ESTHER, ÉLISE, LE CHŒUR
O mon souverain roi ! ' Me voici donc tremblante et seule devant toi. Mon père mille fois m'a dit dans mon enfance Qu'avec nous tu juras une sainte alliance , Quand, pour te faire un peuple agx"éable à tes yeux, Il plut à ton amour de choisir nos aïeux. Même tu leur promis de ta bouche sacrée Une postérité d'éternelle durée.
Hélas ! ce peuple ingrat a méprisé ta loi. La nation chérie a violé sa foi ; Elle a répudié son époux et son père,
* O mon souverain roil etc.
« Seigneur , mon Dieu , dit de même Esther dans l'Écri- •> tare sainte , vous qui me'ritei seul de porter le nom de notre ■> roi , etc. j'ai appris de mon père que c'est vous , etc. qui avez i séparé Israël du milieu des nations ; que vous avez aussi ) choisi nos pères pour régner parmi eux , et pour faire de
> leurs descendans votre peuple et votre partage. » Esiher , hap. XIV, V. 3-5. Et plusbas : « Pour nous, Seigneur, nous
> avons eu le malheur de vous offenser ; vous nous avez punis en nous livrant aux nations ennemies dont nous adorions Jes
• dieux. » Uid. v. 6 et 7. L. B.
Racine, v. n
Pour rendi'e à d'autres dieux un honneur adultère. • Maintenant elle sert sous un maître étranger. Mais c'est peu d'être esclave , on la veut égorger. =* Nos superbes vainquem-s, insultant à nos larmes, Imputent à leurs dieux le bonheiu- de leurs armes , Et veulent avijourd'hui qu'un même coup mortel
■ Pour rendre à d^ autres dieux un honneur adultère.
Un honneur adultère , expression heureuse et nouvelle, qui répond a celle de l'Écriture sainte , qui désigne toujours par le moi/ornicari on/ornicatio , le culte idolâtre que les Israélites rendaient à des dieux étrangers. L. B. d'après Louis Racine.
- Mais c 'est p:u d'être esclave , on la veut égorger.
« Ce n'e>l point assez , dit Esther , pour cette nation barbare, » de nous tenir dans l'esclavage et l'oppression ; ils attribuent » la force de leur bras que vous avez armé contre nous , à la » puissance de leurs idoles ; ils veulent changer le cours de vos » promesses , détruire les restes d'un peuple qui peut devenir » encore votre héritage , fermer la bouche à tous ceux qui » louent votre saint nom , éteindre enfin le feu sacré de votre )> autel. C'est aux nations infidèles qu'ils prétendent ouvrir la » bouche pour célébrer le pouvoir des idoles, et exalter à ja- >j mais les faibles grandeurs d'un roi mortel. N'abandonner pas " votre sceptre à ceux qui ne sont rien devant vous , afin qu'ils » n'outragent point votre nom en insultant à notre ruine ; ;> faites retomber sur eux l'iniquité de leurs projets ; perdez i) surtout ce méchant homme qui a commencé de nous per- .) dre. » Estiicr, rhap. XIV, v. 8-ii ; chap. XIII, v. 17.