ACTE I, SCÈNE III
Madame , au uom des pleurs que povir vous J'ai versés , Par vos faibles genoux que je tiens embrassés, Délivrez mon esprit de ce funeste doute.
PHÈDRE
Tu le veux : lève-toi.
ŒNOTîE.
Parlez : je vous écoule.
PHÈDRE
Ciel! que lui vais-je dire? et par où commencer?
ŒNON'E,
Par de vaines frayeurs cessez de m'offenser.
O haine de Vénus ! ô fatale colère ! '
Dans quels égaremens Tamour jeta ma mcre ! *
* O haine de Vénus ! ô fatale colère !
Plusieurs poêles anciens , et Senèque sur-tout, ont feint que la haine de Ve'nus, contre la postérité' du Soleil , Tenait de l'affront que le dieu du jour lui avait fait en réve'lant ses amours avec Mars. Flippolylc , acte I ^ scène 2 , vers 4o et suiv. Louis Racine observe en effet , d'après Servius, que Vénus tourmenta , par des amours déshonnêtes , Circé, Médée et Pasiphaé , filles du Soleil; Ariane et Phcdre , ses petites-filles. Bemarques , tome II , page i6o. L. B.
* Dans quels égaremens V amour jeta ma mère]
Racine ne parle qu'à mots couverts , et comme à regret , de Racine, v. 3
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(EN ONE
Oublions-les , madame ; et qu'à tout l'avenir Un silence éternel cache ce souvenir.
PHÈDRE
Ariane ma sœur, de quel amiour blessée ■
l'étrange dérèglement de Pasiphaé ; il fait parler la confidente de Phèdre avec bien plus de retenue qu'Euripide.
PHÈDRE
« O mère infortune'e ! à quel amour vous êtes-vous livre'e ?
LA CONFIDENTE
» Elle aimait un taureau Ma fille, pourquoi le rap-
>> peler ? » Hippolyte , acte II , scène 2,
Sénèque a été bien moins délicat qu'Euripide ; il s'est même arrêté avec une sorte de complaisance ridicule sur cette idée ; et , par un effet des écarts où porte l'abus de l'esprit , il fait envier à Phèdre le bonheur qu'eut Pasiphaé de se faire aimer da Minotaure. Hippolyte , acte I , scène 2.
« Je reconnais , dit-elle , dans mes transports le crime de
» ma malheureuse mère Je ne puis m'empècher , ajoute-
i> t-elle , de la plaindre. Entraînée par un affreux destin , elle » voulut goûter le plaisir d'avoir su rendre un taureau sensible « à sa beauté. » L. B.
* Ariane ma sœur , de quel amour blessée , etc.
Tout le monde sait l'histoire de la malheureuse Ariane , que Thésée abandonna dans l'ile de Naxe , où Bacrhus la vit et l'épousa. Racine s'éloigne ici de cette fiction. Euripide ne pouvait pas prendre la même liberté; il fait dire à Phèdre : « Et toi , « sœur infortunée » Et la confidente répond, comme