A W^ LA DUCHESSE DE BOUILLON
Paria. — Nofonbre IW.
- Madame,
Nous commençons ici de murmurer contre
* Madame de U Sablière et madame d'Hcnrart
* De Bonrepaoz, après le traité conda en décembre IS97. revint en eflet à Paris; mais U retonma encore à Undrei
enISSS.
* Bollean, dans set lettres à Racine , en date des iSet l7soAt. parle an contraire de cette maladie de H. Hessein comme étial très-grave. Pagon la guérit arec du quinquina. M. HcsriD «jK le frère de madame de la SabUère , et tt aimait tellement à disputer, que Boileau recommandait k Racine de ne pis se mettre en route avec lui ayant on mal de gorge : do raie I était l'ami sincère des deui poêles. Voyei les OBwnt de /to- Hua . Paris. Leièvre. It20, t VI. p. 174. «79 eC «17.
* C'est le pluriel de SaintDié. qoe U Fontaine, plus haa^ nomme son fidèle Adiate.
•C'est d'après l'antognphe même de U VQolaiae. qn'oo
LETTRES A DIVERS
GSS
les Anglais y de ce qu'ils vous retiennent si longtemps. Je suis d'avis qu'ils vous rendent à la France avant la fin de l'automne, et qu'en échange nous leur donnions deux ou trois lies dans l'Océan. S*il ne s'agissait que de ma satisfaction, je leur céderais tout l'Océan môme. Hais peut-être avons^fius plus de sujet de nous plaindre de votre sœur que de l'Angleterre. On ne quitte pas madame la duchesse Hazarin comme l'on voudrait ^ Vous êtes toutes deux environnées de ce qui fait oublier le reste du monde, c'est-à-dire d'enchantements et de grâces de toutes sortes.
Moins d'Amoon , de Rit , et de Jeox , Cortège de Vénns , sollidtaieiit pour elle ,
Dans ce différend si fiunenx
Où l'on déclara la plus belle
La déesse des agréments.
Celle aux yeux bleus , celle aux bras blancs. Furent au tribunal par Mercure conduites.
Cbacuue étala ses talents.
Si le même débat renaissait en nos temps.
Le procès aurait d'autres suites.
Et TOUS , et votre sœur, emporteries le prix
Sur les clientes de Péris.
Tons les citoyens d'Amathonte
Anraieulbeau parler pour Cypris;
Car vous avex , selon mon compte ,
Pins d'Amours , de Jeux , et de Ais.
Vous excellex en mille choses :
Vous porta en tous lieux la joie et les plaisirs: Ailes en des climats inconnus aux lépbyrs.
Les champs se vêtiront de roses.
Mais, comme aucun bonheur n'est constant dans son cours. Quelques noirs aquilons troublent de si beaux jonn. C'est là que vous saves témoigner du courage : Vous envoyés aux vents ce fâcheux souvenhr. Vous avez cent secrets pour combattre l'orage : Que n'en aviei-Tous un qui le sût prévenir I
On m'a mandé que votre altesse était admirée de tous les Anglais, et pour Fesprit, et pour les manières , et pour mille qualités qui se
nous a Gonununiqoé , que nous avons fixé le texte de cette lettre. ' Madame la duchesse de Mazarin s'était rendue en Angleterre au mob de décembre 1675; elle n'en sortit plus. Le roi Cbariet II lui fit une pendon de quatre mille livres sterling. Les dames les plus qualifiées , les ministres étrangers, les bominps les plus illustres et du plus haut rang, Ihiqnentaient sa nuiaon. Saiut-Évremond était en quelque sorte l'Ame et le régnlateur de sa petite cour. Les (Euvres de ce spirituel écrivain nous instruisent des plus petites particularités de cette beauté ^^l^bre, et de ceux qui composaient sa société habiUiellet sans ^ excepter sa demoiselle de compagnie, ses femmes de cbam- K^i son cuisinier , ses bouffons, son singe, ses chiens, ses ^^f ses pesioquets . ses serius, ses poules, son page , et son ^igre.
sont trouvées de leur goAt * . Cela vous est d'autant plus glorieux que les Anglais ne sont pas de fort grands admirateurs. Je me suis seule» ment aperçu qu'ils connaissent le vrai mérite , et en sont touchés.
Votre philosophe a été bien étonné quand on lui a dit que Descartes n'était pas l'inventeur de ce système que nous appelons la machine des animaux, et qu'un Espagnol l'avait prévenu ^. Cependant, quand on ne lui en aurait point apporté de preuves, je ne laisserais pas de le croire , et ne sais que les Espagnols qui puissent bâtir un château tel que celui-là. Tous les jours je découvre ainsi quelque opinion de Descaries répandue de côté et d'autre dans les ouvrages des anciens, comme celle-ci : Qu'il n'y a point de couleurs au monde ; ce ne sont que de différents effets de la lumière sur de différentes superficies '. Adieu les lis et les roses de nos Amintes. Il n'y a ni peau blanche ni cheveux noirs; notre passion n'a pour fondement qu'un corps sans couleur. Et après cela, je ferai des vers pour la principale beauté des femmes 1
Ceux qui ne seront pas suffisamment infor* mes de ce que sait votre altesse , et de ce qu'elle voudrait savoir sans se donner d'autres peines que d'en entendre parler à table , me croiront peu judicieux de vous entretenir ainsi de philosophie; mais je leur apprends que toutes sortes de sujets vous conviennent, aussi bien que toutes sortes de livres, pourvu qu'ils soient bons.
Nul auteur de renom n'est ignoré de voai j
L'accès leur est permis h tous.
Pendant qu'on lit leurs Tcrs, tos chiens ont bean se battre U
* Saint-Simon, dans ses annotations sur le Journal de Dan^ geau, sous la date du ao juin 1714 , jour de la mort de la duchesse de Bouillon, dit, en parlant d'elle : • C'était la relue de Paris et des lieux où elle fut exilée. »
* Bayle avait annoncé cela dans les Aomm//ss de la réfnh blique des lettres . mars 1684. art. Il, p. 20; mais il modifia cette anertion dans son Dictionnaire, art. Pereira, p. 2227 de l'Mition de 1725. io-foiio. Voyei ci-dessus, p. 96.
> Voyei à ce sujet Dutens , Recherches sur Vorigine des dé' couvertes attribuées aux modemu , cb. viir, L I . p. lat. M. Lagrange, dans une note de la traduction de Lucrèce ( t n, p. 114 , édit de l'an m. in-S* ), a bien établi les différences qui existent entre les théories des anciens et celles des modernes sur le phénomène de la vision.
* ChauUeu écrivait à la duchewe de Bouillon t « Vous ava ptas de bétes que je n'ai d'imagination , et il vous but prendra Boursault à gages pour fsire des épitaphes , si vous voules avoir
ŒUVRES DIVERSES
VoofiiMttei lei h6lM« en éooyitaiit rratenr. Vous égalei œ dictateur Qui dictait tout d*aa temps à qoatrt.
Cëtoit, ce me semble, Jules César : il fEusait i la fois quatre dépêches sur qu;itr6 matières difFéreotes. Vous ne lui devez rien de ce côtélà ; et il me souvient qu'un matin , vous lisant des vers, je vous trouvai en même temps attentive à ma lecture et à trois querelles d'animaux. II est vrai qu'ils étaient sur le point de s'étrangler : Jupiter le conciliateur n'y aurait fait œuvre. Qu'on juge par là, madame , jusqu'où votre imagination peut aller quand il n'y a rien qui la détourne. Vous jugez de mille sortes d'ouvrages, et en jugez bien.
Vous aafei ditpenter a propos votre estime; Le pathéiiqne, le sublime.
Le sérieux , et le plaisaot , Tour à tour vous vont amusant.
Tout TOUS duit *, lliistoire et la fable , Prose et vers, latin et français.
Par Jupiter I je ne connais Rien pour nous de si b?orable.
Parmi ceux qu'admet à sa cour Celle qui des Anglais embellit le séjour, Partageant avec vous tout l'empire d'Amour, Anacréon et les gens de sa sorte.
Comme Waller» Saint-Évremond , et moi, Tfe se feront jamais fermer la porte.
Qui n'admettrait Anacréon cbez soi f Qui bannirait Waller et la Fontaine?
Tous deux sont vieux , Salnt-Évremond aussi : Mais verrei-vousaux bords de l'Hippocrène Gens moins ridés dans leurs vers que ceux-ci? Le mal est que l*on veut id De plus sévères moralistes.
Anacréon s'y tait devant les jansénistes. Enoor que leurs leçons me semblent un peu tristes» Tous deves priser ces auteurs Pleins d'esprit et bons disputeurs.
Tous en saves goûter de plus d'une manière : Les Sophocles du temps et l'illustre Molière Tous donnent toujours lieu d'agiter quelque point. Sur quoi ne disputei -vous point ?
A propos d'Anacréon, j'ai presque envie d'évoquer son ombre; mais je pense qu'il vaudrait mieux le ressusciter tout à fait. Je
aniant de chiens que voos en svet. ■ Œuvres de Chanlieu . «dlUonde4774.in-8«. t. II. p. I6S et 167.
• VAB. Dans les Œuvres posthumes , les hoU ; dans les édi* tiens, lêKotà -, dans l'autographe, les kolas.
■Cestà-dire.tout vous convient, lotit vous plaît, tout vous appastlant
m'en irai pour cela trouver un gymnosopbiste, ' de ceux qu'alla voir Apollonius Tyaneus *. Il apprit tant de choses d'eux, qu'il ressuscita une jeune fille '. Je ressusciterai un poêle. Vous et madame Mazarin nous rassemblerez. Nous nous rencontrerons en Angleterre , M. Waller et M. de Saint-Évremond*, le vieux Grec*, et moi. Croyez-vous » madame , qu'on pût trouver quatre poêles mieux assortis ?
Il nooi ferait beau voir parmi de jeunes gens Inspirer le plaisir, danser, et nous ébattre. Et , de fleurs couronnés ainsi que le printemps. Faire trois cents ans à nous quatre.
Après une entrevue comme celle^, et que j'aurai renvoyé Anacréon aux champs Élys^, je vous demanderai mon audience de congé. Il faudra que je voie auparavant cinq ou six Aoglais, et autant d'Anglaises (les Anglaisessont bonnes à voir, à ce que Ton dit). Je ferai souvenir noire ambassadeur* , de la rue Neuvedes-Petits-Champs, et de la dévotion que j'ai' toujours eue pour lui. Je le prierai, et M. de Bonrepaux » de me charger de quelques dépd* ches. Ce sont à peu près toutes les affaires que je puis avoir en Angleterre. J'avais fait aussi dessein de convertir madame d'Hervart, madame de Gou vernet, et madamed'Helang *, parce que ce sont des personnes que j'honore ; mais on m'a dit que je ne trouverais pas les sujets encore assez disposés. Or je ne suis bon, noo plus que Perrin-Dandin , que quand les parties sont lasses de contester^. Une chose que je souhaiterais avant toutes, ce serait que Ton me procurât l'honneur de faire la révérence au monarque ; mais je ne l'oserais espérer. (Test an prince qui mérite qu'on passe la mer afin de le voir, tant il a de qualités convenables à un sou-
• ApoUonins de Tyane, phUosophe pythagoricieD . ànm célèbre par ses voyases et ses prétendus miraclo. Il lloriasait dans le premier siècle de l'ère chrétienne , et fut dîTinisé a^rès sa mort.
• ce fait eit raconté par Phflostrate , dans la vie d'ApoUonhis de Trane. Ut. IV , ch. iLt, t. IV , p. 155 de la JYaduetMm français f , édition de 1779, ltt-13.
• Dans l'aotographe, la Fontaine a toi^oars écrit Saint- Evremont»
4 Anacréon. « Barillon.
• Vil. Dans l'édition des OEuvres de Saint-f^rtmond on lir : madame ffeland ; mais 0 f a d'Helang dans le manuierfl autographe.
7 Voyez RabeUls, Ut. III. p. S9, t III. p. 4M. édit 1741 , iiM*«
LETTRES A DIVERS
yerain, et de Téritable passion pour la gloire. Il n'y en a pas beaucoup qui y tendent , quoique tous le dussent fiaire en ces places-Ià.
Ce n'est pas un Tain ftintôme Qup la gloire et la grandeor; Et Stuart en son royaume T court a?ec pliis d'ardeur Qu'un amant à sa maltreoe.
Enuemi de la mollesse, U gouverne son état En habile potentat.
De cette haute science L'original est en France : Jamais on n'a vu de roi Qui sût mieux se rendre maître , Fort souvent jusques à l'être Encore ailleurs que cbei soi.
L'art est bean , mais toutes têtes N'ont pas droit de l'exercer :
Louis a su s'y tracer
Un chemin par ses conquêtes. '
On trouvera tes leçons ^ Cbex ceux qui feront l'histoire :
J'en laisse à d'autres la gloire »
Et reviens à met moutous.
Ces moutons, madame , c'est votre altesse et madame Mazarin. Ce serait le lieu de faire aussi son éloge , afin de le joindre au vdtre : mais, toutes réflexions faites, comme ces sortes d'éloges sont une matière un peu délicate, je crois qu'il vaut mieux que je m'en abstienne*.
Tons vous aimei en sœurs : cependant j'ai raitOD
D'éviter la comparaison.
L'or se pent partager, mais non pat la lonange. Le plus grand oraleor, quand oe serait un ange , Ne contenterait pas, en semblables desseins , Deux belles , deux béros , deux auteurs , ni deux saintf.
Je suis avec un profond respect , etc.
' Vil. Dans l'édition des Œuoiet déSaint-Éoremond, après ce mot on lit ceux-d : ^out vive» en sœurs ; upendanl ii foui epiter la comparaison. Les drux premiers vers qui aaivent dans le lexte le mot abstienne ne s'y trouvent pas. parce que l'idée qu'ils renSerment est exprimée en prose : ainsi la lettre se termine par un quatrain.