VI. —A LA MEME
SUITE DU MfiUB VOYAGE.
A limoges. cel0<eptembrel663.
Ce serait une belle chose que de voyager, s'il ne se fallait point lever si matin. Las que nous étions M. de Cbâteauneuf et moi , lui , pour avoir foit tout le tour de Richelieu en grosses bottes, ce que je crois vous avoir mandé, n'ayant pas dû omettre une circonstance si re> marquable ; moi , pour m*ôtre amusé à vous écrire au lieu de dormir ; notre promesse et la crainte de fiaire attendre le voiturier nous obligèrent de sortir du lit devant que l'Aurore fût éveillée. Nous nous disposâmes à prendre congé de Richelieu sans le voir*. Il arriva^ malheu-
oommodité de ceux qal Teulent Jouer. » Bo 1665. deux ans après répoque du \07age de la Fontaine, le duc de Richelieu fit construire , procbe du mail et de la porte de l'antiooor , un Jende courte paume, f C'est, dit VIgnier . p. 5, un des plus beaux du royaume. •
■ Nous rapporterons id la courte description que Vignier , p. S, afiite de cette vllledix ans après la date de la lettre de la Fontaine : f La principale rue est composée de tingt-hult gros pavillons , quatorze de chaque cAlé , tous à portes eocbères, et d'une même srmëtrie ; à chaque bout il y a une place de qnarante«x tolies en carré , avec des pa^ liions doubles aux quatre coins. L'église est dans la place la plus proche du château. Le palais et les halles sont dam la même place , avec une fontaine dans un des coins, et une autre fontataie dans Tantre place. >
II04S jouterons que cette ville est près de deux petites rivières. l'Amablâ et la Vide ou la Veude; la première remplit les fossés de la ville . qui n'était qu'un village avant le cardinal de Richelieu. Il l'a bâtie en 4637 , après avoir bit ériger la seigneurie qui en dépendait en duché-pairie, par lettres patentes du roi . données en 1631. On trouve on plan de cette ville 'et une vue du châtean dans rouvrage liiUtnM TttpograpMa Gailiœ, Franoofurti , 1697 , io-lbUo , p. 87. La description qui est dans cet ouvrage nous apprend que ce plan et cette vue sont copiés d'après les plans de la ville et du château qui avaient pani à Paris en quatre feuilles. Ce même plan se trouve rédnit dan^ l'ouvrage intitulé Ut Déliées de la France , Leyde , I6S8, iD-12, p. 417. Richelieo était autretob une ville du diocèse de Poitiers, du ressort d'Anjoa , de la généralité de Tours, et du gouvernement de Saumur. Ainsi oe lien appartenait à quatre provinces x pour le spirituel , au Poitoa ; pour la Justice , à T Anjou ; pour les finances, I la Touraine; pour le militaire , an San-
reusement pour nous , et plus malheureuse ment encore pour le sénéchal, dont nous tâmes contraints d'interrompre le sommeil , que les portes se trouvèrent fermées par son ordre. Le bruit courait que quelques gentilshommes de la province avaient foit complot de sauver certains prisonniers soupçonnés de Tassassinat du marquis de Faure ^ Mon impatience ordinaire me fit maudire cette rencontre. Je ne louai même que sobrement la prudence du sénéchal. Pour me contenter, M. de Châteauneuf lui parla, et lui dit que nous portions le paquet du roi : aussitôt il donna ordre qu'on nous ouvrit ; si bien que nous eûmes du temps de reste, et arrivâmes à Châtellerault qu'on nous croyait encore à moitié chemin.
Nous y trouvâmes votre onde en maison d'ami. On lui avait promis des chevaux pour achever son voyage; et il s'était résolu de laisser Poitiers , comme le plus long, pourvu que je n'eusse point une curiosité trop grande de voir cette ville. Je me contentai de la relation qu'il m'en fit, et son ami le pria de ne point partir qu'il n'en fût pressé par le valet de pied qui l'accompagnait. Nous accordâmes à cet ami un jour seulement. Ce n'est pas qu'il ne dépendit de nous de lui en accorder davantage, H. de Châteauneuf étant honnête homme , et s'acquittant de telles commissions au gré de ceux qu'il conduit aussi bien que de la cour; mais nous jugeâmes qu'il valait mieux obéir ponctuellement aux ordres du roi.
Tout ce qui se peut imaginer de franchise, d'honnêteté , de bonne chère, de politesse, fut employé pour nous régaler. La Vienne passe au pied de Châtellerault , et en ce canton elle porte des carpes qui sont petites quand elles n^oNt qu'une demi-aune. On nous en servit des plus belles , avec des melons que le maître du logis méprisait , et qui me semblèrent excellents. Enfin cette journée se passa avec un plai* sir non médiocre, car nous étions non-seule-
murols. C'est a^joard'hul un cheMieu de canton du ^épartcracat d'Indre-et-Loire, eton jr compte trois mUle hahltants.
* Le marquis de Faure s'appelait du Vigean. U était frère de la duchesse de RicheUen ; son autre sœur est morte wêk Carmélites. U fut assasstaié dans son pays* comme U altsK en cir rosse rendre visite à un de ses amis. Yojrei Lenet. AMmoô-» . t. U , p. 35S. ( WéLe communiquée à VédIUw ftar M. têaih merqûé, )
LETTRES A MADAME DE LA FONTAINE
ment en pays de connaissance , mais de parenté.
Je trouvai à Chàtellerauk un Pidoux * dont notre hôte avait épousé la belle^sœur. Tous les Pidoux ont du nez, et abondamment^. On nous assura de plus qu'ils vivaient longtemps, et que la mort, qui est un accident si commun chez les autres hommes, passait pour prodige parmi ceux de cette lignée. Je serais merveilleusement curieux que la chose fût véritable *. Quoi que c'en soit, mon parent de Châtellerault demeure onze heures à cheval sans s'incommoder, bien qu'il passe quatre-vingts ans. Ce qu'il a de particulier , et que ses parents de Château-Thierry n'ont pas, il aime la chasse et la paume, sait l'écriture , et compose des livres de controverse ; au reste , l'homme le plus gai que vous ayez vu , et qui songe le moins aux affaires , excepté celles de son plaisir. Je crois qu'il s'est marié plus d^une fois; hi femme qu'il a maintenant est bien faite, et a certainement du mérite. Je lui sais bon gré d'une chose, c'est qu'elle cajole son mari , et vit avec lui comme si c'était son galant ; et je sais bon gré d'une chose à son mari, c'est qu'il lui fait encore des enfants. Il y a ainsi d'heureuses vieillesses , à qui les plaisirs , l'amour et les grâces tiennent compagnie jusqu'au bout : il n'y en a guère , mais il y en a, et celle-ci en est une. De vous dire qu'elle est la famille de ce parent, et quel nombre d'enfants il a, c'est ce
* On Mit qoe k FonUine était, par ta mère, de h funille des Pidoux.
* Notre pofite pUlMOfe ici sur son propre nez , qui était CDrt long, ainsi qu'on peut le voir par son portrait; et ceci nous prouve que, sous ce rapport, Il tenait plus de sa mère que de son père.
* Et elle était véritable. Les Pidoux formaient, an temps de la Fontaine, une des ISunilles les plus illustres de la bourgeoisie du Poiton, et leur réputation de longévité était bien établie. On trouve un Pierre Pidonx , trésorier de France et maire de Poitiers en 1575, qui Ait nommé maire pour la seconde fois en 1615 , et qui mourut le 8 mars 1656 • à l*âge de quatre-vingtsix ans; ensuite nnJean Pidoux, qui fut assesseur civil et maire en I6it, et qui mourut le as Janvier 1686 , âgé d*" quatre-vingtun ans. Son fils, Pierre Pidoux, fiit lieutenant général au siège royal de ChâtelleraulL Jean Pidoux, docteur en médecine, fut maire de Poitiers en 1631 , et mourut en 1662, âgé de solxanledh-huit ans. Le Pidonx que la Fontaine trouva dans cette ville était le troisième octogénaire de cette famille dont nous avons connaissance, car il ne pouvait être aucun de ceux que nous' venons de mentionner; mais il était probablement un proche parent : peut-être était-ce l'onde du lieutenant de roi de Châtellerault. Voya Thibandeau , Jbrégé de t Histoire du.PoHou, t vi,p.36»et400;40l.
que je n'ai pas remarqué, mon humeur n'étant nullement de m'arréter à ce petit peuple.
Trop bien me fit-on voir une grande fille, que je considérai volontiers , et à qui la petite vérole a laissé des grâces et en a 6ié. C'est dommage : on dit que jamais fille n'a eu de plus belles espérances que celle-là.
Quelles imprécations Me mérites-tu point, cnieUe maladie , Qni ne peax voir qu'avec envie Le sujet de nos passions I Sans ton venin, cause de tant de larmes , Ma parente m'aurait fait moitié pins d'boaneur Encore est-ce un grand bonheur Qu'elle ait eu tel nombre de charmes.
Tu n'as pas tout déimit, sa bouche eu est témoio ,
Ses yeux, ses traits, et d'autres belles choses : Tu lui laissas des lis, si tu lui pris des roses ; Et comme elle est ma parente de loin , On peut penser qu'à le lui dire J'aivais pris un fort grand plaisir :
J'en eus la volonté, mais non pas le loisir Cet aveu lui pourra suffire.
On nous assura qu'elle dansait bien , et je n'eus pas de peine à le croire : ce qui m'en plut davantage fut le ton de voix et les yeux ; son humeur aussi me sembla douce. Du reste, ne m'en demandez rien de particulier : car, pour parler franchement , je l'entretins peu , et de choses indifférentes , bien résolu, si nous eussions fait un plus long séjour à Ghâtellerault , de la tourner de tant de c6tés que j'aurais découvert ce qu'elle a dans l'Âme , et si elle est capable d'une passion secrète. Je ne vous en saurais apprendre autre chose , sinon qu'elle aime fort les romans : c'est à vous, qui les aimez fort aussi, de juger quelle conséquence on en peut tirer. Outre cette parente de Ghâtellerault, je dois avoir à Poitiers un cousin germain, dont je n'ai point mémoire qu'on m'ait rien dit ; je m'en souviens seulement, parcequ'il m'a plaidé autrefois *.
Poitiers est ce qu'on appelle proprement une villace , qui, tant en maisons que terres labourables, peut avoir deux ou trois lieues de circuit ; ville mal pavée, pleine d'écoliers, abondante en prêtres et en moines'. 11 y a eu
< On a vu dans la note précédente que la tige principale de la famille éUitk Poitiers.
* n y avait k Poitiers une université , quatre abbayes, dn capudns, des carmélites, des dames de la Visitation, etc., et
6fiS
OEUVRES DIVERSES
récompense nombre de belles, et l'on y fait l'amour aussi volontiers qu'en lieu de la terre; c'est de la comtesse que je le sais*. J'eus quelque reg^ret de n'y point passer ; vous en pourriez aisément deviner la cause.
Ce n'est ni la PierreLevée * , Ni le rocher Passe-Lourdin " ; Ponr TOUS en dire ma pensée , Je les ai laissés sans chagrin ; Et, qoant à cet autre cousin , M(m âme en est fort consolée; Mais je Toudrats hien avoir tu LaLandm.
Tonlefois, ayant le oamr tendre.
Je sois certain que Cupidon N'eût jamais noanqné de me prendre , S'il m'eût tendo cet hameçon ; .
Et puis me ?oiIA beau garçon , Car an départ il se ftiut pendre.
Je serais fâdié d'aroir vu LaLandm.
Cependant je l'aurais vue si nous eussions
quiose paroisses , ponr nne popalstion que d'BxpHly ne portait pas i plus de neuf mille six cent qaaIre-Tingt-diz-huit Individui en f76S. Voyei le Dietionnairt géog»'aphigue , histùrique et politique des GauUê et de la France , io-folio , t. V, p. 730.
* La oomtcise est cette Poitevine que ta Fontaine avait qaittée k Port-de- Pilles ponr faire son excursion à Richelieu , tandis qu'elle continuait sa route Jusqu'à Poitiers. Voyes ci-dessus , p. 608 f 1 616 , dans la seconde et la quatrième lettre.
* La Pierre^Leoée dont U est ici question , semblable k beancoiip d'autres monuments de ce ffixae qu'on trouve en France «tdjins toute rEorspe* est une masse énorme de tonne ohlongueet irréguliére , qoi a environ yingt pieds de long sur dixsept de large { elle est élevée sur cint| piltr nde la hauteur d'en- "viron trois pieds et demi s die est brute , ainsi que les piliers ou e^»ece de bornes qui la supportent : on la trouve à un quart de lieue à l'est de Poitiers , en sortant par la porte du Pont* Joubert, k gaudie du diemin qui conduit à Bourgps. S dnq cents toises environ du faubourg ou Tillage de Saint-Saturnin.
> On appelle Passe-Lourdin, à Poitiers, une grosse roche qui forme un précipice sur les bords du Clain. Les eaux de cette rivière baignent la base de cette rodie, dans laquelle est me grotte où il est difficile d'arriver, et dont le retour est encore plus périUeux. Pendant les guerres civiles , les paysans . pour échapper aux vexations des militaires , se retiraient dans <;ette grotte. Les écoliers nouvellement venus S l'université de Poitiers étaient contraints par leurs camarades de s'y rendre , et de passer pour cet effet le long du rocher qui la referme , an Ttepie de tomber dans le Clain : de là le nom de Pttese- Lùurdin qu'on a donné à ce rocher. On dit aussi que c'était autrefois la coutume pour les nouveaux mariés d'aller, après leurs noces, visiter cette grotte, mais que cet usage a cessé depuis que deux Jeunes époux avaient eu le malheur de tomber dans le Clain, et y avaient péri. C'est dans Rabelais , son auteur bvori, que la Fontaine avait surtout pris connaissance de la Pierre-tenée et du rodier de Poêto-Lowr^n. Voyes Pantagruel f liv. ll,ch. v.
continué notre route ; j'en avais déjà trouvé un moyen que je vous dirai.
Pour revenir à Chàtellerault , vous saurer. qu il est mi-parti de huguenots et de catholiques , et que nous n'eûmes ancun commerce avec les premiers. Le terme dont nous étions convenus avec notre hôte étant écoulé, il fallut prendre congé de lui. Ce ne fut pas sans qu'il renouvelât sa prière : nous lui donnâmes le plus de temps qu'il nous fut possible» etie luidonnàmes de bonne grâce, c'est-à-dire en déjeunant bien et tenant table longtemps ; de sorte qu'il ne nous resta de Theure que pour gagner Cha» vigny^ misérable gite, et où commencent les mauvais chemins et l'odeur des aulx, deux propriétés qui distinguent le Limousin des autres provinces du monde.
Notre seconde couchée fut Bellac. L'abord de ce lieu m'a semblé une chose singulière, et qui vaut la peine d*étre décrite^. Quand, de huit ou dix personnes qui y ont passé sans descendre de cheval ou de carrosse, il n'y en a que trois ou quatre qui se soient rompu le cou, on remercie Dieu *.
Ce sont morceaux de rochers Entés lei nns sur les itotres , Et qui fbnt dire aux cochers De terribles patenôtres.
Des plus sages à la fin
Ce chemin Epuise la patience.
Qui n'y fliit que murmurer ,
Sans jurer.
Gagne cent ans d'indnlgence.
H. de Chàteauneuf
L'aurait cent fois maudit , Si d'abord je n'eosse dit :
Ke plaignons point notre peine; Ce sentier rude et peu batta Doit être celui qui mène An séjour de la Tertu.
^On trouve ce lim dans le grand Dictionnafre d*lCxpJIiy. sons les noms de Cbavigny et de Chsuvigny ; mais l'usage a CÎit prévaloir le dernier.
* Bellac est bâtie sur le penchant d'un coteau rapide qui do* mine le Vinoou du côte du nord.
> Cette route a été beaucoup améliorée par M. Turgot, et la direction en a été changée { mais elle ne parait pas encore bien bonne i ce n'est qu'une route de troisième classe. Voyez la SUttisiique du départemeeU de la Haute-Fienne, parTexier^ OUIvier. p. 825.
LETTRES A MADAME DE LA FONTAINE
Votre onde reprit qu il fallait donc que nous nous fussions détournés : c Ce n'est pas, ajoutac t-ily quil n'y ait d'honnêtes gens à Bellac aussi c bien qu'ailleurs; mais quelques rencontres € ont mis ses habitants en mauvaise odeur. » Là-dessus il nous conta qu'étant de la commission des grands jours ^ il fit le procès k un lieutenant de robe courte de ce lieu*la, pour avoir obligé un gueux à prendre la place d'un criminel condamné à être pendu , moyennant vingt pistoles données à ce gueux et quelque assurance de grâce donton le leurra. Il se laissa conduire et guinder à la poten<?e fort gajenlent, comme un homme qui ne songeait qu'à ses vingt pistoles, le prévôt luidisant toujour&qu'il ne se mit point en peine, et que la grâce allait arriver. A la fin le pauvre diable s'aperçut de sa sottise; mais il ne s'en aperçut qu'en faisant le saut , temps mal propre à se repentir et à déclarer qui on est. Le tour est bon , comme vous voyez; et Bellac se peut vanter d'avoir eu un prévôt aussi hardi et aussi pendable qu'il y en ait.
Autant que l'abord de celte ville est fâcheux , autant elle est désagréable ; ses rues vilaines, ses maisons mal accommodées et mal prises. Dispensez-moi , vous qui êtes propre, de vous en rien dire. On place en ce pays-là la cuisine au second étage. Qui a une fois vu ces cuisines n'a pas grande curiosité pour les saucesqu'on y apprête. Ce sont gens capables de faire un trèsméchant mets d'un très-bon morceau. Quoique nous eussions choisi la meilleure hôtellerie , nous y bûmes du vin à teindre les nappes , et qu*on appelle communément la tromperie de Bellac^. Ce proverbe a cela de bon que Louis }^ni en est l'auteur.
* Les guerres civiles ijant inlerrompa le cours ordinaire de la Justice et entraîné beaucoup de désordres, principalement dans le Poitou , le roi Jugea devoir y faire tenir une cour de graofl^ jours, et nomma en 1654 une commission de conseillers au parlement de Paris et de maîtres .des requêtes , présidée par M. Ségnier. On renouvela depuis cette mesure. On doit remarquer que la sénéchaussée de Bellac était régie par le droit écrit; et les appellations en étalent portées au parlement de Paris. Voyei Thibaudeau, Abrégé de C Histoire du Poitou, Ut. VIU . cb. ▼. t. VI, p. IM; et ExplUy , Grand Dictionnaire des Gauie* et de la France , 1. 1 , p. 859.
> Le fin qu'on recneUle dans le d^rtement de la Haute- Vienne eti an-dessous du médiocre ; il est plutôt doux que vert : mais il est très>plat ; on n'en exporte point . et il se consomme sur les liens avant l'époque des dialeors , attendu qu'il ne peut soutenir ks «tieun de la caqlcule.
Rien ne m'aurait plu sans b fille du logis , jeune personne, classez jolie. Je la cajolai sur sa coiffure : c'était une espèce de cale * à oreilles» des plus mignonnes, et bordée d'un galon d'or large de trois doigts. La pauvre fille, croyant bien faire, alla quérir aussitôt sa cale de cérémonie pour me la montrer. Passé Ghavigny, l'on ne parle quasi plus français; cependant cette personne m'entendit sans beaucoup de peine. Les fleurettes s'entendent par tous pays, et ont cela de commode qu'elles portent avec elles leur trucheman. Tout mécîiaut qu'était notre giie, je ne laissai pas d'y avoir une nuit fort dguce. Mon sommeil ne fut nullement bigarré de songes, comme il a coutume de l'être : si pourtant Morphée m'eût amené la fille de l'hôte, je pense bien que je ne l'aurais pas renvoyée. II ne le fit point , et je m'en passai.
M. Jannart se leva devant qu'il fût jour : mais sa diligence ne servit de rien ; car, tous nos chevaux étant déferrés, il fallut attendre ; et, pour mes péchés, je revis les rues de Bellac encore une fois. Tandis que je* faisais presser le maréchal , M. de Châteauneuf, qui avait entrepris de nous guider ce jour-là , s'informa tant des chemins, que cela ne servit pas peu à lui foire prendre les plus longs et les plus mâuvais. De bonne fortune notre traite n'était pas grande : comme Limoges n'est éloigné de Bellac que d'une petite journée , nous eûmes tout loi* sir de nous égarer; de quoi nous nous acquittâmes très-bien, et en gens qui ne connaissent ni la langue ni le pays.
Dès que nous fûmes arrivés , mon fidèle Achate (qui pourrait-ce être que M. deChâteauneuf?) disposa les choses pour son retour , et choisit la voie du messager à cheval qui doit partir le lendemain. Je fus fâché de ce qu'il nous quittait sitôt; car, en vérité, il est honnête homme , et sait-débiter ce qui se passe à la cour de fort bonne grâce ; puis il me semble qu'il ne iait pas mal son personnage dans cette relation. Désormais nous tâcherons de nous en passer, avec d'autant moins de peine qu'il ne reste à vous apprendre que ce qui concerne le lieu de notre retraite : cela mérite une lettre entière *•
* Voyex cl-dessQs , p. 607 . note I .
> Cette lettre . si elle a été écrite , se trouve perdue.
OEaVRES DIVERSES.
En attendant , si vous désirez savoir comme je m'y trouve, je vous dirai : assez bien ; et votre oncle s'y doit trouver encore mieux, vu les témoignages d'estime et de bienveillance que chacun lui rend, Tévéque principalement: c'est un prélat qui a toutes les belles qualités que vous sauriez vous imaginer^* splendidesurlout, et qui tient lameilleure tabledu Limousin. Il vit en grand seigneur, et Test en effet. N'allez pas vous figurer que le reste du diocèse soit malheureux et disgracié du ciel, comme on se le figure dans nos provinces. Je vous donne les gens de Limoges pour aussi fins et aussi polis que peuple de France : les hommes ont Je l'esprit en ce pays-là, et les femmes de la blancheur; mais leurs coutumes, façons de vivre, occupations, compliments surtout, ne me plaisent point. C'est dommage que **** n'y ait été mariée : quant à mon égard ,
Ce n'e»t pas an plahant séjour :
J'y tronre aox mystères d'amour Peu de sa?anls, force profanes ; Peu de PhyUis, beaucoup de Jeannes > ; Peu de muscat de Saint-Mesmin • , Force boisson peu salutaire ; Beaucoup d'ail et peu de jasmin :
Jogei si c'est là mon afDiire.
LETTRES A DIVERS