XX. — A M. RACINE
Du 6 Juin ISM. Chiteau-Thlerrf .
Poignan^, à son retour de Paris, m*a dit que vons preniez mon silence en fort mauvaise part :
ledit liatdileu Manbt d'un autre côté, elle est aotérienre au 16 man 1686 . date de l'inauguration de la sUtuc de la place des Victoires. Voilà pourquoi nous l'avons datée du mois de lévrier 1606. Ls Journal de le Clerc parut avec succès jusqu'en MOS , el forme une ooUedioo de vingt-six volumes petit In-ia { puis il fut GOBtinué sous le titre de Biblimhèquf choUie . de 1703 à 1715 . et forme une nouvelle ooUectioii de vingt-sept volumes in-iaL
* Plusieurs auteurs ont interprété ces initiales par ces mots : MonsHçneur F/ûéque de Condom i et ils en ont conclu que ce sermon était de Bossoet GTest une conclusion toute con- Inire qu'il budrait tirer do cette interprétation. Bossoet douna sa démission de l'évéchéde Coodom en 1671 » et fut l^it évéqiie de Meaux en l6Sf . L'évéque de Condom, à l'époque à laffuelle la Fontaine écrivait cette lettre, éuit Jacob Gojon de Hatignon. de la maison des comtes de Thorigny. 11 succéda à Bossuet, et fut sacré à Paris en 1673; il resta évéque de Condum Jusqu'au roote de septembre 1685, qu'il se démit de son évéché pour accepter une abbafe. ( Voyez le GaiHa ehi-iëtiana . 1720, in-folio , t II , p. 974. ) Au reste , ces initiales pourrsient bien signifier aussi Mtmseiçneur févéque de Commifuit^, ou de CnaUton , ou de Cambray ; et peut-être encore elles ne désignent aucun évéqne.
s Affll intime de la Fonlaiiie et de Badoe»- Voyei. sur ce qui
d'autant plus qu'on vousavaitassurëqueje travaillais sans cesse depuis que je suis à Château* Thierry , et qu*au lieu de m'appliquer à mes affaires je n*avais que des vers en tête. Il n'y a de tout cela que la moitié de vrai : mes affaires m'occupent autant qu't lies en sont dignes, c'està-dire nullement; mais le loisir qu*eiles me laissent, ce n'est pas la poésie , c'est la paresse qui l'emporte. Je trouvai ici, le lendemain de mon arrivée, une lettre et un couplet d'une fille âgée seulement de huit ans; j'y ai répondu; c'a été ma plus forteoccupation depuis mon ar* rivée. Voici donc le couplet, avec le billet qui l'accompagne :
SCB L'ilB Dl JOOORDI.
c Quand je Tenx foire une èbanson
« Au parfoit la Fontaine, c Je ne puis tirer rien de bon
c De ma timide veine, c Elle est tremblante ft ce moment,
c Je n'en sais pas sarpriie :
ff Devant lui rooo faible talent
« Ne [)eut être de mise.
e Je crois en vérité que je ne serais jamais parveoiie à c fiBflre nue chanM>n pour vous, monsieur, si je n'avait eo c vue de m'en attirer une des vôtres; vous me Tavei pro* e mise, et vous avei affaire è une personne qui est vive c sur ses intérêts : son((pz que je vous assassinerai jusqu'à c ce que vous m'ayez tenu votre parole. D^* gr^» mone sieur, ne négligea point une petite muse qui pourrait c parvenir si vous lui jetlei un regard fiivorable. »
Ce couplet et cette lettre, si ce qu'on me mande de Paris est bien vrai, n'ont pas coûté une demi-heure à la demoiselle, qui quelquefois met de l'amour dans ses chansons, sans savoir ce que c'est qu'amour. Comme j'ai vu qu'elle ne me laisserait point en repos que je n'eusse écrit quelque chose pour elle, je lui ai envoyé les trois couplets suivants : ils sont sur le même air.
Panle, vous fhites joliment
Lettres et chansonnettes :
Quelques grains d'amour seulement.
Elles seraient parfaites.
Quand ses soins au oœnr sont oonnna ,
Une musesail plaire.
le conoerue , l'Histoire de tn vif et des ouvrages de /. de ia Fontaine, tr isiéme éilitioUt *92k, in-S*. p. f S; et les Mémoivfs sur la vie de Jean Racine, dans les OEuvru de t\<i^ dne, édition de 1120, Ifri*, LI, p.cim^
ŒUVRES DIVERSES
Jeune Panle, trob aof de plue Font beeuooop à l'aflkire.
Voof pariet quelquefois cTemonr,
Paule, sans le ooonaltre; Mail j'espère tous toit nn jour
Ce petit dieu pour maître.
Le doux langage des soupirs
Est pour TOUS lettre close :
Paule , trois retours de sépb jn
Font bea^oonp à la oliose.
Si cet enfint dans tos chansons
A des grâces naïves.
Que sera-ce quand ses leçons
Seront un peu plus vives?
Pour aider l'esprit en ses vers
Le oœur est nécessaire :
Trois printemps sur autant d'hivers
Font beaucoup à l'afiaire.
Voyez, monsieur, s*il y avait là de quoi vous fâcher de ce que je ne vous envoie pas les belles choses que je produis. 11 est vrai que j'ai promis une lettre au prince de Conti ; elle est à présent sur le métier : les vers suivants y trouveront leur place.
Un iot pldn de savoir est plus sot qu'an autre homme <;
Je le Tuirais jusqnes k Rome;
Et j'aimerais mille fois mieux
Un glaive aux mains d'tm furieux.
Que l'étude en certains génies.
Ronsard est dur, ^ns goût, sans choix.
Arrangeant mal ses mots, gâtant par son françois Des Grecs et des Latins les grâces inflnies. rioc aïeux , bonnes gens, lui laissaient tout passer, Et d'érudition ne se pouvaient lasser.
C'est un vice aujourd'hui : Ton oserait à peine En user seulement une fois la semaine.
Quand il plaît au hasard de vous en envoyer. Il faut les bien choisir, puis les bien employer. Très-sârs qu'avec ce soin l'on n'est pas sûr de plaire. Cet auteur a , dit-on , besoin d'un commentaire: On voit bien qu'il a lu; mais ce n'est pas l'afTalre : Qu'il cache son savoir, et montre son esprit. Racan ne savait rien; comment a-t-il écrit? Et mille autres raisons , non sans quelque apparence. Malherbe de ces traits usait plus fréquemment ; Sous lui la oour n'osait encore ouvertement
Sacrifier k l'ignonooe.
Puisque je vous envoie ces petits échantillons, vous en conclurez, s'il vous plaît, quil est faux que je fiisse le mystérieux avec vous. Mais je
«IlOlléreadtt!
On toCwTuiC tii Mlpiw qtf oa isl Igoonal,
VOUS en prie, ne montrez ces derniers Ters à personne ; car madame de la Sablière ne les a pas encore vus.
XXr. — A M. DE BONREPAUX»,
UITENDANT DB LA MARINB * , A LONDRES.
ailanvier I6S7.
Leroi estparfaitementguéri^. Vous nesauriez vous imaginer combien ses sujets en ont témoigné de joie.
Ils offriraient leurs jours pour prolonger les siens; Ils font de sa santé le plus cher de leurs biais. Les preuves qu'à l'envi chaque jour ils en donnent. Les voeux et les concerts dont leurs temiries résonnsot,
Forcent le ciel de l'accorder.
On peut juger à cette marque.
Par la crainte qu'ils ont de perdre un tel monarque »
Du bonheur de le posséder.
De quelle sorte de mérita
M'est-il pas aussi revêtu?
Sa principale llsvorite
* Imprimée pour la première fob séparément par ranleiir, avec répttre k monselgnear l'évèque die Soiasoos, in^ de sept pages, avec approbatioa en date do 5 lévrier f6S7, p. S-7. Dans cette édition originale, cette lettre commence psrdeox lignes de points , que l'auteur a mfaes k deaselD pour Indiquer qa'il ne publiait qo'un fragments les éditeurs sufaséquenlioet eu tort de les supprimer.
s Françob d'Utson , seigneur de Boniepaux , le second des fils d'Uston II , seignnir de Bonrepauz et de Bonac , et de BcT' nardloe de Faure. Il commença sa carrière comme sout-lieutensnt de marine en IS7A, et devint locoesaiyenieBt Intcodsat général de la marine, chef d'escadre, lecteur de la diambre du roi , lieutenant général, envoyé plénlpoteotiaire en Anglsterre, en Hollande, en Allemagne, ambassadeur en Oaaemark, chevalier dlionneor, et conseiller du conseil de la marine. Il mourut le 12 août 1719, sans avoir été marié. I) eiirte un grand nombre de ses dépêches aux archives des aCbira étrangères. Il signait />ti««oii de BmirepauM. Voyei le /Hciitmnairt de la noblesse , seconde édition. in-4«, t Xll. p. 719; et les QEuwes de Saint'Évremond , éditimi de175S. tV« p. 46*2. 203 et 245,
■ Dans l'édUlon des CEtnres diverses , on donne i tort » dans l'intitulé de cette lettre, le titre d'ambassadeur à Boorepaux t il ne l'était pas alors. Cette eneur se trouve aussi dans Matthieu Marais, p. 400 : elle a causé la nôtre dans VBistain delà vie et des ouvrages de Jean de la Fontaine, édltioa faiH8, t II. p. 125, 132 et 134; et dans l'édition in-S«. p. Vf à 251 : mais nous l'avons rectifiée dans la troisième éditioa ds méflie ouvrage , p. 4S9.
4 On avait bit au lol l'opération de la fistule le f • novembre 4686 , et le 27 janvier 1687 il s'était rendu l Nutre-Dameponr rendre grdce à Dieu de sa guërison. Ou fit alocs de gnodei fêtes et de grandes r^ouissancesdans Piriik
Plus que jamalf ett la Tarta.
Aatrefois il a oombatto x
PoDr la grandeor et pour la gloire :
Maintenant d'une autre victoire
Son ccBur devient ambitieux.
Lei vainei patfions cbei lui lont étoofliéei. L'bisloire a peu de roii , la fiible point de dieux
Qui le vantent de ces trophées.
0 pourrait le donner tout entier au repos :
Quelqu'un trouverait-il étrange Que, digne en cent fiiçons du titre de béroe, 11 en voulût goûter à loish* la louange? Les deux mondes sont pleins de ses actes guerriers : Cependant il poursuit enoor d'autres lauriers : U veut vaincre l'erreur; cet ouvrage s'avance; Il est fait; et le flruit de ses succès divers Est que la vérité règne en toute la France *;
£t la Pranœ en tout l'univers.
Non content que sous lui la valeur se signale, U met la piété sur le trône à son tour ; Ses soins la font régner, ainsi que sa rivale.
An milieu même de la cour.
C'est pour lui plaire aussi qu'Astrée est de retour. Ces trois divinités font fleurir son empire; U a su les unir pour le bien des humaioa . C'est proprement de lui qu'on a sujet de dire
Que le sage a tout en ses mains.
Vieot-il pas d'attirer, et par divers chemins, La dureté du cœur, et l'erreur envieillie. Monstre dont les projets se sont évanouis? On volt l'œuvre d'un siècle en un mois accomplie.
Par la sagesse de Louis»
Mais je crains de passer le but de mon ouvrage : U fiiut plus de loisir pour louer ce héros;
Une muse modeste et sage Ne touche qu'en tremblant à des sujets si hauts. Je me tais donc, et rentre au fond de mes vetraltea :
J'y trouve des douceurs secrètes.
La fortune , il est vrai , m'oubliera dans ces lieux ; Ce n'est point pour mes vers que ses faveurs aont bltes; 11 ne m'appartient pas «l'impmluner les dieux.
* L'édit de Nantes , rendu par Henri IV en bvenr des protestants , avait été révoqué par un autre édtt en date du 21 oetobre 1685. Depuis cette époque, et surtout en I6S6. on empioja les promesses et les meoacet, la séduction et la violence, pour multiplier les convenions; on répandait Targent, et on envoyait des troupes. Bonrepaux, dam les instructions qui lui fureut données en date du 20 décembre 1685 . avait surtout la tnission de convertir les hérétiques. Il eut le bon esprit de s'attacher aux ouvriers des raanubclures. Il enleva par ce moyen un grand nombre d'ouvriers anglais , qui vinrent s'établir en avance, et y apportèrent le secret de la Eibricatlon du papier. C'est à cette émigration que remonte l'établissement des plus Itelles papeteries de France. Voyes llazure , Histoire de la résolution de 1688 en Jngletetre . t. III . p. S85.
* C'est après ces deux lignes de points que se trouve, dans |