ZARÈS
Seigneur, nous sommes seuls: que sert de se flatter? Ce zèle que pour lui vous files éclater , Ce soin d'immoler tout à son pouvoir suprême , Entre nous , avaient-ils d'autre objet que vous-même? Et, sans chercher plus loin , tous ces Juifs désolés. N'est-ce pas à vous seul que vous les immolez ? Et ne craignez-vous point que quelque avis funeste.... Enfin la cour nous hait , le peuple nous déteste. Ce Juif même , il le faut confesser malgré moi , Ce Juif, comblé d'honneurs, me cause quelque effroi. Les malheurs sont souvent enchaînés l'un à l'autre ; Et sa race toujours fut fatale à la vôtre. De ce léger affront songez à profiter.
Peut-être la fortune est prête à vous quitter ; Aux plus affreux excès son inconstance passe ; Prévenez son caprice avant qu'elle se lasse. Où tendez-vous plus haut ? Je frémis quand je voi Les abîmes profonds qui s'offrent devant moi. La chute désormais ne peut être qu'horrible. Osez chercher ailleurs un destin plus paisible. Regagnez l'Hellespont, et ces bords écartés Où vos aïeux errans jadis furent jetés. Lorsque des Juifs conli-e eux la vengeance allumée Racine, v. i3
Chassa tout Amalec de la triste Idumée.
Aux malices du sort enfin dérobez-vous ; *
Nos plus riches tiésors marcheront devant nous.
Vous pouvez du départ me laisser la conduite ;
Surtout de a os eufans j'assurerai la fuite.
N'avez soin cependant que de dissimuler.
Contente , sur vos pas vous me verrez voler.
La mer la plus terrible et la plus orageuse
Est plus sure pour nous que cette cour trompeuse.
Mais à grands pas vers vous je vols quelqu'un marcher ;
C'est Hydaspe.