‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 121 sur 164 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Je sais que , descendu de ce sang mallieureux ,

Une éternelle haine a dû marmer contre eux ;

Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage ;

Que , jusqu'aux vils troupeaux , tout éprouva leur rage ;

Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé.

Mais, crois -moi , dans le rangvoù je suis élevé.

Mon ams, à ma grandeur tout entière allacliée,

Des intérêts du sang est faiblement touchée.

Mardochée est coupable ; et que faut-il de plus?

Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuérus;

J inventai des couleurs; j'armai la calomnie;

J'intéressai sa gloire ; il trembla pour sa vie.

Je les peignis puissans , riches , séditieux ;

Leur dieu même , ennemi de tous les autres dieux.

te Jusqu'à quand souffre-t-ou que ce peuple respire , *^

M Et d'un culte profane infecte votre empire ?

M Etrangers dans la Perse , à nos lois opposés ,

j) Du reste des humains ils semblent divisés, **

* Jusquà quand souffre-t-on que ce peuple respire ?

Il parle brusqiiemenf en sly'e direct sans la transition ordinaire ai-je dit , et cette rapidité an:nie la narration.

** Du reste des humains ih semblent divisés.

Imilalion eu sens niora' , de ce que dit N irgile dans un sens géographique :

Et penitiis toio difisos or Le Brilannos.

33 N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes ,

>j Et détestés partout détestent tous les hommes.

3) Prévenez , punissez leurs insolens efforts ;

3) De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. »

Je dis, et Ton me crut. Le roi , dès l'heure même, '

Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême.

Assure , me dit-il , le repos de ton roi ;

Va , perds ces malheureux : leur dépouille est à toi.

Toute la nation fut ainsi condamnée.

Du carnage avec lui je réglai la journée.

Mais de ce traître enfin le trépas différé

Fait trop souffrir mon cœur de son sang altéré.

Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.

Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie!

HYDASPE

Et ne pouvez-vous pas d'im mot l'exterminer ? Dites au roi , seigneur , de vous l'abandonner.

AMAN

Je viens pour épier le moment favoraljle.

Tu connais comme moi ce prince inexoraljle ;

Tu sais combien terrible en ses soudains transports,

' Le roi , dès V heure même , etc.

Ceci est traduit mot à mot de l'Écriture sainte. Tu/iV ergh

rex annulum çuo utcbatur de manu suà , et dcdit eum Aman

Dixitçuc ad eu m : Argent um i/uod tu polliccris , tjum iit ; de populo âge çuod tiùi placct. Estlier , c/iap. JIl , v, lo et 12. L.B.

Page 1