ACTE I, SCÈNE I
Tl dit : et moi , de joie et d'horreur pénétrée , * Je cours. De ce palais j ai su trouver l'entrée. O spectacle ! 6 triomphe admirable à mes yeux , Digne en effet du bras qui sauva nos aïeux ! Le fier Assuérus couronne sa captive , Et le Persan superbe est aux pieds d'une Juive ! Par quels secrets ressorts , par qviel enchaînement Le ciel a-t-il conduit ce grand événement':*
Peut-être on t'a conté la fameuse disgrâce De laitière Vasthi , dont j'occupe la place, Lorsque le roi, contre elle enflammé de dépit, La chassa de son trône ainsi que de son lit. Mais il ne put sitôt en bannir la pensée. Vasthi régna long-tems dans son ame offensée.
//</// ; e/ moi , de joie et d^horreur pénétrée..
Horreur est trop fort pour n'exprimer que cette espèce d'effroi religieux qu'inspire un oracle , une prophétie , tout ce qui tient à la Divinité. Ce mol doit alors être modifié par une épillièle , comme dans ce beau vers èH Iphigénie :
Jette une sainte horreur qui nous rassure tous.
Observez (^horreur eu français dit beaucoup plus <^horror des Latins, qui ne signifie que le frémissement de l'effroi, comme horrere signifie ^\xv^vcïç,x\\. frissonner.
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Dans ses nomlireux élals il fallut donc cliercher Quelque nouvel objet qui l'en put détaclier. De l'Inde à rHeîlesporjt ses èscîares coururent. Les filles de TEg^-pte à Suze comparurent; ^ Celles même du Parlhe et du Scytbe indomté
' Dans ses nombreux états il fallut donc chercher, etc.
Assuérus ne pouvant eflacer de sou souvenir la mémoire de Vesthi , ses favoris lui conseillèrent de faire « cherclier dans >' st% états les vierges les plus belles. Envoyez , lui dirent-ils , « dans les différentes provinces de votre empire des officiers » qui lâchent de découvrir celles qui seront les plus dignes » de vous être présentées; vous leur donnerez commission de « les conduire dans votre capitale. » Esther, chap. II, v. a et 3. Cet usage est aujourd'hui celui de Turcs ; c'était alors celui des Perses. David reçut Abisag la Sunaniite après une semhIabU recherche. Lh-re 111 des Rois , chap. I, v. 2. L. B.
^ Les filles de V Egypte a Suze comparurent; etc.
Cette circonstance n'est point dans l'Ecriture ; il est dit seulement qu'on conduisit à Suze un grand nombre de jeunes filles , tjui furent remises à la garde d^Egée. Esther , citap. II, v. 8.
Quelques critiques ont reproché à Racine d'avoir parlé des Parthes au teins d'Eslher. Ces peuples , à la vérité, n'ont fait aucune artion d'éclat sous le règne des .assyriens et des jNIèdes {Justin, liv. XLI , chap. I ) , mais ils csistaient long - tcnis ;ivant la fondation de ces deux empires ; c'était une colonie qui se sépara du corps de la nation scythe : on les appela pour c<>Ia Pnrfhes . nom qui S)j;nifie bannis. L. B.