‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 13 sur 164 · ACTE I, SCÈNE HT · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE HT

Yos mains n'ont point trempé dans le sang innocent? '

PHÈDKE.

Grâces au ciel , mes mains ne sont point criminelles.

^ f^os mains nonf point trempé dans le sang innocent. Ces vers et les deux suivans sont une traduction litle'rale tl'EuripIde. Hlppolyte , acte II, scène 2. TPO^OS.

*AIAPA.

* Cette traduction n'est pas si littérale que le commentateur veut le faire croire. J'ai laisse' subsister les deux vers grecs qu'il n'a pas traduits. En voici la version littérale , comme pourront l'attester tous ceux qui entendent le grec : J''os mains , ma fille, sont pures de sang ? — Oui , ces mains sont pures , mais mon cœur a quelque souillure. Où est là ce mouvement bien supérieur pour l'inte'rêt :

Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles !

N'est-ce donc rien que de mettre à propos une idée en sentiment ? C'est une partie essentielle du style , et sur- tout du style tragique.

Remarquons en passant , que le pronom elles ne doit point d'ordinaire se trouver à la fin d'une phrase quand il se rapporte aux choses mais seulement quand il se rapports aux personnes : le contraire n'est pas un solécisme , mais une faute d'élégance. Ici ces mots comme elles sont si bien placés et vont si Lien au sens , qu'il n'y a rien à dire. Mais je ne sais si l'on rencontrerait dans Racine, depuis Andromaque , un autre endroit où il ait

42 PHÈDRE

Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles .'

Δs'ONE.

Et quel affreux projet avez-vous enfanté Dont votre cœur encor doive être épouvanté ?

PHÈDRE

Je t'en ai dit assez : épargne-moi le reste.

Je meurs , pour ne point faire un aveu si funeste.

ŒNOISIE.

Mourez donc, et gardez un silence inhumain. Mais pour fermer vos yeux cherchez une autre main. Quoiqu'il vous reste à peine une faible lumière, Mon ame chez les morts descendra la première; Mille chemins ouverts y conduisent toujours ; Et ma juste douleur choisira les plus courts. Cruelle! quand ma foi vous a-t-elle déçue? Songez-vous qu'en naissant mes bras vous ont reçue ?*

manque à cette règle de diction , dont Voltaire parait avoir tenu bien peu de compte dans sa versification. Vous lisez dans Tancredc :

INIais qui peut alte'rer vos hontes paternelles ?

Vous seule , vous , ma fille , en abusant trop à^elles.

Qui est-ce qui ne sent pas combien cet elles placé là rend la phrase lâche et languissante ? Cette construction ne serait pas supportable même en prose.

* Songez-vous çu V/z naissant mes bras vous ont reçue ?

Le gérondif <"« naissant se rapporte par le sens à Phèdre , et

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