D'ANTOINE ARNAULD
A RACINE
( De Bruxelles ) , ce 7 avril (iG85).
J 'ai à vous remercier , Monsieur , du Discours ^ qu'on m'a envoyé de votre part. Rien n'est assurément plus éloquent , et le héros que vous y louez en est d'autant plus digne de vos louanges, que Ton dit qu'il y a trouvé de l'excès. Mais il est bien difficile qu'il n'y en ait toujours un peu : les plus grands hommes sont hommes, et se sentent toujours par quelque endroit de l'infirmité humaine. On aurait bien des choses à se dire sur cela si on se parlait ; mais c'est ce qu'on ne voit pas lieu d'espérer de pouvoir faire. Il faudrait pour cela avoir dissipé un nuage, que j'ose dire être une tache dans ce soleil. Ce ne serait pas une chose difficile, si
' Cette lettre et les trois suivantes existent en original à la Bibliothèque royale.
' Le discours prononce' à l'Académie française le 2 janvier i685.
SIXIÈME RECUEIL. SSg
ceux qui le pourraient faire avaient assez de générosité pour l'entreprendre ; mais j'avoue qu'il y en a peu qui aient tous les talens nécessaires pour cela , entre lesquels on doit compter celui que les Pères appellent talentum familial iialis. Cependant je vous assure que les pensées que j'ai sur cela ne sont point intéressées ; que ce qui peut me regarder me touche fort peu , et que ce que je considère principalement, c'est le bien infini que poun^it faire à l'Eglise un prince si accompli , si cet obstacle était levé.
Celui , Monsieur , qui vous remettra cette lettre est un ami qui demeure avec moi depuis quinze ans ' , et qui a pour moi tant d'affection , que je ne puis pas que je ne lui en sois très-obligé. Il a un frère qui est fort honnête liorome , et capable de s'acquitter d'un emploi , ( comme serait d'avoir soin des affaires dans une grande maison ) , avec beaucoup d'application et de fidélité. Si vous pouviez , Monsieur , lui en procurer quelqu'un , je vous en aurais une grande obligation.
Je suis tout à vous et à votre incomparable ami=.
' François Guelphe. C'était un protégé de la duchesse de LongueviiK, qu'elle avait placé , comme copiste, auprès de Nicole et d'Ainauld. Lorsque ce dernier fut forcé de sortir de France, Guelphe le suivit, et s'attncha constamment à son sort. Ce fut lui qui se chargea d'apporter à Port-Royal le cœur de son maître et son ami.
- Boileau.
54o LETTRES,
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