et armes du Plessis , et au duché de Richelieu : il moaratle 10 mai I7f8. U avait épousé Anne-Marguerite d'Aclgoé. qui monmt le 19 août 1699.

* Armand de Maillé-Brésé . duc de Fronsac , fils d'Urtnin de MaiUé. marquis de Bréié, et de Nicole du Plessis-RicheUeu , sœur dn cardinal. U fut tué sur mer , d'un couff de canon • le 14 Juin 1646. à l'âge de vingt-sept ans. Il éUit beau-frtre du grand Condé.

* Jeao-Baptiste Amador , marquis de Richelieu , marié le 6 novembre 1692 avec Jeanne-Baptiste de Beauvab , l'une des filles

et l'abbé * de Richelieu. Il y a toute apparence que leurs portraits sont aussi dans ce cabinet, quoiqu'ils ne fussent qu'enfants lorsqu'on le mit en l'état qu'il est. Tous deux sont bien dignes d'y avoir place. Tant que le marquis a vécu, il a été aimé du roi et des belles; l'abbé l'est de tout le monde par une fatalité dont il ne faut point chercher la cause parmi les astres^.

Outre la famille de Richelieu', je parcours celle de Louis XIII ^. Le reste est plein de nos rois et reines, des grands seigneurs, des grands personnages de France (je fais deux classes des grands personnages et des grands seigneurs , sachant bien qu'en toute chose il est bon d'éviter la confusion) : enfin c'est l'histoire de notre nation que ce cabinet. On n'a eu garde d'y oublier les personnes qui ont triomphé de nos rois. Ne vous allez pas imaginer que j'entende par là des Anglais ou des Espagnols; c'est un peuple bien plus redoutable et bien plus puissant dont je veux parler: en un mot, ce sont les Jocondes^, les belles Agnès, et ces conquérantes

de madame de Beauvais , première femme de chambre d* Anno d^Autriche. n mourut le H avril 1663.

'Emmanuel-Joseph Vignerot, comte de Richelien, abbé de Marmootier et de Saint-Onen de Rouen. U monrut à Venise le 9 Janvier I66S.

• VAS. U Fontaine avatt écrit d'abord t Par une fataMé dont tous ceux gui connaissent son mérite n'iront point chercher la cause dans les astres, U a biffé ces mots , et les a remplacés en faiteriigne par ceux qn'on Ut dans le texte.

■ Vignier( p. 93 )noos apprend que . dans Tanticbambre de U pièce où était le portrait du cardinal • il y avait trob grands portraits en pied • celui de Louis du Plessis , seigneur de Richelieu, de la Vervolier,dnGhiUon, etc., grand père de son éminence i celui de François du Plessb , grsnd-prévOt de l'hôtel , capitaine des gardes du corps , père de son éminence i et celui de madame Suianne de la Porte ^ sa mère. Sur quoi Vignier lait ces ven , qui donneront une idée du bon goOt de cet auteur!

Armand , dont l'êoM forte Fot de toQte l'Earope et la cnlnto et Famoar.

Poar bien •'Introduire à la cour.

Me pooTatt pai iroaver ane plos belle porte Qoe celle qo! aerrlt h lai donner le Jour.

* f Dans une pièce dépendante de la chambre de la reine , on voyait les portraits de Henri IV, de Marie de Uédicls, de Loub XllI , d'Anne d'Autriche , et du duc d'Oriéana; et dans des pièces voisines , celui de Gustave-Adolphe , en pied , et celui de la reine d'Angleterre, peint par VandldL. t (Vignier, p. 76. 8S,84.)

> La Fontaine désigne ici le portrait de Monna Lisa , dite la Joeonde, paroequ'elle était l^mme de Francisco del Glocondo, gentilhomme florentin. On croit que cette belle femme a été maîtresse de François !•'. Voyes le Catalogue des ouvrages de Léonard de FMsci . k la' tète dn TraUé de la peinture , p. IxiiJ, édition de M. Oault de Saint-Germain ; Paris, 4608. ( Note communiquée à l'éditeur par M. MonmercnufA

ŒUVRES DIVERSES

Blustr^ sans qui Henri quatrième aarait été un prince invincible. Je les regardai d'aussi bon cœur que je voudrais voir votre onde à cent lieues d*ici.

' Enfin nous sonlmes de cet endroit, et tratersftmes je ne sais combien de chambres riches, magnifiques , des mieux ornées , et dont je ne dirai rien ; car de ro'amuser à des lambris et à des dorures, moi que Richelieu a rempli d'originaux et d'antiques , vous ne me le conseilliez pas; toutefois je vous avouerai que l'appartement du roi m'a semblé mervdlleusement superbe : celui de la reine ne l'est pas moins ; il y a tant d'or qu'à la fin je m'en ennuyais*. Jugez ce que peuvent feire les grands seigneurs, et quelle misère c'est d'être riche : 0 a fallu qu'on ait inventé leschambresdestuc, od la magnificence se cache sous une apparence de simplicité. Il est encore bon que vous sachiez que Fappartementdu roi consisteen diverses pièces, dont l'une, appelée le grand cabinet*, est remplie de peintures exquises : il y a entre autres des Bacchanales du Poussin *, et un combat bur> lesque et énigmatique de Pallas etde Vénus, d'un peintre que la concierge ne nous put nommer^. Vénus a le casque en tête et une longue estocade. Je voudrais pour beaucoup me souvenir des autres droonstances de ce combat et des différents personnages dont est composé le tableau, car chacune de ces déesses a son parti qui la favorise. Vous trouveriez fort plaisantes les visions que le pdntre a eues. Il fait demeurer l'avantage à la fille de Jupiter : mais à propos elles sont toutes deux ses filles; je voulais dire à celle qui est née dans son cerveau. La pauvre Vénus est blessée par son en-

< vojei DetmareBts, p. SI.

* TQftat Deanareits. fromênade tiii . p. 87.

■ L'on de oei tableaux représentait le banqnet de Silèots rtntic, le triomphe de Baccbus, dont le char, tiré par des oeiH tamci, était wirl par des ménades Jouant de divers instnimeots. vof et vignier , p. ta et 6S.

4 Ce taidean était du PémgiQ. le naître de Rapbafl. Void ooniiMVigiiier(p«((e 15) le décrit:* Ce tableau représenle ud eombat de l'Amour et die la Chasteté. L'on y Tolt quantité de petits Amoun : les uns tirent des femmes par les obeTeui , et les antres avec des cordons de soie, étant tous armés de flèches d'or» et de toutes sortes d'instruments propres à l'Amonr. La Chasteté brise leurs traits et leurs avei . en bat d'autres avec Icun flambeaux . et en tire pareillement par les cheveux. On vnit dans le lointain toutes les métamorphoses que l'Amour a ctnséct. • Detmarestsa décrit aussi ce tableau en ven dans sa bmiUéme promenade t p. 68«

nemie. En quoi l'ouvrier a représenté les dio* ses non comme elles sont, car d'ordinaire c'est la beauté qui est victorieuse de la vertu, mais plutôt comme elles doivent être : assurément sa maîtresse lui avait joué qudque mauvais tonr.

Ce grand cabinet dont je parle est accompagné d'un autre pétition quatre tableaux pleins de figures représentent les quatre déments. Ces quatre tableaux sont du (Rembrauk^;h concierge nous le dit , si je ne me trompe; et quand je me tromperais , ce n'en seraient pas moins les quatre éléments. On y voit des feu d'artifice, des courses de bague, des carroiiseb, des divertissements de traîneaux , et autres gentillesses semblables. Si vous me demandes ce que tout cela signifie, je vous répondrai que je n'en sais rien*.

Au reste, le cardinal de Richdien , cooune cardinal qu'A était, a en soin que son château fftt suffisamment fourni de chapelles: il y oi a trois, dont nous vîmes les deux d'en haut ; pour ceUe d'en bas , nous n'eûmes pas le temps de la voir^, et j'en ai regret, à cause d'un saint Sébastien que l'on prise fort. Dans Tune de celles qui sont en haut je trouvai l'original de

« Celait le cabinet de la reine. Tofei vlpriv, p. 71.

* VAB. La Fontaine a eiboé dans le maoBierit te bob de lUmbrmuU , et n'en a pas substitué d'autre. (Voja p. 191 da manuscrit, tu.) On ▼emd^aprài qu'on faralttroopé.aiaé (|u*fl s'en doutatt.

* Tlgnier noos apprend es gm Umi este signi/iaU, «t éé* erit , p. 76 de son livre, ces quatre taUeaui de la vauàtn m Yante i < Au-dessus du lambris oo Toft Jusqu'au haut do pUbal quatre tableauxdanslcnri cadres, représentant te qastwfl^ mentk Le premier représente la terre, ou le Ixiôiiiplie di Louis XJII , pour la naissance de n majesté it piéseat régnale.

et de Monsieur. Le second représenle l'air; e'eit aneck«B d'olseanx, où madame la duciiease de Lonatae panU >*k tontes les dames de la cour » montées sur de superiM chenoz.

Le troisième représente le feu par des feux d'artilioe tWi et nuit au mOien d'une place enrironnée de bAtlnenU. Et fequ-

triéme, qiU représenle l'eau . fait foir les diveriBseBenH da

dames et des gabmti deHoUande durant la «lace. UifS»" aont de nrevet , et les paysages de Glande Lom*n. • Denuran,

dans sa tmUiême pomêHade, p. M. a aussi décrit m ▼«««■ quatre taUeanz$et, si U Fontataie l'araU lu avec altoilioB, il aurait su par lui ce que ces tableaux repréientiieoL 4 Cest précMment œUe d'en bas qui parait avoir été la priB*

dpale chapeUe. Desmarests la décrit en ceilenMs I

■sis U Ikat avant toot rcndn rtonnear k Dlw : Soos os pantlon gtodie stlonf Yolr le «lot lioa. CP«t raagiute Chapelle . où vingt Mancbei coKwiPi^ Ont toon cbaplteani d'or, comme antani de conrona* ; In la baae, «n la ftlae, et dans la voûleencor, Da Manc la dowenr règne avec ceUe da Por.

4|M d>ninclr« tablaani ornant cet IMati parllqn»l oaa de BoMm eniHatf dm grandi paittUw anlIgMi:

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