‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 100 sur 164 · ACTE î, SCÈ^^E I · texte numérisé non relu

ACTE î, SCÈ^^E I

Y briguèrent le sceptre offert à la beauté.

On m'élevait alors, solitaire et cacbée, '

Sous les yeux vigilans du sage Marclocbée.

Tu sais combien je dois à ses lieureux secours.

La mort m'avait ravi les aviteurs de mes jours :

Mais lui , voyant en moi la fille de son frère ,

Me tint lieu , chère Élise , et de père et de mère.

Du triste état des Juifs jour et nuit agité ,

Il me tira du sein de mon obscurité;

Et , sur mes faibles mains fondant leur délivrance ,

Il me fit d'un empire accepter lespéi'ance.

A ses desseins secrets , tremblante , j'obéis ;

Je vins : mais je cachai ma race et mon pays. '

' On jn élevait alors , solitaire ei cachée, Sous les yeux vigilans du sage MarJochée.

On lit en effet au chapitre II d'Esther, « qu'il y avait à » Suze un homme appelé' jSIardoche'e : ... .qu'il s'était chargé » de veiller à l'éducation d'une fille de son frère , qui s'appe- » lait Edesse. Dès sa plus tendre enfance elle avait perdu son » père et sa mère ; c'était une vierge d'une grande beauté et » d'une rare modestie. Mardochée l'élevait en qualité dé tutcui » ou de père adoptif. » Vers. 5 , 7 , 8. L. B.

^ Je vins : mais je cachai ma race et mon pays.

L'Ecriture sainte dit : « Esther fut mise aussi au nombre j> des filles parmi lesquelles le roi avait résolu de choisir une » épouse ; . .. mais elle ne voulut faire connaître ni sa patrie, ni » le peuple chez lequel elle était née. » Esther , chap. Il, V. 8, 10, L. B.

222 ESTHEE,

Qui pourrait cependant t'expj'imer les cabales Que formait en ces lieux ce peuple de rivales , Qui toutes, disputant un si grand intérêt, Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt? Chacune avait sa brigue et de puissans suffrages. ■ L'une d'un sang fameux vantait les avantages : L'avxtre , pour se parer de superbes atours , Des plus adroites mains empruntait le secours. Et moi, pour toute brigue et pour tout artifice, ^ De mes larmes au ciel j'offrais le sacrifice. Enfin on m'annonça l'ordre d'Assuérus. ^

' Chacune avait sa brigue et de puissans suffrages , efc .

Idée empruntée de Tacite : Racine en a déjà fait usage dans Britannicus , acte IV , scène 2. Nec minore ambilufœminœ exarserant suam guasque nobiliiaiem , formam , opes confendere, ar digna tanto matrimonio oslentare. Annales , liv. XII. L. B.

^ Et moi, pour toute brigue et pour tout artifice ; e le.

Esther , au rapport de l'Écriture sainte , « vit sans enipres- » sèment le jour de son triomphe ; elle se contenta , pour sa î> parure, de tout ce que l'eunuque Egée voulut lui donner. » Esther , chap. II , v. i5. L. B.

^ Enfin , on m^ annonça V ordre d^Assuérus. Devant ce fier monarque , Elise , je parus.

« Le jour approchait , dit l'écrivain sacré , où Esther devait » être présentée au roi : elle fut conduite dans l'appartement M d'Assuérus. » Esther , chap. II , v. i5 , 16.

C'était l'usage parmi les femmes destinées au roi de Perse ,

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