‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 120 sur 164 · MAN · texte numérisé non relu

MAN

Ail ! que ce tems est long à mon impatience ! C'est lui, je te veux bien confier ma vengeance, C'est lui qui , devant moi refusant de ployer , Les a livrés au bras qui les va foudroyer. C'était trop peu pour moi d\me telle victime : ' La vengeance trop faible attire un second crime. Un homme tel qu'Aman , lorsqu'on l'ose irriter , Dans sa juste fureur ne peut trop éclater. Il faut des cliâtimens dont l'univers frémisse ; Qu'on tremble , en comparant l'offense et le supplice ; Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés : 11 fiit des Juifs; il fut une insolente race; Répandus sur la terre ils en couvraient la face : Un seul osa d'Aman attirer le courroux ; Aussitôt de la terre ils disparurent tous.

HYDASPE

Ce n'est donc pas , seigneur , le sang amalécite Dont la voix à les perdre en secret vous excite?

' C'était trop peu pour moi d'une telle victime , etc.

P o riihilo durit in unum Mardochœum mittcrc manus suas. Es' tlier , diap. 111, v. 6. On voit que le germe du morceau dont ce vers lait partie , est dans l'Ecriture sainte. Racine ne fait pour ainsi dire que le développer ; mais c'est de ce poëte sublime qu'il faut apprendre à parler le langage des livres sacrés. L.B,

Page 1