‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 14 sur 164 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Mon pays , mes enfans , pour vous j'ai tout quitté. Réserviez- vous ce prix à ma fidélité ?

PHÈDRE

Quel fruit espères-tu de tant de violence T '

par la construction à Œnone. C'est une faute de grammaire , excusable en faveur de la clarté' et de la précision du vers , mais qu'il ne faudrait se permettre qu'avec la plus grande reserve , et avec les mêmes excuses bien avérées. Racine se l'est trèsrarement permise.

' Quel fruit es père s- tu de tant de violence ? etc.

Dans Euripide , la confidente se jette aux pieds de Plièdre , et lui prend les mains en s'écriant : « Non , certes , je ne souf- » frirai point que vous continuiez à vous taire , ou bien j'expt— » rerai à vos pieds.

PHÈDRE

» Que fais-tu ? Prétends-tu me faire violence en te suspen- » dant à mon bras?

LA COÎ^FIDENTE.

» Non , je ne quitterai point vos genoux.

» Si je te révèle l'horreur de ma situation , cet aveu fera tou » mallieur.

LA CO«FIDE^TE

» Eh ! peut-il m'arriver un plus grand mal que de vous » perdre ?

PHÈDRE

« Tu mourras {^ A part. ) Ce silence au moins me fera

« toujours honneur.

44 PHÈDRE

Tu frémiras d'horreur si je romps le silence.

ŒNOT^E,

Et que me direz-vous qui ne cède , grands dieux ! A l'horreur de vous voir expirer a mes yeux?

PHÈDRE

Quand tu sauras mon crime , et le sort qui m'accahle , Je n'en mourrai pas moins ; j'en mourrai plus coupable.

LA CONFIDENTE, » Et pourquoi me cacher ce qui doit servir à vous faire ho- » norer , puisque ma curiosité n'a d'autre objet que votre » intérêt ?

PHÈDRE

» Les choses les plus honnêtes tournent souvent à notre 5) confusion.

LA CONFIDENTE

» Si vous ne me dites rien , vous vous croirez donc plus es- )) timable ?

» Retire-toi , je t'en supplie ; laisse mes mams.

LA CONFIDENTE

>> Non , je ne vous obéirai point , puisqiie vous me refusez » la confiance que vous me devez.

PHÈDRE

« Eh bien ! tu seras satisfaite ; car je respecte encore les mains « qui m'ont nourrie.

LA CONFIDENTE

» Je vous écoute , vous pouvez nie parler, >« Ilippolytc . .vfe 11 , scène 2. L. 1>.

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