‹ Œuvres complètes de Jean de La FontaineChapitre 99 sur 723 · Tome ienmie doit en personne · texte numérisé non relu

Tome ienmie doit en personne

S'en acquitter trois fois le mois Vers les enfants de saint François.

Cela fondé sur TÉcriture:

Car il n'est bien dans la nature ( Je le répète , écoutez-moi ) Qui ne subisse cette loi De reconnaissance et d'hommage.

Or, les œuvres de mariage Étant un bien, comme savez , Ou savoir chacune devez , Il est dair que dlme en est due.

Cette dtme sera reçue Selon notre petit pouvoir t Quelque peine qu'il fiiille avoir.

Nous la prendrons en patience :

N*en faites point de consdenoe; Nous sommes gens qui n'avons pas Toutes nos aises icHias.

Au reste , il est bon qu'on vous Qu'entre la chair et la chemise 11 fiiut cacher le bien qu'on fait :

Tout ceci doit être secret Pour vos maris et pour tout autre.

Voici trois mots d'un b<m apêtre Qui font à nope intention :

Foi , charité , discrétion.

Frère André , par cette éloquence, Satisfit fort son audience , Et passa pour un Salomon :

Peu dormirent à son sermon.

Chaque femme , ce dit Thistoire , Garda très-bien' dans sa mémoire , Et mieux encor dedans son cœur, Le discours du prédicateur.

Ce n'est pas tout , il s'exécute :

Chacune accourt; grande dispute A qui la première paiera :

Blainle bourgeoise murmura Qu'au lendemain on l'eût remise.

Et notre mère sainte Église, Ne sachant comme renvoyer Cet escadron prêt à payer.

Fut contrainte enfin de leur dire :

De par Dieu , souffrez qu on respire t C'en est assez pour le présent ; On ne peut fiiire qu'en fidsant.

Réglez votre temps sur le nôtre ; Aujourd'hui l'une , et demain l'autre a Tout avec ordre ; et , croyez-nous , On en va mieux quand on va doux.

Le sexe suit cette sentence :

CONTES ET NOUVELLES

Jamais de brait pour la quittance , Trop bien quelque dbllation , Et le tout par dévotion.

Puis de trinquer à la commère.

Je laisse à penser quelle chère Faisait aloi-s frère Frapart.

Tel d'entre eux avait pour sa part Dix jeunes femmes bien payantes , Frisques , gaillardes , attrayantes :

Tel aux douze et quinze passait ; Frère Roc à vingt se chaussait \ Tant et si bien que les donzelles , Pour se montrer plus ponctuelles , Payaient deux fois assez souvent :

Dont il avint que le couvent, Las enfin d'un tel ordinaire , Après avoir à cette aHhire Vaqué cinq ou six mois entiers , Eût hït crédit bien volontiers :

Mais les donzelles , scnipuleuses , De s'acquitter étaient soigneuses , Croyant faillir en retenant Un bien à Tordre appartenant.

Point de dîmes accumulées.

Il s*en trouva de si zélées , .

Que par avance elles payaient.

Les beaux pères n'expédiaient Que les fringantes et les belles, Enjoignant aux sempiternelles De porter en bas leur tribut :

Car dans ces dîmes de rebut Les lais trouvaient encore à frire.

Bref, à peine il se pourrait dire Avec combien de charité Le tout était exécuté.

Il avint qu'une de la bande , Qui voulait porter son offrande Un beau soir , en chemin faisant , Et son mari la conduisant, Lui dit : Mon Dieu ! j'ai quelque affaire Là dedans avec certain frère ; Ce sera fait dans un moment.

L'époux répondit brusquement :

Quoi? quelle affaire? êtes-vous folle?

Il est minuit , sur ma parole :

Demain vous direz vos péchés :

Tous fes bons pères sont couchés.

Cela n'importe ; dit la femme.

Hé, par Dieu , si ! dit-il ; madame ^ Je tiens qu'il importe beaucoup ; Vous ne bougerez pour ce coup.

• C'eM-à-dire, s'arrangeait de vingt, en employait vfngt.

Qu'avez-vous fait? et quelle offense'

Presse ainsi votre conscience?

Demain matin , j'en suis d'accord.

Ah ! monsieur , vous me Ikites tort ,

Reprit-elle ; ce qui me presse

Ce n'est pas d'aller à confesse ,

C'est de payer ; car , si j^attends,

Je ne le pourrai de longtemps ;

Le frère aura d'autres affaires. —

Quoijiayer? — La dlrae aux bons pères.—

Quelle dlme? — Savez-vous pas? —

Moi , je le sais ! — C'est un grand cas ,

Que toujours femme aux moines donne...—

Mais cette dlme , ou cette aumône,

La saurai-je point à la fin? —

Voyez y dit-elle , qu'il est fin !

N'entendez-vous pas ce langage?

C*est des œuvres de mariage. —

Quelles œuvres? reprit l'époux. —

Eh ! la 1 monsieur , c'est de que nous...

Mais j'aurais payé depuis l*heure ;

Vous êtes cause qu'en deyieure *

Je me trouve présentement,

Et cela je ne sais comment ,

Car toujours je suis coutumière

De payer toute la première.

L'époux, rempli d'étonnement , Eut cent pensers en im moment ; Il ne sut que dire et que croire.

Enfin pour apprendre l'histoire Il se tut , il se contraignit ; Du secret , sans plus , se plaignit , Par tant d'endroits tourna sa femme , Qu'il apprit que mainte autre dame Payait la même pension :

Ce lui fut consolation.

Sachez , dit la pauvre innocente , Que pas une n'en est exempte ; Votre sœur paye à frère Aid)ry ; La baillie au père Fabry ; Son altesse à frère Guillaume, Un des beaux moines du royaume.

Moi, qui paye à frère Girard , Je voulais lui porter ma part.

Que de maux la langue nous caose !

Quand ce mari sut tonte chose. Il résolut premièrement . D'en avertir secrètement Monseigneur , puis les gens de ville.

«BnreUrd.Gemot, enoeaeoa.n'eaphiiiuitéqiieeamiiie tcnne' de palais.

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