ACTE I, SCÈNE HT
Yos mains n'ont point trempé dans le sang innocent? '
PHÈDKE.
Grâces au ciel , mes mains ne sont point criminelles.
^ f^os mains nonf point trempé dans le sang innocent. Ces vers et les deux suivans sont une traduction litle'rale tl'EuripIde. Hlppolyte , acte II, scène 2. TPO^OS.
*AIAPA.
* Cette traduction n'est pas si littérale que le commentateur veut le faire croire. J'ai laisse' subsister les deux vers grecs qu'il n'a pas traduits. En voici la version littérale , comme pourront l'attester tous ceux qui entendent le grec : J''os mains , ma fille, sont pures de sang ? — Oui , ces mains sont pures , mais mon cœur a quelque souillure. Où est là ce mouvement bien supérieur pour l'inte'rêt :
Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles !
N'est-ce donc rien que de mettre à propos une idée en sentiment ? C'est une partie essentielle du style , et sur- tout du style tragique.
Remarquons en passant , que le pronom elles ne doit point d'ordinaire se trouver à la fin d'une phrase quand il se rapporte aux choses mais seulement quand il se rapports aux personnes : le contraire n'est pas un solécisme , mais une faute d'élégance. Ici ces mots comme elles sont si bien placés et vont si Lien au sens , qu'il n'y a rien à dire. Mais je ne sais si l'on rencontrerait dans Racine, depuis Andromaque , un autre endroit où il ait
42 PHÈDRE
Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles .'
Δs'ONE.
Et quel affreux projet avez-vous enfanté Dont votre cœur encor doive être épouvanté ?
PHÈDRE
Je t'en ai dit assez : épargne-moi le reste.
Je meurs , pour ne point faire un aveu si funeste.
ŒNOISIE.
Mourez donc, et gardez un silence inhumain. Mais pour fermer vos yeux cherchez une autre main. Quoiqu'il vous reste à peine une faible lumière, Mon ame chez les morts descendra la première; Mille chemins ouverts y conduisent toujours ; Et ma juste douleur choisira les plus courts. Cruelle! quand ma foi vous a-t-elle déçue? Songez-vous qu'en naissant mes bras vous ont reçue ?*
manque à cette règle de diction , dont Voltaire parait avoir tenu bien peu de compte dans sa versification. Vous lisez dans Tancredc :
INIais qui peut alte'rer vos hontes paternelles ?
Vous seule , vous , ma fille , en abusant trop à^elles.
Qui est-ce qui ne sent pas combien cet elles placé là rend la phrase lâche et languissante ? Cette construction ne serait pas supportable même en prose.
* Songez-vous çu V/z naissant mes bras vous ont reçue ?
Le gérondif <"« naissant se rapporte par le sens à Phèdre , et