‹ Œuvres complètes de Jean Racine (volume 3)Chapitre 141 sur 164 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Mais , tandis que la porte en est encor fermée , Ecoutez les conseils d'une épouse alarmée. Au nom du sacré nœud qui me lie avec vous , Dissimulez, seigneur, cet aveugle courroux; Eclaircissez ce front où la tristesse est peinte : Les rois craignent surtout le reproche et la plainte. Seul entre tous les grands par la reine invité , Ressentez donc aussi cette félicité.

Si le mal vous aigrit , que le bienfait vous touclie. Je l'ai cent fois appris de votre propre bouclie : Quiconque ne sait pas dévorer un affront, Ni de fausses couleurs se déguiser le front , Loin de l'aspect des rois qu'il s'écarte, qu'il fuie. Il est des contre-tems qu'il faut qu'un sage essuie : Souvent avec prudence un outrage enduré Aui homiçurs les plus hauts a servi de degré.

AMAN

O douleur ! O supplice affreux à la pensée !

O honte , qui Jamais ne peut être effacée !

Un exécrable Juif, l'opprobre des humains,

S'est donc vu de la pourpre habillé par mes^ains î

C'est peu qu'il ait sur moi remporté la victoire ;

Malheureux, j'ai servi de héraut à sa gloire!

Le traître ! il insultait à ma confusion ;

Et tout le peuple même , avec dérision

Observant la rougeur qui couvrait mon visage ,

De ma chute certaine en tirait îe présage.

Roi cruel , ce sont là les jeux où tu te plais !

284 ESTHEK,

Tu ne m'as prodigué tes perfides bienfaits Que pour me faire mieux sentir ta tyrannie, Et m'accabler enfin de plus d'ignominie.

Pourquoi Juger si mal de son intention? Il croit récompenser une bonne action. * Ne faut-il pas , seigneur , s'étonner au contraire Qu'il en ait si long-tems différé le salaire ? Du reste , il n'a rien fait que par votre conseil. Vous-même avez dicté tout ce triste appareil : Vous êtes après lui le premier de l'empire. Sait-il toute l'horreur que ce Juif vous inspire?

11 sait qu'il me doit tout , et que , pour sa grandeur , J'ai foulé sous les pieds remords , crainte , pudeur ; Qu'avec vm cœur d'airain exerçant sa puissance , J'ai fait taire les lois et gémir l'innocence ;

* Pourquoi juger si mal de son inlentïon ? Il croit récompenser une bonne action.

Ces deux vers me paraissent un peu prosaïques. Je ne sais si on en trouverait dans la pièce deux autres de ce style.

* // sait quil me doit tout , etc.

Louis Racine dit « qu'un ministre qui e'tait encore en place, » mais qui n'était plus en faveur, avait dans un moment de co- » 1ère tenu des propos semblables. » Remarques , tom. II, p. a4a.

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