‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 108 sur 164 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Et la mort est le prix de tout audacieux '

Qui , sans être appelé , se présente à leurs yeux ,

Si le roi dans l'instant , pour sauver le coupable ,

Ne lui donne à baiser son sceptre redoutable.

Rien ne met à l'aljri de cet ordre fatal,

Ni le rang , ni le sexe ; et le crime est égal.

Moi-même , sur son trône à ses côtés assise ,

Je suis à cette loi comme un autre soumise;

Et sans le prévenir , il faut pour lui parler

Qu'il me cherche , ou du moins qu'il me fasse appeler.

MARDOCHÉE

Quoi ! lorsque tous yojez périr votre patrie , ' Pour quelque chose , Estlier , vous comptez votre vie !

■ Ella mort est le prix de tout audacieux , etc.

« Aller , dit Estlier à Alach , allez dire à Mardoche'e que » tout homme qui ose se pre'senter dans l'appartement du roi

» sans y être appelé, est sur-le-champ mis à mort, à

» moins que le roi n'e'tende vers lui son sceptre d'or en signe » de cle'mence. » Esther , chap. IV, v, lo et ii. Justin dit que le mage Smerdis usurpa d'autant plus facilement le trône des Perses , que les rois de ce pays ne se montrent point à leurs sujets , sous prétexte de se rendre plus respectables, Liv. IX. L. B.

* Quoil lorsque vous voyez périr votre patrie , etc.

Ce morceau est de la plus suhlime eioquence : il n'y a point là de faux brillans ; on y trouve cette chaleur qui échauffe , qui embrase , qui entraine ; enfin cette éloquence du coaur si néccssairQ au théâtre, et maintenant si rare. L. 6.

Dieu parle , et d'un mortel vous craignez le courroux ! Que dis-je? Votre vie, Esther , est-elle à vous? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue? N'est-elle pas à Dieu dont vous l'avez reçue? Et qui sait , lorsqu'au trône il conduisit vos pas , ' Si povu" sauver son peuple il ne vous gai'dait pas? Songez-y bien : ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie, Ni povir charmer les jeux des profanes himiains ; Pour un plus noble usage il réserve ses saints. S'immoler poiir son nom et pour son héritage , D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage. Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours! Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours? Que peuvent contre lui tous les rois de la teiTe ? En vain ils s'uniraient pour lui faire la guerre : Poiu" dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer ; Il parle , et dans la poudre il les fait tous rentrer. Au seul son de sa voix la mer fuit , le ciel tremble : *

' £t qui sait , lorsqu'au trône il conduisit vos pas , Si, pour sauver son peuple , il ne vous gardait pas ?

C'est mot à mot la traduction du passage suivant : Et quis novit utriim idcircà ad regnum veneris , ut in tali tcmporc pararcris ? Esther , c/iap. JV, v. i4. L. B.

^ y/« seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble. L'image de la mer qui fuit à la vue du Seigneur , est empruntée du Pseaumc CXIII , v. Z. Marc viditet/ugit. L. B.

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